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Les cinq chantiers du pape François


Jeudi 14 Mars 2013 modifié le Jeudi 14 Mars 2013 - 09:20

Concurrence des évangéliques, scandales et déchristianisation : le nouveau pape a du pain sur la planche.




Les cinq chantiers du pape François
De la poigne et du souffle, c’est ce qu’il faudra indéniablement au nouveau pape, François Ier. Fort de son 1,2 milliard de fidèles, le catholicisme n’en est pas moins confronté à des défis d’envergure, tant en ce qui concerne son gouvernement interne que ses relations avec les autres religions. Tour d’horizon.

La réforme de l’Église catholique

Depuis Paul VI (1963-1978), la réforme interne de l’Eglise est un véritable serpent de mer. Avant le conclave, nombre de cardinaux ont souhaité avec force que le nouveau pape s’attaque à une réforme de la curie romaine [le gouvernement de l’Eglise catholique, ndlr]. Cette question n’a été résolue ni sous Jean Paul II - qui s’en désintéressait - ni sous Benoît XVI - élu en partie pour cela mais qui a été finalement dévoré par la curie. Les reproches pleuvent : centralisme, mauvaise coordination, affaire des fuites du Vatileaks, carriérisme, corruption, scandales sexuels…

Les querelles internes ont atteint des sommets à la fin du pontificat d’un Benoît XVI affaibli par l’âge et usé par les scandales. L’ancien secrétaire d’Etat de Jean Paul II, le puissant cardinal Angelo Sodano, pourtant à la retraite, a mené la guerre contre Tarcisio Bertone, l’homme de confiance du précédent pape. A Rome, les cardinaux extérieurs à la curie se sont inquiétés de l’image désastreuse du catholicisme. Parmi les pistes de réforme : moins de centralisme romain, une internationalisation accrue de la curie (en clair, encore moins d’Italiens), un choix plus «professionnel» du personnel ou l’instauration d’une sorte de Conseil des ministres.

L’effondrement du catholicisme européen

Un chiffre dit tout : 100 000 baptêmes en moins en à peine dix ans en France. En 2002, l’Eglise catholique y avait baptisé 385 000 enfants de moins de 7 ans. En 2011, elle n’en baptisait plus que 273 000. Si la France est l’un des pays les plus sécularisés d’Europe, l’effondrement du catholicisme touche l’ensemble du Vieux Continent ; ce fut d’ailleurs une préoccupation lancinante pour Benoît XVI. Le divorce est consommé entre l’Eglise catholique et la majorité de l’opinion publique européenne, favorable à des réformes qui autoriseraient le mariage des prêtres, ou donneraient plus de poids aux femmes et aux laïcs, et davantage de souplesse sur les questions de morale… Campant fermement sur ses options traditionnelles qui satisfont les conservateurs, l’Eglise a du mal à trouver un discours propre à une «nouvelle évangélisation» de l’Europe - comme elle l’appelle pourtant de ses vœux -, et à «sortir de la chrétienté» où évangile, morale et lois publiques ne faisaient qu’un. C’était là l’un des enjeux de la bataille contre le mariage gay.

Le scandale des prêtres pédophiles, très violent en Irlande, en Allemagne ou en Belgique, a participé à cette perte de crédibilité de l’Eglise catholique. Benoît XVI s’est attelé pendant son pontificat, à nettoyer les écuries, mais le ménage n’est pas terminé.

Les relations avec l’islam

Cette question du rapport s’inscrit dans un contexte de tension entre l’Occident et le monde musulman. Le débat est vif parmi les catholiques pour savoir quelle attitude adopter vis-à-vis de l’islam. Est-ce une religion rivale et ennemie qui, en Occident même, viendrait convertir les chrétiens ? Faut-il le combattre et de quelle manière ? Ou alors, faut-il dialoguer sur le terrain théologique et/ou s’entendre sur des valeurs pour contribuer au bien commun ? Réservé quant à un dialogue théologique, Benoît XVI a promu une approche «culturelle» des relations islamo-catholiques, dans lequel, grosso modo, les croyants s’entendraient sur un socle de valeurs communes.

Le Vatican a aussi des préoccupations diplomatiques. Il s’inquiète du sort des minorités chrétiennes dans le monde musulman et de l’avenir des chrétiens d’Orient. L’Eglise catholique réclame la liberté de culte là où la construction d’églises et la pratique religieuse sont interdites ou soigneusement contrôlées. Ailleurs, comme au Pakistan, les législations contre le blasphème ont abouti à des persécutions plus ou moins larvées. Afin de stabiliser la présence des communautés chrétiennes d’Orient, affaiblies par les conflits et les guerres civiles dans la région, le Vatican prône non pas des droits spécifiques mais l’idée d’une citoyenneté identique pour tous.

La rivalité avec les nouveaux protestantismes

Le catholicisme sera-t-il capable de résister aux conquêtes évangéliques et pentecôtistes ? Malmenée dans ses vieux bastions latino-américains (le Brésil et le Mexique sont les deux plus grands pays catholiques du monde), l’Eglise perd de plus en plus de fidèles au profit de mouvements protestants. Au Brésil, presque un quart de la population a basculé vers ces nouvelles Eglises. Soutenue par de riches organisations américaines, cette offensive a d’autres terrains d’opération, en Afrique ou en Asie. Cible privilégiée dans les années 60 et 70, la Corée du Sud s’est imposée, ces dernières années, aux côtés des Etats-Unis, comme l’une des grandes puissances missionnaires de ce protestantisme new-look. Des bataillons de prêcheurs partent déjà du Brésil à la conquête de la planète.

Programmées par Benoît XVI, les prochaines JMJ (Journées mondiales de la jeunesse) vont justement se tenir en août au Brésil, signe de la préoccupation du Vatican. Un déplacement d’autant plus crucial pour François Ier, premier pape sud-américain, qui doit trouver les moyens de contrer une offensive évangélique qui pourrait être mortelle pour l’hégémonie catholique sur le christianisme mondial.

La question chinoise

Pour le Vatican et sa diplomatie, le dossier chinois a été l’une des priorités des pontificats de Jean Paul II et de Benoît XVI. Depuis la fin des années 50, deux Eglises catholiques coexistent en Chine : celle, officielle, sous l’autorité de Pékin (Association patriotique catholique) et celle, semi-clandestine, des fidèles ralliés à Rome. L’enjeu est de savoir qui exerce l’autorité sur la communauté catholique - qui compterait entre 12 à 20 millions de fidèles -, et quel est son degré d’autonomie, question qui se pose pour toutes les religions présentes en Chine.

Dans les faits, les frontières entre les deux branches du catholicisme chinois sont plus poreuses qu’on ne l’imagine. Depuis une vingtaine d’années, une sorte de modus vivendi s’est institué entre Rome et Pékin, notamment sur le dossier ultrasensible de la nomination des évêques où accalmies et tensions se succèdent. Ainsi, au cours de l’été 2012, le Vatican et les autorités chinoises ont nommé simultanément Mgr Ma Daqin, comme numéro 2 du diocèse de Shangai, le plus important de Chine. Mais, lorsque, le 7 juillet, ce dernier a été ordonné dans la cathédrale, il a officiellement démissionné de l’Association patriotique catholique sous les applaudissements de l’assistance. Cette attitude a provoqué la colère des autorités chinoises. Depuis, Mgr Ma Daqin est assigné à résidence dans un séminaire.

Jeudi 14 Mars 2013 - 09:15

Source LIBERATION




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