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Mohamed V, le dernier Souverain Chérifien et premier Roi du Maroc moderne mémorisé à l’Ambassade du Maroc à Paris


Jeudi 10 Janvier 2013 modifié le Vendredi 11 Janvier 2013 - 01:44

Dans le cadre des mercredis culturels de l’Ambassade du Maroc à Paris, le juriste français Charles Saint-Prot, directeur de l'Observatoire d'études géopolitiques (OEG), spécialiste du monde arabe et de l'Islam est venu présenter hier son livre « Mohammed V ou la monarchie populaire (Ed du rocher) »




Mohamed V, le dernier Souverain Chérifien et premier Roi du Maroc moderne mémorisé à l’Ambassade du Maroc à Paris
Le livre, un hommage à un Souverain qui a marqué l'histoire du Maroc et a été "l'artisan patient et tenace du renouveau d'une ancienne nation qui put ainsi retrouver sa place éminente sur la scène arabe, musulmane, africaine et internationale".

Retenir l’action déterminée et héroïque, de l’homme qui fut « l’âme de la lutte de libération nationale et insister sur l’action politique d’un monarque éclairé et réformateur » C’est cet aspect du Souverain que Saint-Prot voulait mettre en lumière.

Le Roi Mohammed V fut l’un de ces dirigeants qui ont marqué leur époque à l’instar de Gaulle, Churchill, Nasser, Gandhi, Lumumba..

L’homme, installé sur le trône, en 1927, un peu par hasard à l’âge de 17 ans, fut l’homme au grand destin. « Ce qui est frappant lorsque l’on s’intéresse à l’action de Mohammed V c’est cette capacité à voir loin, à anticiper. Voir loin est la marque des grands dirigeants qui savent que « gouverner c’est prévoir ».

Charles St-Prot rappelle la position du Roi durant la Seconde Guerre Mondiale. Dès l’éclatement de la guerre le 1er septembre 1939, Mohammed ben Youssef choisit immédiatement son camp et ordonna de lire dans les mosquées du royaume un appel solennel en faveur de la France et de ses alliés :

« C’est aujourd’hui que la France prend les armes pour défendre son sol, son honneur, sa dignité, son avenir, et les nôtres, que nous devons être nous-mêmes fidèles aux principes de l’honneur de notre race, de notre Histoire et de notre religion […] A partir de ce jour et jusqu’à ce que l’étendard de la France et de ses alliés soit couronné de gloire, nous lui devons un concours sans réserve. »
Sait-Prot se souvient de l’appel lancé le 18 juin 1940, par le général De Gaulle sur la radio de Londres. Pour lui cet appel de De Gaulle doit être mis en parallèle avec un autre appel, celui du Sultan du Maroc qui affirmait le lendemain de l’armistice du 22 juin :

« Ce serait un crime que de douter des destinées de la France »
Pour Mohamed V, malgré les revendications légitimes de son pays et son peuple, le Maroc ne pouvait faillir à l’honneur et profiter de la situation en misant sur le malheur de la France.

Le Maroc allait donc sous l’impulsion du Sultan participer à la Résistance français, « en aidant à la constitution secrète de l’armée de la revanche on sait la part que prirent les Marocains dans la constitution de l’armée d’Afrique qui allait être celle de la victoire ». C’est la raison pour laquelle Mohammed V fut le seul dirigeant étranger à être honoré dans l’ordre des Compagnons de la Libération. De fait, le Sultan avait permis à son pays de figurer dans le camp des vainqueurs.

Après la libération du pays, reconnue par la France suite aux accords du 12 mars 1956, Mohammed V avait compris que « pour bâtir il fallait rassembler ». Rassembler toutes les composantes de la nation.

Sur le plan régional, Mohammed V avait une vision d’un Maroc pleinement solidaire de son environnement. Le Maroc accueillit, en avril 1958, la première conférence pour le Grand Maghreb. Recevant les participants à Casablanca, le roi Mohammed V mit l’accent sur l’importance de l’union maghrébine pour l’avenir et déclara : « l’indépendance inéluctable des Algériens devrait permettre un essor du grand Maghreb arabe où toutes les forces se trouveraient conjuguées pour construire un ensemble dynamique qui pèserait d’un bon poids sur la scène régionale et internationale »

L’Afrique faisait partie de l’agenda de Mohamed V. Dès 1957, il prit l’initiative d’appeler à la tenue de la première conférence des chefs d’Etat des pays africains indépendants, à Accra. En janvier 1961 Casablanca accueilli la première grande réunion des chefs d’Etat africain. Mohammed V fit adopter la Charte de Casablanca dans laquelle les chefs d’Etat proclamèrent leur détermination de «faire triompher la liberté de toute l’Afrique et de réaliser son unité ».

De fait, la conférence de Casablanca fut la première étape vers la constitution de l’Organisation de l’unité africaine officiellement fondée en 1963.

Le Maroc de Mohamed V prend de l’avant et affirmea sone rôle de trait d’union qu’il lui confère sa situation géostratégique, son histoire millénaire et, aussi, son statut d’héritier de l’Andalousie.

L’idée de définir le Maroc comme trait d’union entre l’Orient et l’Occident appartient au roi Mohammed V. Charles Saint-Prot rappelle : « Dès son voyage à Madrid, en mars 1956, le Roi Mohamed V se posa résolument en précurseur de la coopération entre les deux rives de la Méditerranée. Et prononça dans son discours : « Le jour n’est pas loin où nous verrons se constituer autour de la Méditerranée des nations fortes dont la solidarité et la coopération donneront naissance à une civilisation fondée sur un équilibre harmonieux, d’une part entre les valeurs spirituelles et les forces matérielles et d’autre part, entre le respect des traditions ancestrales et le besoin de rénovation et de création »

Quelques mois plus tard, le 29 août 1956, il déclara lors d’une réception à Rabat de congressistes du monastère bénédictin de Toumliline dans le Moyen Atlas:

« État Arabe et musulman, carrefour des continents, de peuples et de civilisations, le Maroc est appelé par sa position géographique à servir de lieu de rencontres entre les civilisations d'Orient et d'Occident, d'interpénétration et de creuset où viennent se fondre toutes les cultures, où collaborent la pensée musulmane et la pensée chrétienne, participant ainsi largement aux progrès de l'humanité ».

« Mohammed V ou la monarchie populaire » se veut un hommage au dernier Sultan, c’est aussi la première biographie en français consacrée à son action. « Parmi tous les rois qui, en douze siècles, ont fait le Maroc, Mohammed V occupe une place privilégiée » souligne l'auteur. Il est à la fois un roi restaurateur et un roi fondateur qui a joué un rôle essentiel dans l'indépendance de son pays tout en jetant les bases d'institutions renouvelées et adaptées au monde moderne.
Jeudi 10 Janvier 2013 - 16:53

Fouzia Benyoub