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Le premier ministre tunisien Essebsi règle ses comptes avec Farhat Rajhi


Lundi 9 Mai 2011 modifié le Lundi 9 Mai 2011 - 12:42

Ses déclarations sont «dangereuses et dépourvues de tout fondement». Elles émanent d’une «personne irresponsable et fourbe», «d’une intelligence moyenne» et qui «ignore le fonctionnement des rouages de l’Etat».




C’est en ces termes que Béji Caïd Essebsi, le Premier ministre du gouvernement provisoire, a réglé ses comptes avec l’ancien ministre de l’Intérieur Farhat Rajhi, qui l’avait traité, mercredi, dans un entretien sur Facebook, de «menteur», en affirmant qu’il était manipulé par un «gouvernement de l’ombre» agissant pour le compte du «lobby des Sahéliens».

«Rajhi est un menteur. Il a été manipulé»

S’exprimant lors d’un débat télévisé diffusé, dimanche, M. Caïd Essebsi a affirmé que les accusations de Rajhi sont «insignifiantes et infondées». Tout en affirmant connaître Kamel Letaïef, désigné faiseur de rois et chef du clan des Sahéliens par M. Rajhi, M. Caïd Essebsi a ajouté: «Quand moi je suis entré en politique dans le premier gouvernement de l'indépendance en 1956, cette personne n’était pas encore née.» Et de souligner: «Tant que je serais Premier ministre, personne ne gouvernera à ma place. Car j’ai le sens des responsabilités». «Le seul gouvernement qui dirige, actuellement, le pays est le gouvernement provisoire», a-t-il asséné. «Je ne permets à quiconque de s’ingérer dans mes décisions en tant que Premier ministre», a-t-il aussi averti.

Les propos du Premier ministre sur l’ancien ministre de l’Intérieur sont pour le moins fermes et tranchants: «Rajhi est un menteur. Il a été manipulé.» Revenant sur la fin de la mission de ce dernier à la tête du ministère de l’Intérieur, le M. Caïd Essebsi a expliqué que le départ de Rajhi s’est déroulé de façon civilisée, contrairement à ce qu’il avait prétendu. «Il a dit que je l’ai limogé. Cela démontre sa méconnaissance du fonctionnement de l’Etat. En fait, c’est moi qui l’ai informé du changement de gouvernement. Je ne voulais pas qu’il l’apprenne par les journaux. Je l’ai reçu dans mon bureau et lui ai dit que le président va effectuer un remaniement ministériel, que son département est concerné et que le président va lui confier une autre responsabilité. Et c’est effectivement le président qui l’a informé de sa nouvelle nomination et il a accepté», a raconté M. Caïd Essebsi.

«Rendement insuffisant» et «méconnaissance des rouages de l’Etat»

Pourquoi Rajhi a-t-il été démis de ses fonctions à la tête du ministère de l’Intérieur? Réponse de M. Caïd Essebsi: «Le poste de Premier ministre est très important. Je l’ai occupé pendant 14 ans, et pas un ou deux mois, et je sais de quoi je parle. Quand on est ministre de l’Intérieur, on doit se lever très tôt et se coucher après tout le monde. Et pas aller 10 heures à son bureau pour le quitter à 16 heures». Traduire: M. Rajhi n’était pas un grand travailleur. Son remplacement a donc été justifié par son «rendement insuffisant» à la tête du ministère et sa «méconnaissance des rouages gouvernementaux». M. Caïd Essebsi a donné un exemple de cette méconnaissance: «M. Rajhi a nommé un directeur général de la sûreté nationale sans même consulter le Président de la République ou le Premier ministre.»

Selon le Premier ministre, «il est fort probable que Rajhi soit victime d’une manipulation», car toutes ses déclarations sont venues affirmer son ignorance et le manque de subtilité de ses analyses notamment en ce qui concerne un éventuel coup d’Etat en cas de la victoire du mouvement Ennahdha aux élections, de très improbables concertations avec les autorités algériennes à propos de ce coup d’Etat, ainsi que ses accusations portées aux «Sahéliens» de garder une mainmise absolue sur le pouvoir.

«Ces accusations sont très dangereuses et ont pour dessein de semer la zizanie et d’allumer le feu de la discorde dans le pays», a fait observer M. Caïd Essebsi. «La justice, a-t-il encore précisé, doit trancher au sujet de ces déclarations, dès lors que le département de la Défense nationale a décidé de confier cette affaire à la justice».

Cherchez Hamma Hammami !

Le Premier ministre du gouvernement provisoire a tenu également à souligner que les déclarations de Rajhi interviennent à la suite du consensus auquel ont abouti le gouvernement et la Haute instance pour la réalisation des objectifs de la révolution, la réforme politique et la transition démocratique au sujet de l’article 15, ce qui laisse planer plus d’une question autour des intentions de cette personne et de ses complices.

Qui a manipulé M. Rajhi? Pour le Premier ministre, il n’y a aucun doute qu’il s’agit des parties qui veulent empêcher que les élections aient lieu à la date prévue, c’est-à-dire le 24 juillet, afin de rétablir la légitimité le plus rapidement possible. Quelles sont ces parties? M. Caïd Essebsi a laissé planer le mystère, affirmant qu’il connaît bien les accointances de Hamdi, le journaliste ayant interviewé M. Rajhi.

Selon nos informations, M. Rajhi aurait été influencé par Hamma Hammami, le porte-parole du Parti
ouvrier communiste tunisien (Poct, extrême gauche), dont il est proche, et qui demande depuis plusieurs semaines le report des élections du 24 juillet, afin, dit-il, de laisser le temps aux partis de s’organiser. Ce dernier a-t-il fait miroiter à M. Rajhi, qui s’y voit déjà, la possibilité d’un soutien de ses troupes en prévision de la prochaine élection présidentielle? Ce n’est pas impossible. C’est même très probable.

Kapitalist
Lundi 9 Mai 2011 - 12:17





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