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Meurtre de Chokri Belaïd, la traque inachevée


Mercredi 27 Février 2013 modifié le Mercredi 27 Février 2013 - 15:06




Meurtre de Chokri Belaïd, la traque inachevée
Identifié, mais toujours en fuite : le meurtrier présumé de l’opposant tunisien Chokri Belaïd n’a pas été arrêté, mais «est pourchassé». Le ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, a fait cette annonce hier midi, alors que plusieurs sources policières faisaient état de son arrestation ainsi que de celle de son complice la veille, dans la soirée. «Les quatre autres suspects ont été arrêtés, a indiqué le ministre. Ils appartiennent à un courant religieux radical.» Ce courant serait proche de «ce qu’on appelle la mouvance salafiste», a précisé Larayedh, par ailleurs chargé de constituer le nouveau gouvernement tunisien. Les suspects auraient «surveillé la victime quelque temps et le jour du crime».

Un peu avant cette annonce, hier matin, Basma Belaïd, la veuve de Chokri Belaïd, en visite à Paris, a expliqué : «On serait tout à fait contents si ceux qui ont commis ce crime ont bien été arrêtés. Mais ce n’est qu’une partie de la vérité. La question est : qui a organisé ?»

Milice. Chokri Belaïd, avocat de 48 ans, a été assassiné devant son domicile à Tunis, le 6 février. Figure du Front populaire, alliance de mouvements de la gauche tunisienne, il était un fervent opposant du parti islamiste au pouvoir, Ennahda. Pour Basma Belaïd, comme pour nombre de proches de l’opposant, c’est ce même Ennahda qui «assume la responsabilité» de l’assassinat, car «il est de la responsabilité du gouvernement d’assurer la sécurité des citoyens». Elle attend la désignation des commanditaires, arguant qu’il est «visible que c’est un crime organisé à très haut niveau».

Dans sa ligne de mire, notamment, la Ligue de protection de la révolution (LPR), à laquelle pourrait être affilié l’un des suspects arrêtés. Cette milice pro-islamiste est soupçonnée d’être responsable de nombreuses violences à l’égard d’opposants, comme celles qui ont causé la mort d’un représentant du parti laïc Nidaa Tounes, en octobre. Basma Belaïd a rappelé que son mari demandait «depuis des mois et des mois la dissolution de cette ligue soi-disant protectrice», soulignant la nécessité de punir également les actes commis avant le 6 février, et dénonçant l’inaction du gouvernement.

Le meurtre de Chokri Belaïd a accéléré la crise politique dans laquelle est plongée la Tunisie. Le ministre de l’Intérieur, Ali Larayedh, vient ainsi d’être désigné successeur de l’ex-Premier ministre Hamadi Jebali. Ce dernier a démissionné de son poste le 19 février, après avoir échoué à former un gouvernement apolitique.

Neutralité. Mais la nomination d’Ali Larayedh, figure, comme son prédécesseur, de l’aile modérée d’Ennahda, ne résout pas les problèmes qui divisent la coalition au pouvoir. «Le ministre de l’Intérieur a été gradé, analyse ainsi Basma Belaïd. Il devient Premier ministre après l’assassinat d’un opposant et alors que, dans son ministère, il y avait deux poids, deux mesures.» Basma Belaïd pointe là le principal reproche adressé à Ennahda, à savoir son manque d’impartialité concernant les actes imputés aux islamistes. La neutralité des ministères régaliens est l’une des revendications de l’opposition.

Pour autant, «je n’ai pas peur pour la révolution», assure l’opposante, qui n’exclut pas de s’engager en politique si cela lui semble nécessaire pour continuer le combat de son mari défunt. Si ce «processus de contre-révolution» était attendu, «on ne pensait pas que ce serait aussi grave, reconnaît-elle. Mais cela ne signe pas la fin de la révolution. Au contraire, cela nous donne envie de continuer».

Mercredi 27 Février 2013 - 15:02





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