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Maroc : Talleyrand contre Benkirane


Vendredi 11 Août 2017 modifié le Vendredi 11 Août 2017 - 17:13

- Par Abderrahim Hafidi, Politologue, islamologue -




"Les sorties " tonitruantes ces derniers jours de Abdelilah Benkirane, l'ex chef du gouvernement, vociférant à hu et à dia contre la terre entière est un signe qui ne trompe pas: plonger dans un anonymat, lui qui avait goûté au " fruit interdit " de la notoriété, est devenu proprement insupportable à l'ancien locataire de la primature !

Cependant, cette éclipse du radar médiatique ne saurait occulter une arrière pensée politique qu'il tente de distiller en s'attaquant frontalement au gouvernement formé il y a à peine quelques mois et après qu'il ait échoué à trouver un consensus acceptable en vue de constituer un gouvernement viable et qui répond aux défis du moment .

Abdelilah Benkirane a choisi résolument d'attaquer un gouvernement dont la feuille de route programmatique a été validée il y a seulement quelques mois . Un gouvernement qui doit, entre autres, assumer le "passif Benkiranien " dont le bilan est loin, très loin des promesses affichées au début de son mandat.

Au lieu de nous dresser un inventaire rigoureux de ses " réalisations ", lui qui bénéficiait d'une majorité confortable au parlement, M.Benkirane choisit la politique de la terre brûlée. Ses incendiaires déclarations récentes devant un parterre de militants" pejidiens" ressemblaient plus à un jeu de billard à trois bandes :

1- s'attaquer , en personnalisant ses cibles , à ce gouvernement relève d'un subterfuge bien connu des observateurs politiques : focaliser l'attention sur Une ou plusieurs responsables en leur faisant endosser les résultats de sa politique appartient au registre populiste et démagogique , Ce stratagème fait recours à des diatribes puisées dans Un lexique réactionnaire . Il mobilise des formules Qui ne laissent aucun doute sur sa volonté d'attirer le débat vers le bas où la mauvaise foi le dispute à la surenchère.

En procédant de la sorte, Benkirane "vandalise " le débat en accentuant une césure supplémentaire qui aggrave le fossé entre le peuple et ses dirigeants !

2- cette stratégie est le premier étage d'un édifice populiste , complété par la tentation de pousser sa base militante vers Une radicalisation croissante , en créant de facto une ligne " Maginot" entre le " peuple pejidiste" à qui on aurait subtilisé la victoire et les " opportunistes de l'intérieur' ( suivez mon regard ) qui ont pris Les commandes d'un gouvernement qui serait, selon lui, aux ordres de forces centrifuges !

Le RNI, ayant pris Les commandes du nouveau gouvernement , est clairement désigné comme la cible à abattre Et son Président Akhenouch Comme Le pourfendeur du "rêve" Benkiranien suspendu en vol par la disgrâce d'un "complot " ourdi contre lui et dont le centre de gravité serait dissimulé dans les antichambres du Makhzen !

En procédant de la sorte, il se drape dans les oripeaux immaculés de la mauvaise foi , et s'ingénue clairement à déstabiliser le premier d'entre eux , l'actuel Chef Du gouvernement , Saadeddine El othmani , Et le pousser Dans ses retranchements afin de l'obliger à Faire un choix cornélien : Garder le cap au risque d'être marginalisé au sein de sa propre formation .

L'épée de Damocles d'une majorité aléatoire et pas solidaire - au parlement reste alors suspendue au dessus de la tête de El Othmani. Ou démissionner du gouvernement avec ses conséquences imprévisibles en termes de cohésion nationale par les temps durs que connaît le pays. Cette arrière pensée " Benkiranienne " serait le point d'orgue d'une stratégie cynique propre au courant populiste qu'il n'a jamais cessé d'incarner. Il fait ainsi passer son intérêt orgueilleux devant l'intérêt du pays .

3 - la troisième dimension Non avouée Dans Le stratagème de Benkirane - dont Les conséquences pourraient lui échapper - consisterait à ramener le pays à des Temps révolue de son histoire récente. Le bond décisif de la marche vers la démocratie fut traduit par la ventilation de l'espace politique et l'affirmation que l'arbitrage de la compétition pour la gouvernance doit passer par le seul recours au urnes. La Constitution avait en effet gravé dans le marbre le principe selon lequel la conduite des affaires du pays incombe désormais à la majorité parlementaire issue des élections.

Comme dirait Victor Hugo, il faut que l'histoire aille jusqu'au bout de ses aveux ! Et Benkirane doit s'inspirer de cette maxime en assumant jusqu'au bout son forfait : car son entreprise menée tambour battant déboucherait sur une alliance de la carpe et du lapin : celle qui renouerait avec ses vieux démons en retrouvant ses vieux amis / ennemis de l'obscure officine d'Al Adl Wal Ihsane.

L'histoire sur le long terme a démontré que "Les Frères Musulmans" , sa demeure "nuptiale" , ne se sont jamais embarrassés d'alliances ou de ruptures au gré d'intérêts partisans . Fouad Zakaria, éminent spécialiste égyptien des " Ikhwanes" avait résumé en une formule sibylline la doxa des " frères " : ils ont la louche suffisamment longue pour dîner avec Le diable" !

Au moment où le Maroc traverse une zone de turbulences sociales, la classe politique marocaine - PJD en tête - brille par son absence et déserte les espaces de l'encadrement et de la mobilisation . Laissant ainsi Le champ libre à toutes les tentations nihilistes et poujadistes.

En démissionnant de son poste de secrétaire général du PAM , M. Elyas El Omari indique le chemin à suivre à ceux qui ont fait valoir leurs intérêts " sonnants et trébuchants " au détriment des citoyens et leurs droits à la dignité.

Le discours royal du 29 juillet a sonné le glas de cette léthargie et remis au coeur du débat les failles béantes qui minent de l'intérieur le fonctionnement global de l'administration et l'incurie des
"Ahal Al hall wa al Aqd". Car ces failles sont à l'œuvre depuis des lustres.

Ceux qui avaient Les clés de la gouvernance, localement, régionalement et nationalement n'ont- ils- pas failli lamentablement dans leur mission de procéder aux réformes structurelles qui s'imposaient et asseoir sur des bases solides les assises citoyennes d'un peuple marocain gavé de promesses ? Le PJD n’avait-il - pas raflé une grande majorité des conseils municipaux et régionaux ? Qu'a t - il fait de ce "butin de guerre " ? Qu'a-t-il entrepris pour empêcher la rivière de se transformer en marécages ? En un mot qu'a fait le chef du gouvernement de ces cinq dernières années pour répondre aux aspirations des Marocains à plus de dignité ?

Au Maroc comme ailleurs , face aux dégâts collatéraux d'une mondialisation " sans coeur ni miséricorde ( Vargas Losa) , conjugués au micro climat local et ses mœurs politiques d'un autre âge , toute résistance au changement est un leurre. L'aspiration profonde à une société juste et équitable impose à tous l'impératif catégorique de changer de logiciel politique et en finir avec les gabegies mortifères la paix sociale et la stabilité de notre pays est désormais à ce prix .

La comparaison avec l'expérience française du " macronisme"'triomphant où le renouveau était le maître mot et qui a rencontré l'adhésion du peuple de France, au delà des clivages idéologiques désuets, peut servir aux partis marocains de boussole. Car au Maroc, comme ailleurs, il y a urgence de créer les conditions d'une relève générationnelle dont la jeunesse serait Le fer de lance.

Quand le passé n'est plus, le futur tarde à venir, alors dans ce clair obscur surgissent les monstres. Sans présager de l’avenir, "Le miracle marocain", fortement inspiré par une monarchie ouverte et tournée vers les horizons nouveaux, reste tout compte fait l'unique port d’attache. Car, en définitive, la formule du célèbre conseiller de Bonaparte, Talleyrand "Quand Je me regarde Je me désole mais lorsque je me compare, Je me console ", sied fièrement à la situation au Maroc et constitue une antidote aux surenchères d’où qu'elles viennent. Au Maroc comme ailleurs, "Il n'est guère de vents favorables à celui qui ne sait où naviguer !" ( Sénèque )


Vendredi 11 Août 2017 - 11:06





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