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Mali: Ansar Dinne, les raisons d’un dialogue


Lundi 5 Novembre 2012 modifié le Lundi 5 Novembre 2012 - 16:22




Mali: Ansar Dinne, les raisons d’un dialogue
A l’heure où le Mali se prépare à envoyer une force armée internationale au Nord, le groupe terroriste Ansar Dine s’engage dans une négociation de paix à Ouagadougou et à Alger. Mais pourquoi maintenant? Cette demande de dialogue n’est-elle pas une ruse en vue de gagner du temps?
De toute évidence, ces bandits pensaient pouvoir s’éterniser au Nord. Avec des otages en leur possession, ils ont cru pouvoir continuer à exercer du chantage vis-à-vis de la communauté internationale. Mais cette fois-ci, c’est raté ! Le nouveau Président François Hollande n’a pas joué le jeu. Alors, en dernier recours, ils optent pour le dialogue.
A Ouagadougou, Blaise Comparé, tel un chef d’orchestre, continue de défendre les vertus d’une négociation apaisée où la recherche de l’intérêt des groupes Ansar Dinne et MNLA prend le pas sur la guerre. L’Algérie, à son tour, ne pense « à priori » qu’à son propre intérêt : celui de ne pas voir à sa porte une base de l’OTAN à Tessalit, ou le risque de voir débarquer tous ces indésirables sur son sol.
Si Ouagadougou et Alger pensent que la négociation se limitera uniquement à une question de territoire, ils se trompent. Loin de là. Les choses doivent être claires dès le départ. Après toutes ces exactions commises sur les populations maliennes, ce problème du Nord ne relève plus d’un simple dialogue sur une table de négociation, mais plutôt d’un engagement ferme : aller jusqu’au bout pour enfin régler la crise malienne une fois pour toutes.
Si l’art de la négociation requiert une écoute et résulte en général sur un compromis, il est temps de se demander à quoi s’attendent ces « fous de Dieu » qui sont déterminés à instaurer la charia sur toute l’étendue du Mali. Comment les persuader de renoncer à la loi de Dieu et suivre celle des hommes, et quels sont leurs objectifs ? Ensuite poser aux Maliens et ceux du Nord exactement la question suivante: qu’est-ce qu’ils attendent de cette négociation? Ces différentes questions doivent permettre d’identifier les intérêts de chaque partie et les éventuels points de convergence. Il faut enfin penser aux contreparties. Qu’est-ce que le Mali est prêt à céder pour obtenir une paix éternelle?
Oui pour une négociation ! Mais cela doit d’abord passer par une vraie connaissance des enjeux qui en découlent car le gagnant-gagnant n’est pas une fin en soi, il faut aussi préparer psychologiquement les Maliens traumatisés par les atrocités commises. A l’avenir, ils doivent apprendre à vivre avec des hommes qui leur ont infligé tous les malheurs du monde. Quand bien même un accord est conclu, comment avoir une négociation réussie si les populations du Nord ont du mal à cohabiter avec leurs bourreaux d’hier?
Néanmoins, la négociation en elle-même est l’attitude la plus intelligente à adopter dans un conflit. Mais si ces manipulateurs campent sur des positions perverses, le Mali doit sans hésiter rejeter systématiquement toutes propositions et se préparer pour une guerre. Vous serez d’accord que chacun de ces groupes rebelles ne peut démontrer que leur intention répond à un intérêt collectif, celui du Mali. Pourtant, cela doit être la base de la négociation malienne.
Est-ce que l’Islam permet le recours à la ruse et à la tromperie en cas de guerre ? En est-il de même de la trahison ?

Allah le Très Haut a interdit la trahison et a condamné son auteur en ces termes : « Ceux-là mêmes avec lesquels tu as fait un pacte et qui chaque fois le rompent sans aucune crainte (d’Allah)» (Coran, 8 : 56). Le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Au jour de la Résurrection, tout traître portera un drapeau qui permettra de le reconnaître » (rapporté par Al-Boukhari, 6966 et par Mouslim, 1736).
Al-Boukhari a rapporté d’après Ibn Omar (P A. a) que le Messager d’Allah (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « Quatre choses font de celui qui les réunit un hypocrite achevé : mentir dans le discours, ne pas tenir les promesses, violer les engagements et radicaliser les querelles. Celui qui en perpétue une porte une dose d’hypocrisie aussi longtemps qu’il ne s’en débarrassera pas ». (Rapporté par Al-Boukhari, 3878 et par Mouslim, 58).
Malick a dit : « Il m’est parvenu qu’Abd Allah Ibn Abbas a dit : « Chaque fois que des gens violent leur engagement, Allah donne à l’ennemi le dessus sur eux ». Voir Al-Mouwatta, chapitre : à propos du respect des engagements.
En dépit de cette dénonciation de la trahison, la loi religieuse autorise la ruse en cas de guerre dans le but d’obtenir la victoire. A ce propos, An-Nawawi a dit : « Les ulémas sont unanimes à soutenir qu’il est permis de tromper l’ennemi en cas de guerre chaque fois que cela s’avère possible, pourvu de ne pas violer un traité ou un pacte car cela n’est pas permis ».
Le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) a dit : « La guerre, c’est la ruse » (rapporté par Al-Boukhari, 3029 et Mouslim, 58). La plus dangereuse forme de ruse consiste à surprendre l’ennemi avant qu’il ne se prépare pour la guerre. Quand le Messager (bénédiction et salut soient sur lui) voulut se diriger vers La Mecque pour la conquérir, il donna aux musulmans l’ordre de se préparer et il ne révéla sa destination à personne avant de se mettre en route vers La Mecque et après avoir pris toutes les précautions susceptibles d’empêcher les idolâtres d’apprendre la nouvelle.
Le Prophète (bénédiction et salut soient sur lui) dépêchait de nombreux commandos et leur recommandait de se déplacer la nuit et de se cacher le jour afin de pouvoir surprendre leur ennemi. Nous disons, malgré l’autorisation de la ruse en cas de guerre, que l’Islam a atteint un haut niveau dans le respect de l’engagement tout en permettant le recours à l’emploi d’expressions métaphoriques et de pièges martiaux. En voici quelques exemples frappants :
-Omar Ibn Al-Khattab a adressé à un homme qu’il avait envoyé commander une armée ceci : « Il m’est parvenu que certains d’entre vous se mettent à la poursuite du mécréant non arabe jusqu’à l’obliger à se réfugier sur une montagne et se sauver et lui disent alors : « n’aies pas peur ». Et puis quand ils le saisissent, ils le tuent. Au nom de Celui qui tient mon âme en Sa main, s’il s’avère que quelqu’un s’est comporté de la sorte, je lui trancherai la gorge ».
D’après Abou Mouslima, Omar ibn al-Khattab a dit : « Au nom de Celui qui tient mon âme en Sa main ! Si quelqu’un d’entre vous faisait avec son doigt un signe vers le ciel à l’attention d’un idolâtre puis descend vers lui et le tue (après ce geste conventionnel indiquant son admission de l’Islam), je le tuerai pour cela ».
L’Islam interdit la trahison car celle-ci est toute différente des ruses et pièges utilisables selon l’Islam en cas de guerre. La loi islamique a établi une nette distinction entre l’usage de moyens dilatoires qui est permis et les pratiques qui impliquent trahison et violation de traités. Voir al-alaqat al-Kharidjiyya fi dawlat al-Khilafa, 197.

Par Cheikh Muhammed Salih Al-Munajjid


Lundi 5 Novembre 2012 - 16:12

Source: Le Combat du 5 novembre




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