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Libye: adoption d'une déclaration conjointe par les deux frères rivaux, al-Sarraj et Haftar


Mardi 25 Juillet 2017 modifié le Mercredi 26 Juillet 2017 - 15:23

Les deux chefs rivaux de Libye Fayez al-Sarraj et lKhalifa Haftar, réunis à l'initiative d'Emmanuel Macron près de Paris, ont "agrée" mais non signé une déclaration commune dans laquelle ils s'engagent à respecter un cessez-le-feu et à oeuvrer en faveur de la tenue d'élections "dès que possible" dans un pays plongé dans le chaos six ans après la chute de Mouammar Kadhafi.




Le Premier ministre du gouvernement d'union nationale (GNA) reconnu par l'Onu, Fayez Seraj, et le chef militaire Khalifa Haftar, homme fort de l'est libyen, ont été reçus l'un après l'autre en milieu d'après-midi par le chef de l'Etat français au château de la Celle-Saint-Cloud (Yvelines), non loin de Paris.

Les trois hommes se sont par la suite retrouvés pendant une heure et demie autour de la même table en présence d'Emmanuel Macron et de l'émissaire spécial de l'Onu Ghassan Salamé, qui doit prendre ses fonctions jeudi.

"Je crois qu'aujourd'hui la cause de la paix en Libye a fait un grand progrès, je veux vraiment vous remercier pour le travail fait", a déclaré Emmanuel Macron à l'issue de la rencontre, aux côtés des deux principaux protagonistes libyens.

"Aujourd'hui, le Premier ministre Seraj et le général Haftar peuvent devenir des symboles de l'unité nationale et d'un engagement de la réconciliation et la paix", a-t-il ajouté en insistant sur le fait que la Libye est pour l'instant le principal pays de transit des migrants en Méditerranée.

Dans leur déclaration commune en dix points - agréée mais non signée par les deux parties - les deux dirigeants soulignent que la solution à la crise ne peut passer que par un processus de réconciliation nationale associant tous les Libyens.

"Nous nous engageons à un cessez-le-feu et à nous abstenir de tout recours à la force armée pour ce qui ne ressort pas strictement de la lutte antiterroriste", peut-on notamment lire.

Ils prennent l’engagement d’œuvrer pour "la tenue des élections présidentielles et parlementaires dès que possible, en coopération avec les institutions concernées et avec le soutien et sous la supervision des Nations unies", ajoute ce document.

Interrogé à ce sujet, Emmanuel Macron a évoqué un accord entre les deux hommes "pour aller sur un processus électoral qui se tiendra au printemps" 2018.

L'émissaire spécial de l'Onu sera lui chargé d’engager "les consultations nécessaires avec les différents acteurs libyens" sur cette feuille de route, fruit de plusieurs jours de tractations entre sherpas.

Quant à l'accord politique signé le 17 décembre 2015 à Skhirat, au Maroc, et qui peine à être appliqué, les deux chefs rivaux se disent résolus à le "rendre opérationnel".

Organisée sous les auspices du chef de l'Etat, la rencontre entre les deux hommes est la première depuis celle du 2 mai à Abou Dhabi, qui n'avait débouché sur aucun résultat concret et avait donné lieu à deux communiqués distincts.

Cette fois-ci, leur rencontre se termine, comme l'espérait Paris, sur une déclaration commune, qui n'est toutefois pas signée et qui n'inclut pas l'ensemble des acteurs en Libye.

Les deux hommes ont la "légitimité et la capacité de réunir autour d'eux toutes celles et ceux qui veulent s'intégrer dans un processus politique de réconciliation", a assuré Emmanuel Macron, tout en reconnaissant que "beaucoup restait à faire".

"C'est une étape, ce n'est pas encore la paix en Libye", abonde un diplomate français.


Texte intégral de la déclaration conjointe:

"En soutien à l’action de l’Organisation des Nations Unies et dans le cadre de la mise en œuvre des accords de Skhirat, en tenant compte des initiatives des organisations internationales engagées auprès de la Libye, notamment l’Union africaine, l’Union européenne, la Ligue des Etats arabes, tout en soulignant les efforts menés par les pays amis et les partenaires de la Libye ces derniers mois, en particulier l’Egypte, l’Algérie, les Emirats arabes unis, le Maroc, la Tunisie et l’Italie.

Le Président de la République française, Emmanuel Macron, a souhaité contribuer à la résolution de la crise libyenne en invitant le 25 juillet 2017 à La Celle Saint-Cloud, le Président du Conseil présidentiel du Gouvernement d’entente nationale, Fayez Sarraj, et le commandant de l’armée nationale libyenne, Khalifa Hafter.

Cette initiative vient en plein appui de la mission du nouveau Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies, Ghassan Salamé, qui a participé aux échanges le 25 juillet. L’objectif de la France est de contribuer à l’élaboration d’une solution politique et d’aider les Libyens à renforcer l’accord politique inter-libyen de Skhirat pour le rendre plus opérationnel et inclusif.

La rencontre à La Celle Saint-Cloud s’inscrit dans la continuité des rencontres qui se sont déjà tenues à différents niveaux, à Abou Dhabi, au Caire, en Algérie, et en reprend les éléments consensuels. Elle vise la poursuite d’un dialogue inter-libyen nourri et inclusif dans lequel tous les acteurs de bonne volonté ont leur place.

Dans ce cadre, la déclaration suivante a été adoptée par les parties libyennes présentes :

« Nous, Fayez Sarraj, Président du Conseil présidentiel de Libye, et Khalifa Hafter, commandant de l’armée nationale libyenne, nous sommes rencontrés à la Celle Saint-Cloud, le 25 juillet 2017, à l’invitation du Président de la République et en présence de M. Ghassan Salamé, RSSGNU pour la Libye, afin de faire progresser la cause de la réconciliation nationale et nous sommes convenus de ce qui suit :
1. La solution à la crise libyenne ne peut être que politique et passe par un processus de réconciliation nationale associant tous les Libyens, y compris les acteurs institutionnels, sécuritaires et militaires de l’Etat qui sont prêts à y participer pacifiquement, avec le retour en toute sécurité des déplacés et des réfugiés, la mise en place d’un processus de justice transitionnelle, de compensations et d’amnistie nationale, et l’application de l’article 34 relatif aux arrangements sécuritaires de l’accord politique inter-libyen ;
2. Nous nous engageons à un cessez-le-feu et à nous abstenir de tout recours à la force armée pour ce qui ne ressort pas strictement de la lutte antiterroriste, conformément à l’accord politique inter-libyen et aux traités internationaux, et afin de protéger le territoire et la souveraineté de la Libye, et condamnons fermement tout ce qui menace la stabilité du territoire ;
3. Nous sommes engagés en faveur de la construction d’un Etat de droit en Libye, souverain, civil et démocratique, qui garantisse la séparation et le transfert pacifique des pouvoirs et le respect des droits de l’Homme et est doté d’institutions nationales unifiées, la Banque centrale, la Compagnie nationale de pétrole et l’Autorité libyenne d’Investissement. Cet Etat devra garantir la sécurité des citoyens, l’intégrité du territoire et la souveraineté de l’Etat, ainsi que la bonne gestion des ressources naturelles et financières, dans l’intérêt de tous les Libyens ;
4. Nous sommes résolus, soutenus par le travail impartial du RSSGNU, à rendre opérationnel l’accord politique du 17 décembre 2015 et à poursuivre le dialogue politique dans la continuité de la rencontre d’Abou Dhabi du 3 mai 2017 ;
5. Nous déploierons tous les efforts possibles pour accompagner les consultations et les travaux du RSSGNU, qui devront faire l’objet d’un dialogue politique inclusif, dans lequel la chambre des députés et le Conseil d’Etat auront toute leur place ;
6. Nous poursuivrons notre dialogue au-delà de la rencontre de La Celle Saint-Cloud, dans le respect de la présente déclaration, et nous engageons à créer les conditions favorables aux travaux de la Chambre des députés, du Conseil d’Etat et de la Haute Commission nationale pour les élections en vue de la préparation des prochaines élections ;
7. Nous déploierons tous les efforts pour intégrer les combattants qui le souhaitent dans les forces régulières et appelons au désarmement, à la démobilisation et à la réintégration des autres dans la vie civile. L’armée libyenne sera constituée de forces militaires régulières assurant la défense du territoire libyen dans le respect de l’article 33 de l’accord politique inter-libyen ;
8. Nous avons décidé de travailler à l’établissement d’une feuille de route pour la sécurité et la défense du territoire libyen contre les menaces et les trafics de tous ordres. Nous allons œuvrer pour que toutes les forces sécuritaires et militaires en présence s’associent à ce plan dans le cadre de la réunification des institutions militaires et sécuritaires afin de se coordonner dans la lutte contre le terrorisme, d’assurer le contrôle des flux migratoires qui transitent par le territoire libyen, de sécuriser et de contrôler les frontières et de lutter contre les réseaux criminels organisés, qui instrumentalisent la Libye et qui déstabilisent la Méditerranée centrale ;
9. Nous prenons l’engagement solennel d’œuvrer pour la tenue des élections présidentielles et parlementaires dès que possible à compter du 25 juillet 2017, en coopération avec les institutions concernées et avec le soutien et sous la supervision des Nations Unies ;
10. Nous demandons au Conseil de sécurité des Nations Unies d’appuyer les orientations de la présente déclaration et au Représentant spécial du Secrétaire général des Nations Unies d’engager les consultations nécessaires avec les différents acteurs libyens. »

Mardi 25 Juillet 2017 - 21:23

Par Atlasinfo (à la Celle Saint-Cloud)




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