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Les Etats divisés sur la libre circulation







Depuis que les révoltes arabes poussent vers l'Europe nombre de migrants tunisiens, libyens et subsahariens, les tensions entre Etats membres de l'Union européenne se multiplient. Un point est devenu très sensible : la libre circulation au sein de l'espace Schengen. Ce devait être l'un des principaux sujets de discussion de la réunion des ministres de l'intérieur européens, le 11 avril, à Luxembourg.

La crise économique est passée par là, les tentations populistes aussi. Mais sur le fond, s'il y a des tensions à propos de ce pilier de la construction européenne qu'est la libre circulation, c'est aussi parce que le dispositif de Schengen a depuis toujours une faiblesse structurelle, rappelle Jonathan Chaloff, administrateur à la division des migrations internationale de l'Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). Et elle est liée " non pas à l'immigration régulière, mais irrégulière ", pointe-t-il.

Cette faiblesse est connue, mais elle a été exacerbée par la récente décision italienne d'octroyer des permis de séjour temporaires aux 25 800 migrants tunisiens débarqués sur l'île de Lampedusa entre le 1er janvier et le 5 avril. " L'Italie doit régler seule son problème ", a déclaré, le 11 avril, au quotidien allemand Die Welt, le ministre de l'intérieur allemand Hans-Peter Friedrich.

Une fois qu'ils ont réussi à entrer en Europe, les migrants en situation irrégulière bénéficient, en effet, de la même liberté de circulation que les ressortissants européens. A ce titre, l'obsession des policiers chargés de la lutte contre l'immigration illégale est moins l'Italie que la Grèce, la voie d'entrée de 80 % des migrants irréguliers, selon l'Office central pour la répression de l'immigration irrégulière et de l'emploi d'étrangers sans titre (Ocriest).

Interprétations divergentes C'est pour cette raison que la Roumanie et la Bulgarie se sont vu opposer un veto à leur demande d'intégration à l'espace Schengen, en janvier. Elles espéraient le rejoindre en mars. Mais de nombreux Etats membres, dont la France et l'Allemagne, ont considéré que les contrôles à leurs frontières n'étaient pas encore suffisants. L'immigration irrégulière, rappelle M. Chaloff, est toutefois aussi favorisée du simple fait de " la délivrance d'un très grand nombre de visas, notamment touristiques ".

Les candidats à l'immigration irrégulière savent aussi depuis longtemps exploiter le manque d'harmonisation de la politique des visas entre Etats européens. Si un pays accorde plus facilement des visas qu'un autre à certaines nationalités, les filières clandestines ont tôt fait de s'y engouffrer. Les policiers chargés de ces dossiers observent de mois en mois l'évolution des stratégies de contournement.

Le code Schengen empêche enfin les contrôles systématiques aux frontières, mais l'administration française contourne partiellement cet interdit en procédant à des contrôles pour une durée qui n'excède pas six heures. Cette disposition fait l'objet d'interprétations divergentes de la part des défenseurs des droits des étrangers et de l'Union européenne.

Restent les régularisations d'étrangers sans papiers. L'Espagne, par exemple, note M. Chaloff, a fait le choix de régulariser " environ 80 000 migrants par an, soit autant de personnes qui peuvent ensuite circuler librement ".

E. V.

© Le Monde

Lundi 11 Avril 2011 - 15:06



Lundi 11 Avril 2011 modifié le Lundi 11 Avril 2011 - 15:07

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