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Mali: l'Unesco s'appuie sur le savoir-faire traditionnel pour reconstruire les mausolées de Tombouctou


Lundi 13 Avril 2015 modifié le Lundi 13 Avril 2015 - 18:09




Accroupi, truelle en main, un maçon de Tombouctou s'enorgueillit de participer à la reconstruction des mausolées détruits par les jihadistes en 2012. La restauration de ces monuments du patrimoine mondial dans le nord du Mali s'appuie sur le savoir-faire et les traditions locales séculaires.

Grâce à un projet de l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture (Unesco), 14 des 16 mausolées de saints musulmans détruits par les islamistes au nom de la lutte contre "l'idolâtrie" sont en cours de réhabilitation dans cette capitale du tourisme malien, aujourd'hui désertée par les voyageurs.

Au cours d'une visite de terrain organisée cette semaine par l'Unesco pour des diplomates européens accrédités à Bamako, la capitale, à 900 km au sud-ouest de Tombouctou,un journaliste de l'AFP a pu constater que deux mausolées reconstruits se dressaient à l’intérieur d'un cimetière de la ville. Trois autres sont en cours de restauration.

"Ce qui est bien, c'est que l'Unesco n’a pas été chercher des maçons ailleurs. Nous, nous avons vu nos parents maçons construire ou reconstruire ces mausolées. Donc nous savons comment on doit faire pour sauvegarder notre culture", assure un des ouvriers.

Le maître d’ouvrage, l’architecte malien Mamadou Koné, insiste également sur le souci de restaurer les mausolées en reproduisant l’original, afin de respecter l’œuvre, cœur du patrimoine culturel de Tombouctou, inscrite au Patrimoine mondial de l'humanité.

Pour y parvenir, les restes des murs détruits par les jihadistes ont ainsi été récupérés. Les anciennes photos ont été consultées et, la tradition culturelle se transmettant généralement de bouche à oreille, des personnes âgées ont été interrogés avant et pendant les travaux.

En homme de l'art, Mamadou Koné précise que "la terre de Tombouctou et la pierre alhor (une variété locale) ont été utilisées pour reconstruire ces mausolées", ainsi que des tiges de riz et le banco, un matériau composé de terre argileuse et de paille, pour la restauration.


"Réconciliation nationale"


Pour la population de Tombouctou, qui voue un grand respect aux saints décédés, considérés comme de grands humanistes, des érudits, et des personnes pieuses, avec la destruction des mausolées, c'est un pan de la culture malienne qui a été détruit.

Mais plusieurs habitants interrogés par l'AFP se réjouissent de voir 140 emplois créés grâce au projet.

Selon le représentant de l’Unesco au Mali, Lazare Eloundou Assomo, en commençant le projet de restauration par trois mausolées d'un cimetière, celui d'un saint kounta, marabout d'une tribu arabe, d'un saint de Djenné, autre ville malienne renommée plus au sud, et d'un Algérien, l'Organisation a voulu également "participer au processus de réconciliation nationale".

"En d’autres termes, le Mali arc-en-ciel, avec un saint noir, un originaire de Tombouctou, et un Maghrébin", souligne-t-il.

Le projet de réhabilitation concernera également les manuscrits anciens de la ville, dont plus de 4.000 ont été perdus, brûlés ou volés, 10.000 autres manuscrits étant restés sur place mais dans des conditions de stockage inadaptées, et quelque 370.000 "exfiltrés" clandestinement vers Bamako en 2012 pour les soustraire aux jihadistes.

Le nord du Mali était tombé en 2012 sous la coupe de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda, qui en ont été partiellement chassés par l'opération militaire "Serval", lancée à l'initiative de la France en janvier 2013, à laquelle a succédé en août 2014 "Barkhane", dont le rayon d'action s'étend à l'ensemble de la zone sahélo-saharienne.

L’ensemble des travaux de sauvegarde, réhabilitation et restauration devrait durer quatre ans et nécessite la mobilisation de 11 millions de dollars, dont seuls trois ont été collectés grâce notamment au concours de la Banque mondiale, de l'Union européenne (UE), de la Suisse, et de l'Agence américaine pour le développement international (USAID).

Devant la délégation de diplomates en visite pour constater l'avancement des travaux de restauration des mausolées, Abderrahmane Ben Essayouti, imam de la grande mosquée de Tombouctou a invité "le monde entier à soutenir le projet qui fait rebattre le cœur de la ville de Tombouctou".

Lundi 13 Avril 2015 - 17:19

Avec AFP




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