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Le juge Garzon sur le banc des accusés (L'Express)


Jeudi 8 Avril 2010 modifié le Jeudi 8 Avril 2010 - 23:58

Adulé pour avoir traqué Augusto Pinochet, le célèbre juge espagnol sera jugé en Espagne pour avoir voulu fouiller l'encombrant passé du franquisme.




Le juge Garzon sur le banc des accusés (L'Express)
A Madrid, le Tribunal suprême, saisi de plaintes de trois organisations d'extrême-droite, a décidé ce mercredi que le juge vedette espagnol Baltasar Garzon devrait bientôt s'asseoir sur le banc des accusés. Il devrait donc, à court terme, être temporairement suspendu de ses fonctions de juge de l'Audience nationale, haute instance pénale qui centralise à Madrid les dossiers de terrorisme, de crimes contre l'humanité et de criminalité organisée.

Que reproche-t-on à celui que l'on adulait pour avoir traqué l'ex-dictateur chilien Augusto Pinochet en 1998? Le juge Garzon, 54 ans, est accusé de "prévarication", c'est-à-dire d'avoir monté un "artifice juridique" pour enquêter sur les disparus de la guerre civile (1936-39) et du franquisme (1939-75), en ignorant "sciemment" une loi d'amnistie générale votée en 1977 par le parlement, deux ans après la mort du dictateur Francisco Franco.

Le juge du Tribunal suprême a en outre rejeté ce mercredi les demandes de Garzon, qui souhaitait que soient consultés des juristes espagnols et internationaux sur le bien-fondé de son enquête, à laquelle il avait dû renoncer fin 2008, face à l'opposition catégorique du parquet. L'avocat du juge Garzon a annoncé qu'il ferait appel de cette décision du Tribunal suprême.

Le juge Garzon avait reçu le soutien de 200 organisations de défense des droits de l'Homme et des juristes du monde entier, dont l'ex-procureur du Tribunal pénal international pour l'ex-Yougoslavie (TPIY) Carla del Ponte.
"C'est un triste jour pour la justice", a réagi Emilio Silva, porte-parole de l'Association pour la récupération de la mémoire historique (ARMH), la principale association de familles des victimes du franquisme. "Il y a des familles de 113 000 disparus qui nulle part dans ce pays ne peuvent trouver un endroit pour que justice soit faite, et ça pour moi, c'est très grave", a-t-il ajouté.

Les organisations d'extrême-droite qui avaient déposé plainte ont désormais dix jours pour présenter leurs écrits d'accusation qui déclencheront le processus d'ouverture du procès. "Si ce procès a lieu, ce sera le premier cas connu d'un juge qui essaie d'obtenir la vérité, la justice et réparation pour plus de 100 000 disparus et qui se retrouve poursuivi", a critiqué pour sa part le directeur d'Amnesty International Espagne, Esteban Beltran.

La presse espagnole divisée

L'affaire divise la presse espagnole ce jeudi matin. Celle du gauche y voit une insulte pour la démocratie. "Derrière l'habillage juridique, le procès contre Garzon revêt un symbolisme proclamateur et insultant pour la démocratie", estimait El Pais (centre-gauche).

Garzon va être jugé pour avoir tenté de "donner satisfaction aux parents des victimes de la Guerre civile et de la dictature qui n'acceptent pas comme une chose normale et conforme à un Etat démocratique que leurs proches reposent sans identification dans des fosses communes", écrit le journal.

Dans une chronique intitulée "l'absolution du franquisme", le quotidien de gauche Publico déplore que "l'ultime pirouette du destin a fait que les héritiers intellectuels de la dictature deviennent les accusateurs". La publication s'inquiète aussi du devenir des dossiers dont Garzon avait encore la charge...

La question des disparus du franquisme "reste un sujet tabou en Espagne, en dépit des années passées depuis la mort du dictateur" Franco en 1975, regrette également le quotidien catalan El Periodico (centre-gauche).

La presse de droite, elle, y voit davantage une juste application du droit. Le quotidien de centre-droit El Mundo estime justifiée la mise en accusation de Garzon, dans un éditorial intitulé: "Le juge qui s'est écarté sciemment de la loi".... mais reconnaît que "la rue et internet l'ont absous".

la presse de droite "donne raison à ceux qui croient que le juge vedette recherchait surtout la photo devant la fosse de Garcia Lorca (le poète espagnol fusillé par les franquiste). Pour cela, cela ne l'a pas dérangé d'attribuer à des morts des crimes prescrits, y compris quand ils étaient amnistiés".

Et la Razon, quotidien de droite, d'asséner : "Nul n'est au-dessus des lois".

Deux autres plaintes
Le juge Garzon fait l'objet de plaintes dans deux autres dossiers: l'un visant les honoraires qu'il a perçus pour des conférences aux Etats-Unis en 2005-2006, l'autre pour sa supposée "impartialité" dans l'enquête qu'il a initiée sur le scandale de corruption qui éclabousse actuellement la droite espagnole.
El Mundo fait le point sur les trois cas dans cette fiche.
Jeudi 8 Avril 2010 - 23:54





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