Atlasinfo.fr: l'essentiel de l'actualité de la France et du Maghreb
Rubriques




Macron entre la tentation du large et la peur du vide




La grande sensation politique qui attend les français n'est ni la prochaine grande réforme que François Hollande pourra annoncer au pays, ni l'ambitieux programme politique que Nicolas Sarkozy serait en train de concocter pour son parti "Les Républicains", ni même les prochaines déclarations incendiaires et europhobes que pourraient avoir deux icônes de l'extrême, Marine Le Pen et Jean Luc Mélenchon...Non la grande sensation politique qui fait frissonner est le future positionnement d'Emmanuel Macron, ministre de l'Economie, de l'Industrie et du Numérique.

Par Mustapha Tossa




Son meeting à la mutualité préparé comme une vraie rampe de lancement pour candidat sérieux aux futurs rendez vous électoraux sera l'occasion de procéder à un test grandeur nature de sa capacité à mobiliser les attentions et les énergies et à produire les reliefs de son fameux discours alternatif "ni gauche ni droite" dont il a voulu faire sa marque de fabrique et son label distinctif. Un meeting perçu par comme une préparation des esprits à sa sortie du gouvernement pour reprendre sa vraie liberté de parole et sa marge de manœuvre.

C'est qu'Emmanuel Macron est devenu depuis longtemps une sorte d'anachronisme politique français. Ancien banquier passé par la précieuse case de proche conseiller de François Hollande avant d'atterrir sur un prestigieux maroquin ministériel et de donner son nom à la plus prometteuse réforme économique du quinquennat, le fringant ministre a nourri une subite ambition de taquiner les sommets. De sa tour de contrôle à Bercy aussi exposée que puissante, il lance un mouvement politique "En Marche", avec un sens quelque peu dérisoire de la mégalomanie. Dans sa campagne de communication adaptée à la révolution des réseaux sociaux qui mise sur le "ramassé", l'éphémère, voire le "prêt à consommer politique", "EM" incarne aussi bien Emmanuel Macron que le tout jeune mouvement "En Marche". L'homme est en soi un produit et un projet.

Un des signaux de la conviction profonde d'Emmanuel Macron en son propre destin, c'est que même accueilli par une ironie moqueuse qui l'accuse d'être une posture médiatique sans aucune profondeur sociale, il tient tête à ses détracteurs en semblant miser sur une transformation radicale de la pratique politique en France. Macron, comme tout ceux qui veulent innover et construire du neuf commencent d'abord par enterrer l'ancien. Et ironie de l'histoire qui est actuellement source de toutes les tensions, cet "ancien" que Macron s'échine à enterrer est incarné par sa hiérarchie gouvernementale, le président François Hollande, englué dans le désamour des français et le premier ministre Manuel Valls victime de ses poussés autoritaires.

Avec le recul, les interrogations demeurent. Emmanuel Macron a-t-il construit son offre et sa démarche politique en accord avec François Hollande ou malgré ce dernier. La première hypothèse révèle un machiavélisme qui a fini par mettre en difficulté le périmètre même de son premier ministre Manuel Valls et de créer des tensions au sein de l'architecture gouvernementale. La seconde révèle une impuissance à empêcher l'éclosion d'une initiative qui prépare une alternative à François Hollande au cas où ce dernier décide, mauvais sondage oblige, de jeter l'éponge. Dans tous les cas l'opération Macron, quelque soit sa finalité, participe à jeter un discrédit supplémentaire sur la gouvernance Hollande et à en souligner les échecs. Qu'il quitte le gouvernement et cela ne fera que mettre en valeur les insuffisances et les déficits du président Hollande. Qu'il reste et cela ne fera que souligner ses contradictions et ses déshérences.

Car en fin de compte, là où l'équipe gouvernementale sous la houlette de François Hollande a besoin de cohérence et de solidarité pour défendre son bilan et espérer faire campagne pour un second mandat, le locataire de l'Elysée risque de se retrouver à gérer les conséquences d'une rébellion interne qui s'ajoutera à ses multiples détracteurs traditionnels nichés à droite, à l'extrême droite et à l'extrême gauche. Avec Macron, le premier ministre Manuel Valls vit les affres d'une vraie cohabition. L'ambitieux ministre de l'économie a donné un véritable coup de vieux au premier ministre qui, dans sa trajectoire politique, ambitionnait justement d'incarner ce souffle novateur de la pratique politique. Manuel Valls en est réduit à devoir tuer Macron dans l'œuf s'il veut espérer exister dans les enjeux de 2017 et de la séquence de recomposition d'après.

La force ou la candeur rafraîchissante d'Emmanuel Macron est de croire que sans structure partisane efficace, que par la seule force de l'incantation et de la communication, on puisse créer un produit politique capable de devenir en ces temps de doutes et de crises un recours.

Dimanche 10 Juillet 2016 - 12:07



Dimanche 10 Juillet 2016 modifié le Dimanche 10 Juillet 2016 - 18:29

Nouveau commentaire :
Twitter

France | Maghreb | Atlas Eco | Société | Sport | Culture & Médias | International | Religion | Environnement | Opinion | Décryptages | Informations légales | Sience & Santé | Lu dans la presse | Fil direct | Les indiscrets | Atlas des livres | Opinions | Entretiens