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“Mon petit déjeuner avec…” Nathalie Kosciusko-Morizet (France Soir)


Samedi 10 Juillet 2010 modifié le Samedi 10 Juillet 2010 - 11:15

Ponctuelle, la secrétaire d’Etat au Développement et à l’Economie numérique arrive à pied jeudi dernier, par la rue de Verneuil, au Café de L’Empire, dans le VIIe arrondissement de Paris. Toute de rouge vêtue, Nathalie Kosciusko-Morizet surgit avec l’assurance d’une reine.




Nathalie Kosciusko-Morizet
Nathalie Kosciusko-Morizet
Le chignon toujours parfaitement roulé et tenu en épingles, le visage à peine poudré et les yeux maquillés de fard à paupière gris, plante un personnage d’un autre temps, presque suranné. Avec un naturel déconcertant, elle allonge ses jambes sur la banquette et commande un thé et une tartine de beurre…

France-Soir - Comment vivez-vous cette affaire à tiroirs Woerth-Bettencourt ?
Nathalie Kociusko-Morizet - Cela m’inspire de la tristesse. Quand la classe politique est attaquée de matière systématique, ce sont tous les politiques qui sont atteints, qu’ils soient de gauche ou de droite.

F.-S. Ne craignez-vous pas d’être emportée par la vague du « tous pourris » ?
N. K.-M. Ce qui m’a le plus dérangée, c’est l’affaire des cigares. Le reste est une construction médiatique à des fins politiques. Pendant des années, Eric Woerth a été trésorier de l’UMP, publiquement et officiellement, sans que cela ait jamais gêné personne. En fait, c’est la réforme des retraites qui est visée. Savez-vous qu’Eric Woerth est alpiniste ? Dans son bureau, il n’y a que des bouquins de sommets, des noms qu’on ignore tous, des cartes ! On a l’impression qu’il est en train de préparer sa prochaine ascension. Il passe sa vie, dès qu’il le peut, dans les montagnes… Mais à Chamonix, pas en Suisse !

F.-S. Nicolas Sarkozy n’aurait-il pas intérêt à s’entourer de jeunes femmes comme vous ou Rama Yade, vous qui bénéficiez d’une excellente cote de confiance ?
N. K.-M. Mon grand-père (NDLR : Jacques Kosciusko-Morizet, résistant de la première heure auprès du général de Gaulle) m’avait offert un livre de Sénèque, où ce philosophe disait que « la sagesse dans la vie, c’est de mettre toute son énergie dans ce qui dépend de vous ». Ce serait se mettre dans une position d’observateur nerveux que d’attendre quelque chose.

F.-S. Rachida Dati écrit, dit-on, un livre, où elle va évoquer notamment la difficulté d’être une femme politique enceinte…
N. K.-M. La première fois que j’ai été enceinte, j’étais députée. Ce qui est certain, c’est que les femmes, dans le milieu politique, sont vues de manière étrange. Comme si elles étaient des invitées, donc pas forcément légitimes.

F.-S. Vous devez bouillir devant un tel comportement ?
N. K.-M. Ce n’est pas dit. C’est du ressenti. Il y a ceux qui sont horrifiés par une femme enceinte, quelques-uns trouvent même cela un peu obscène et certains sexy. D’autres considèrent que la femme devient fragile. En tout cas, cela encourage un certain nombre d’hommes à considérer que la femme en politique n’est pas aussi légitime qu’un homme.

F.-S. Vous n’avez jamais songé à sacrifier cet épanouissement de mère au profit de votre carrière politique ?
N. K.-M. Jamais. Je suis conforme au modèle français, très particulier en Europe : trouver son épanouissement dans l’association du travail et de la famille. C’est un modèle gagnant.

F.-S. Comment arrivez-vous à concilier ces deux vies ?
N. K.-M. C’est forcément compliqué car la politique, c’est dévorant ! Mais, c’est un grand malheur pour les enfants de leur faire porter la responsabilité de : « J’ai arrêté de travailler pour m’occuper de toi. » Il faut qu’ils aient la conviction que leurs parents les aiment et, par ailleurs, qu’ils sont épanouis professionnellement. Cela passe donc par aller au bout de ma passion pour la politique.

F.-S. Pourquoi l’aimez-vous tant, cette politique ?

N. K.-M. Il y a quelque chose qui m’angoisse : l’abandon, si présent dans notre société. L’abandon des exclus, des solitaires, de ceux qui décrochent parce que c’est trop dur et qu’ils n’ont plus d’énergie… Un peu comme si la société fonctionnait comme une centrifugeuse avec ceux qui restent accrochés au noyau central et ceux que le temps, la fatigue, les malheurs de la vie renvoient plutôt sur les extérieurs, et qui deviennent des marginaux. La politique me permet de pouvoir agir sur cela qui, oui, m’angoisse.

F.-S. Vous avez toujours évolué dans un milieu d’hommes. Etait-ce un choix ?
N. K.-M. Non. J’ai choisi ce que je voulais faire et il se trouve qu’il y avait, à chaque étape, une majorité d’hommes. Je trouve que la parité, c’est une mesure à la fois de justice et d’efficacité car un milieu professionnel, quand il n’est pas mixte, est pauvre. La confrontation entre les sexes est extrêmement créative, et ce depuis l’origine de l’humanité. Et pas seulement pour faire des bébés !

F.-S. Les femmes ont-elles un franc-parler plus assumé que les hommes ?

N. K.-M. Je ne dis pas que la femme est un homme comme les autres mais tout de même, au bout des discours qui insistent sur la différence entre les sexes, il y a très souvent un piège. Dans le monde professionnel, on vous dit : « Vous êtes plus douce, plus pragmatique, plus proche de la nature… » Tout cela est remarquable mais, au bout du compte, ce n’est pas gratuit. Tout le miel qu’on a fait couler à vos oreilles, on vous le fait payer professionnellement. Il y a autant de vice parmi les femmes que parmi les hommes. La femme n’est pas, par nature, meilleure que l’homme !

F.-S. Vous affichez un look plutôt très austère. Est-ce pour mieux vous fondre dans cette masse d’hommes en gris ?

N. K.-M. Lorsque vous êtes une femme, en politique, toute fantaisie est commentée, et parfois vue comme un signal politique. On n’écoute plus ce que vous dites. Moi je n’ai pas choisi d’être une gravure de mode. Si vous portez quelque chose d’un peu original, on ne parle plus que de ça. Mais, le week-end, je m’habille en sarouel depuis toujours ! Cela dit, je n’irai jamais au ministère ni même dans ma mairie en sarouel ! Les gens ne comprendraient pas.

F.-S. Quand vous rentrez chez vous et que vous coupez tout contact avec l’extérieur, que faites-vous pour vous détendre ?
N. K.-M. (Sans hésitation) Je donne le bain à mes enfants. Le contact avec son enfant, sa peau, c’est, pour moi, la chose la plus rassérénante du monde.



Constance Vergara, France Soir
Samedi 10 Juillet 2010 - 10:45





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