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Mali : Rendez-vous en Terre inconnue


Mercredi 16 Janvier 2013 modifié le Mercredi 16 Janvier 2013 - 22:19

Hollande sonne le glas de la tentation terroriste au cœur de l’Afrique et aux portes de l’Europe et empêche aussi et surtout la destruction de l’Etat-Nation malien.




Mali : Rendez-vous en Terre inconnue
Il met en échec ce qui, au-delà du Mali, était le vrai but de guerre d’Ansar Dine : renforcer les groupes terroristes agissant de l’Ouest vers l’Est et qui désiraient effectuer une redoutable jonction, au Sud, avec les combattants de Boko Haram, ce groupuscule islamiste fou qui sème la terreur au Nigeria. Les terroristes ambitionnaient de prendre d’assaut la région par un axe du crime qu’il eût été, sans l’opération audacieuse du Président Hollande, quasiment impossible de sauver. Cette intervention militaire était donc la seule et unique solution pour éviter un basculement de l’Afghanistan vers le Mali, rappelons que ce sont les mêmes acteurs transnationaux qui opèrent dans ces deux régions.
François Hollande a décliné avec précision et clarté les trois défis qui incombent à la France lors de son intervention militaire au Mali, l’arrêt immédiat des agressions des groupes terroristes islamistes, la sécurisation de Bamako et la préservation de l’intégrité territoriale du Mali. Aussi, le Président français a clairement énoncé que l’intervention française ne s’inscrira pas dans le temps, évitant ainsi un scénario similaire au conflit en Irak. Il n’y aura pas d’enlisement possible au Mali.
L’intervention française au Mali va faire date dans l’histoire des relations internationales. Elle s’inscrit dans ce qui est aujourd’hui un « héritage français », celui que Malraux avait longtemps théorisé et tenté de mettre en pratique : ce devoir de protection des peuples opprimés. Ce fut le cas avec l’intervention en Libye, et c’est aujourd’hui une nouvelle victoire pour les défenseurs du droit, ou plutôt du devoir d’ingérence, n’en déplaise à l’ancien Premier Ministre Dominique de Villepin qui mettait en avant le « virus néo-conservateur » qui se propagerait selon ses dires en France.
C’est la guerre (vraiment) juste que François Hollande fait renaître aujourd’hui, loin des pseudo théories des néo-conservateurs américains. Juste, car il en va de la stabilité de la région. Juste, car il en va de la vie de centaine de milliers de Maliens que la menace islamiste terrorise. Juste, car la France n’a aucun intérêt économique dans la région. Les détracteurs et les pseudo pacifistes ne pourront crier au pillage des ressources naturelles et à l’exploitation des ressources en pétrole. Juste, car la France ne s’est résolu à mener la guerre qu’en dernière extrémité. Juste, car cette guerre entre en parfaite conformité avec le droit international et s’inscrit dans la continuité de la résolution du 12 décembre du Conseil de sécurité, alors présidé par le Maroc.
François Hollande s’inscrit dans l’héritage de Grotius, de Saint Thomas, de Malraux et de tous ces libres penseurs, de ces amoureux de la Paix. C’est une nouvelle doctrine qui trouve ses racines dans les théoriciens énoncés plus haut et qui se différencie du néo-conservatisme, la France invente son propre modèle d’ingérence, purifie, rectifie le concept de « guerre juste », trop souvent entaché par le clan Bush. Il faudra prendre le temps, pour nous analystes en géopolitique, de revisiter nos « bibliothèques guerrières » pour y trouver quelques pistes de réflexion, quelques éléments de résolution concernant la crise malienne.
Oui, la guerre au Mali était une nécessité, une urgence, non seulement pour les maliens eux mêmes mais pour l’ensemble de la région. Inutile de rappeler les ambitions d’expansion d’AQMI et le risque que cela représentait pour les pays voisins au Mali, et le Maroc en fait partie.
La France retrouve son rôle prépondérant, éminent, et son rayonnement sur la scène internationale. L’union sacrée est là également. Il faut saluer la solidarité et le patriotisme des différents responsables politiques issus de l’opposition (UMP, UDI). La France prouve au monde que sa voix continue de peser sur les relations internationales.
Il faut également saluer l’engagement résolu de Sa Majesté le Roi Mohammed VI pour la paix au Mali et sa solidarité avec le peuple malien. Il n’est pas inutile de rappeler le travail considérable du Maroc, au cours de sa présidence du Conseil de sécurité de l’ONU, et ses efforts diplomatiques pour l’adoption de la résolution 2085 autorisant le déploiement de forces africaines sur le sol malien. Aussi, le Maroc a autorisé les avions français à survoler son territoire. Le Maroc prouve, une nouvelle fois, qu’il se « battra » toujours pour faire triompher la paix, la démocratie et les grandes libertés. Il continuera de suivre de près le dossier étant donné qu’il assure la présidence du comité du Conseil de sécurité de l’ONU sur la lutte anti-terroriste.
Cependant, il faut être prudent, vigilant. Il y a le risque, qu’on le veuille ou non, d’un « piège malien ». Le pari de François Hollande ne sera pas forcément gagnant. D’abord, il y a la menace d’une attaque terroriste sur le sol français, ou sur celui de ses alliés, dont le Maroc. C’est ici le délire apocalyptique d’Al-Qaeda qui reprend et nous renvoie aux moments les plus sombres de l’Histoire moderne. En tête, nous marocains, avons bien sûr le spectre attentats du 16 mai 2003 à Casablanca ou la plaie encore brûlante de la « bombe d’Argana » dans cette havre de paix qu’est Marrakech.
Il y a également le risque de « mise à morts » des otages occidentaux. Il y a cette triste option de vendetta, aussi basse soit elle, sur des innocents.
Il y a enfin le risque d’un piège malien sur le terrain où les conditions sont très difficiles. C’est une guerre dans le désert, et pour la France une guerre sans véritables partenaires sur le terrain. L’Algérie a montré ses réticences, se défilant peu à peu face à ses obligations, elle qui s’assumait jusqu’à l’heure d’aujourd’hui comme « la gardienne du Sahel » et qui a tenté d’éloigner le Maroc de toutes les structures de décisions politiques en Afrique. La France se battra donc « à l’aveuglette », sans but réel de guerre tant la menace islamiste se trouve sur plusieurs fronts. La guerre sera indéniablement longue et la France ne pourra compter sur un Etat malien affaibli au plus haut point. Comment reconstruire un Etat quand la définition même de ce qu’il doit être n’est que très peu claire au Mali ? Comment construire une démocratie au Mali avec une classe politique fragilisée et inapte de relever les défis imminents qui succèderont à l’état de guerre ?
Des questions sans réponses mais qui s’effacent face à l’urgence de la guerre. Hollande a eu rendez-vous avec l’Histoire, avec la destinée de la France.

« La liberté appartient à ceux qui l’ont conquise », nous disait André Malraux, alors que la conquête commence pour le peuple malien…
Mercredi 16 Janvier 2013 - 13:08

Omar Alaoui, acteur associatif et politique