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Les médecins étrangers comblent les carences des hôpitaux


Vendredi 1 Mars 2013 modifié le Vendredi 1 Mars 2013 - 07:20

Le nombre des médecins étrangers en France, encore limité, est en nette augmentation dans les territoires ou les disciplines les moins attractifs.




Devenus indispensables, ces praticiens demandent une clarification de leur statut et une amélioration de leurs conditions de travail.

Les médecins étrangers comblent les carences des hôpitaux
Le centre hospitalier d’Argentan, dans l’Orne, recrute. Actuellement, il manque un pneumologue, ainsi qu’un gynécologue. Ces postes seront très certainement, comme les précédents, pourvus par des médecins formés dans un autre pays. Dans l’établissement, sur 80 praticiens, 13 viennent d’Afrique, principalement du Maghreb, et une dizaine d’autres sont des Européens, de Roumanie ou de Bulgarie.

La toute dernière embauche était un Syrien, chirurgien viscéral, venu trouver refuge au pays des droits de l’homme. « Dans la région, les jeunes internes français préfèrent aller à Caen, ou à Rennes, villes universitaires dans lesquelles ils ont eu l’occasion de faire leurs études », explique le docteur Zmouli, cardiologue algérien de la région d’Oran, venu en 2005 avec sa femme et ses enfants en France pour se familiariser avec les technologies de pointe.

l’hôpital manque de bras

Certes très bien équipé, l’hôpital manque de bras. Dans la ville et ses environs, il n’y a plus de pédiatre, plus de gynécologue, un seul ophtalmologue installé en profession libérale. La population se tourne vers la structure hospitalière, qui assure 100 000 consultations par an en médecine spécialisée. Cette charge nécessite d’importants volumes horaires, ce qui renforce encore son manque d’attractivité pour les médecins français. « Il m’est déjà arrivé d’enchaîner trente jours d’astreinte, normalement je n’en ai pas le droit, mais cela est nécessaire si nous ne voulons pas laisser des patients de côté », poursuit le cardiologue.

Le médecin a bien d’autres propositions ailleurs, mais il prend en compte sa famille. « Nous sommes bien ici, les enfants ont leurs amis à l’école, je ne veux pas les perturber avec un nouveau changement d’environnement », explique-t-il. Le directeur de l’établissement, Michel Renaud, chouchoute les nouvelles recrues.

Il peut leur proposer un logement temporaire, en attendant leur installation définitive. Pour convaincre, le responsable mise sur le cadre de vie. « Lorsque je recrute quelqu’un, je dois bien sûr contrôler ses compétences, mais aussi m’assurer qu’il sera toujours là dans trois ans. Je leur laisse le temps de comprendre là où ils atterrissent, tout en leur expliquant qu’il y a tout ici pour une intégration réussie », explique-t-il.

Appel à des cabinets de recrutement

Le cas d’Argentan n’est pas une exception. L’an dernier, dans l’Yonne, 100 % des nouveaux inscrits à l’Ordre étaient diplômés de l’étranger. Même chose depuis deux mois dans les Vosges. Sur le fil du rasoir, certains établissements sont prêts à payer des cabinets de recrutement jusqu’à 40 000 € pour déceler en dehors de nos frontières un candidat qui leur permettra de rester ouverts, comme le soulignait en décembre dernier une note de Centre d’analyse stratégique.

« Dans bien des cas, les médecins diplômés à l’étranger sont devenus un complément indispensable. Sans eux, dans bien des villes moyennes, des services hospitaliers, voire des hôpitaux entiers ne pourraient pas se maintenir », explique le docteur Patrick Romestaing, président de la section santé publique et démographie médicale au Conseil national de l’ordre des médecins.

Chirurgie, anesthésie, psychiatrie, pédiatrie, urgences

Comparée à d’autres pays, la France compte encore peu de médecins titulaires diplômés à l’étranger. Ils étaient 19 890 en 2011, soit 7,4 % de l’ensemble des praticiens, alors que leur proportion atteint 33 % en Grande-Bretagne, 16 % en Suède. Cependant, leur nombre a crû de 20 % entre 2007 et 2010, et en 2011, plus de 27 % des nouveaux inscrits à l’Ordre des médecins avaient reçu leur enseignement dans un autre pays.

Les deux tiers de ces praticiens diplômés à l’étranger sont salariés, essentiellement dans la fonction publique, alors que seulement un quart exerce en profession libérale. On les retrouve plus facilement dans les spécialités chirurgicales, l’anesthésie, la psychiatrie, la pédiatrie, les urgences.

20 000 docteurs à la retraite dans les cinq prochaines années

Les besoins vont encore grandir. En tout, 20 000 docteurs doivent partir à la retraite dans les cinq prochaines années. « Les étrangers ne seront pas la solution unique pour répondre à la pénurie », souligne toutefois Patrick Romestaing. D’une part parce que l’âge moyen des médecins à diplôme européen et extra-européen est également avancé (49 ans).

D’autre part parce que ces derniers exercent en majorité sur des territoires où l’offre médicale est déjà dense. À elle seule, la région Île-de-France attire un tiers des nouveaux inscrits. Peu de chance, donc, de pouvoir compter sur eux pour répondre au manque de médecins de campagne, par exemple. Il faudra compter sur les Français, internes ou retraités.

Revendications

L’importance prise par les médecins étrangers a toutefois permis à ces derniers de mieux se faire entendre dans leurs revendications. Avant d’être inscrits à l’Ordre, les praticiens qui ne sont pas originaires d’un pays de l’Union européenne (55 % des médecins étrangers) sont « attaché associé » ou « assistant spécialiste ».

Sous ce statut, environ 4 000 salariés gagnent en moyenne 40 % de moins que leurs confrères français. « On commence à nous prendre beaucoup plus au sérieux. Lorsque nous nous mobilisons, cela se ressent », observe le docteur Hocine Saal, urgentiste, secrétaire général du syndicat national des praticiens à diplôme hors Union européenne (SNPADHUE). En février 2012, un mouvement a débouché sur la possibilité pour les diplômés hors UE d’obtenir le même statut que les diplômés français en passant un examen, alors qu’ils étaient, avant cela, soumis à un concours.

Le 9 février dernier, les médecins étrangers ont obtenu une nouvelle avancée sur les gardes et les astreintes, dont la rémunération avait baissé. Ces dernières sont revenues à leur tarif initial, tout en réduisant les écarts entre Français et étrangers. Les non titulaires gagnent 30 € de moins que leurs confrères, contre 80 € de différence auparavant.

« La plupart des médecins étrangers pratiquent en France depuis des années, ils sont tout aussi compétents, il n’y a pas de raison pour une telle différence de traitement », poursuit Hocine Saal. Dans les domaines de la réanimation, de l’hématologie, de la rhumatologie, les taux de réussite aux examens de contrôle de leur niveau étaient de 100 % l’an dernier. Ils atteignaient plus de 90 % en gynécologie ou en cardiologie, 63 % en médecine générale. Seule contre-performance notable : aucun candidat n’a été reçu en ophtalmologie.

La procédure d’autorisation d’exercice

L’évaluation des compétences : pour être autorisés à exercer en France, les médecins à diplôme hors Union européenne doivent prouver qu’ils ont le niveau requis. Au départ, un concours avait été institué, mais le nombre de places était limité et il s’adressait aussi bien aux médecins exerçant depuis longtemps sur le territoire qu’à ceux tout juste arrivés. Désormais, un examen spécifique est ouvert aux médecins arrivés en France avant août 2010 et justifiant d’au moins trois ans d’activité, dont deux mois cumulés entre août 2010 et décembre 2011.

Une épreuve théorique et sur dossier : ces médecins doivent passer un examen pratique et présenter un dossier sur leur parcours professionnel avec des avis de leurs chefs de service. Pour obtenir une autorisation d’exercice, le médecin doit avoir au moins 10 de moyenne. Il peut présenter l’examen trois fois.

Vendredi 1 Mars 2013 - 06:45

Source La Croix




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