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Libye: la «solution négociée» gagne du terrain


Dimanche 10 Avril 2011 modifié le Lundi 11 Avril 2011 - 07:44

La «solution négociée» gagne du terrain
La diplomatie internationale, divisée, cherche la parade au manque de résultats des frappes de l’Otan




Libye: la «solution négociée» gagne du terrain
«Il n’y a pas de solution militaire au conflit» : le Danois Anders Fogh Rasmussen, secrétaire général de l’Otan, n’arrête pas de le répéter tout en rappelant que «la solution politique est l’affaire du peuple libyen». Presqu’un mois après les premières frappes, commencées le 19 mars dans l’urgence pour sauver Benghazi et juste après un sommet-déjeuner à l’Elysée, la nécessité d’une sortie de crise se fait toujours plus évidente. Ce sera l’enjeu de la réunion, mercredi à Doha (Qatar), du «groupe de contact» créé à Londres le 29 mars pour «le pilotage politique» de l’opération.

Selon Paris, le commandement ne devait pas relever de l’Otan, au risque d’oblitérer le déjà bien tiède soutien des pays arabes. A part le Qatar et les Emirats, les autres traînent les pieds, au point que le secrétaire général de la Ligue arabe, Amr Moussa, avait boudé Londres. L’Union africaine se montrait encore plus timorée, voire hostile. Depuis, la situation militaire n’a fait que s’enliser. Avec, en corollaire, la relance des efforts vers une issue négociée. Début avril, Alain Juppé reconnaissait lui-même «qu’on est en train de voir avec qui on peut travailler à Tripoli» pour trouver une solution politique.

«Partir». Le groupe de contact, qui réunit notamment la France, la Grande-Bretagne, les Etats-Unis, le Qatar mais aussi l’Italie, l’Allemagne ou la Turquie ouvertement réticents à l’aventure, ne cesse de le répéter : «L’avenir des Libyens appartient aux Libyens eux-mêmes.» Une position de principe irréprochable qui dissimule néanmoins de sensibles divergences. D’autant que la résolution 1973 de l’ONU pointe pour seuls buts de l’intervention «la protection des populations civiles et un cessez-le-feu». «Kadhafi et son régime ont perdu toute légitimité», rappelait le communiqué final du 29 mars. Reste à savoir comment faire partir Kadhafi, et surtout qui, dans son camp, pourrait être considéré comme interlocuteur. «Ce n’est pas à nous de décider pour les Libyens, mais le résultat de tout processus politique est qu’il doit partir au début ou à la fin de ce processus», explique un diplomate occidental. Paris et Londres sont les plus en pointe. Mais Barack Obama excluait encore en début de semaine dernière un renversement par la force, rappelant que «le changement de régime en Irak a pris huit ans, coûtant des milliers de vies américaines et irakiennes». Et les autres sont encore plus prudents.

L’heure est donc aux médiateurs. Une délégation de l’Union africaine avec notamment le président sud-africain, Jacob Zuma, est arrivée hier soir à Tripoli pour tenter d’obtenir «une cessation de toutes les hostilités». Depuis plusieurs jours, le gouvernement turc, seul membre de l’Otan à avoir conservé des liens avec la Libye, s’active. Le Premier ministre islamo-conservateur, Recep Tayyip Erdogan - qui avait reçu en novembre le prix Muammar al-Kadhafi pour les droits de l’homme - a proposé jeudi soir une «feuille de route» prévoyant notamment un cessez-le-feu immédiat, des corridors humanitaires et «un processus de vaste transformation démocratique» aboutissant à des élections libres.

«Contact». Un plan jugé bien flou et accueilli avec d’autant plus de scepticisme par les Occidentaux qu’il fait l’impasse sur le sort de Kadhafi. «D’abord il faut que le sang cesse de couler ; après, nous discuterons le processus qui suivra», expliquait à Paris Egemen Bagis, ministre turc des Affaires européennes, reconnaissant qu’Ankara était en contact téléphonique régulier avec le colonel et ses fils. Mais le Conseil national de transition libyen, qui se dit «ouvert à une solution négociée», rejette tout compromis «avec Kadhafi ou ses proches qui ont du sang sur les mains». Il faudra faire preuve d’imagination.

Dimanche 10 Avril 2011 - 23:24

Source Libération: article à paraître le 11 avril 2101




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