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Le STIF délocalise un centre d'appels : le patron de Webhelp, fausse victime ?


Mardi 31 Juillet 2012 modifié le Mardi 31 Juillet 2012 - 12:15

Alors que le centre d'appel géré par l'Île-de-France pourrait laisser 80 personnes sur le carreau, le président de Région Jean-Paul Huchon est pointé du doigt par Frédéric Jousset, coprésident de l'entreprise Webhelp. Mais celui-ci est-il vraiment si préoccupé par l'intérêt de ses salariés en France ?




Le STIF délocalise un centre d'appels : le patron de Webhelp, fausse victime ?
Quand on lit l'article du "Figaro" sur cette autorité organisatrice des transports en Ile-de-France, présidée par Jean-Paul Huchon choisissant un nouveau prestataire disposant d'une plateforme au Maroc, on ne peut qu'applaudir à la réaction de Arnaud Montebourg qui proteste contre cette délocalisation et ces pertes d'emplois à venir.

En ce moment, un emploi est un emploi, autant dire que ça ne fait pas terrible pour un organisme public d'en laisser filer ainsi 80 d'un coup. Sauf que, si on s'intéresse d'un peu plus près à cette histoire, il y a deux trois trucs qui ne semblent pas très clairs.


Le STIF, Webhelp, Frédéric Jousset : une histoire pas très nette


Déjà, on pourrait s'interroger sur cette externalisation des centres d'appels, organismes publics ou pas, qui fait que vous vous retrouvez à devoir répondre que "oui, vous avez bien bien appuyé sur le bouton on" à quelqu'un qui s'y connaît encore moins que vous en : Internet, wifi, administration, assurances, banques, canapé-lit (rayez les mentions inutiles) et ne vous sert donc qu'à passer vos nerfs, au mieux, ou à demander le temps qu'il fait à Rabat, à Dakar, à Budapest ou ailleurs, histoire de voyager immobile.

Après, on pourrait aussi parler de ces entreprises qui mettent en avant un "savoir-faire" français, quand l'essentiel de leurs contrats se fait ailleurs, c'est le cas de nombreux centres d'appels qui, pour un contrat traité en France, ont le reste en "offshore", mais persistent à se revendiquer entreprises "françaises" avec du "made in France" inside.

Ensuite, on pourrait aussi s'informer sur ces entreprises qui délocalisent au Maroc, en Roumanie ou ailleurs, et viennent ensuite pleurer sur nos chaussures qu'un méchant et déloyal concurrent a obtenu le marché, parce qu'il délocalise au Maroc, en Roumanie ou ailleurs, justement.


Webhelp, entreprise française au Maroc, ou marocaine en France ?

Et il semble que Webhelp fasse exactement partie de ce type de sociétés, dont le site internet vante la qualité de "l'externalisation client", en vous expliquant pourquoi c'est mieux, qui met en avant sa "responsabilité sociale", son mécénat ou encore affiche ses 10.000 collaborateurs et sa 3e position sur le marché français des centres d'appels, tout en ne précisant pas vraiment quelle est la part d'emplois en France et celle au Maroc ou ailleurs. Quelques milliers de "positions", si on fait l'addition selon leur site internet, réparties dans des centres en France, et le reste, les autres milliers de salariés, ailleurs : c'est à dire en Algérie, au Maroc ou en Roumanie.

L'entreprise met également en avant son Prix du Gouvernement Marocain de l'Entreprise Socialement Responsable (déc. 2005), ainsi que le Grand Prix Maroc Innovation (mai 2006)... Frédéric Jousset, lui-même, ne sait d'ailleurs plus très bien s'il est à la tête d'une entreprise française au Maroc, ou une société marocaine un peu en France.



Le STIF délocalise un centre d'appels : le patron de Webhelp, fausse victime ?
C'est d'ailleurs la délocalisation qui a fait le succès de cette entreprise, avec des clients prestigieux comme Tiscali, Noos, Orange, CDiscount ou encore Bouygues Télécom (le numéro 1 de la relation client), SFR, Canal+ ou NRJ mobile... Frédéric Jousset qui n'hésite d'ailleurs pas à prétendre que "les délocalisations des centres d’appels font progresser la francophonie...", comme le rappelle un de ces concurrents, faisant par là référence à une interview donnée il y a quelques années.


Quand Jousset reprochait à Sarkozy sa critique des délocalisations

Ce dirigeant d'entreprise, nommé par Nicolas Sarkozy à la tête du Conseil d'administration de l'Ecole nationale supérieure des beaux-arts de Paris (ENSBA) en 2011, reprochait même à l'ancien président de la République de fustiger les entreprises qui délocalisent :


"Comment justifier que l’emploi des Français, c’est bien et celui des autres, c’est nul ? Est-ce une forme de nationalisme ? De racisme ? De démagogie ? Pourtant Nicolas Sarkozy n’est pas 100 % français comme la majorité des gens. De tels propos participent à la croissance du nationalisme dans l’hexagone."

Voir celui qui tient ces propos exiger l'annulation de ce marché au nom de l'intérêt général, ça ne manque pas de sel, ni de culot, encore moins de morale. Il est donc assez ironique de voir aujourd'hui son dirigeant venir se plaindre de concurrence déloyale, là où visiblement il aurait pu tout aussi bien proposer les mêmes services externalisés sans que cela ne le gêne aux entournures.

Frédéric Jousset est d'ailleurs très clair sur les raisons évidentes de ses précédents choix de délocalisation : "Un téléopérateur au Maroc coûte, charges comprises 450 euros par mois contre environ 2.000 euros en France, et les salariés travaillent 44 heures par semaine et non 35." Et un droit du travail bien plus souple, forcément.


Webhelp, une société qui se veut victime aux allures de coupable

Le beurre, l'argent du beurre, et le derrière de la crémière avec ? Un statut de victime un peu difficile à nous faire avaler, ce que dénonce d'ailleurs l'un de ses concurrents, lui aussi prestataire du STIF, Emmanuel Mignot, PDG de Teletech international.

Il est vrai qu'à force de tirer vers le bas la ficelle des salaires et des conditions de travail des télétravailleurs, ces nouveaux galériens des temps modernes, on trouve toujours face à soi un autre opérateur prêt à proposer du encore moins cher à de meilleures conditions pour le client, mais ceci est une autre histoire.

Frédéric Jousset, pour revenir à lui, est donc plutôt mal placé pour venir aujourd'hui chouiner sur nos godasses contre le méchant concurrent qui lui a volé son marché, brandir la menace de la perte de 80 emplois, et même au passage attaquer la décision de ce marché public en justice.


Finalement, on se dit qu'en réalité, ce que déplore surtout Frédéric Jousset, grand mécène et amateur d'Art, c'est qu'il risque en perdant ce contrat, de perdre l'un des alibis bien pratiques qui lui permettent de justifier de sa jolie vitrine française, alors qu'il n'est en réalité que l'un de ces acteurs de la délocalisation qu'il fustige aujourd'hui...

Se foutrait pas un peu de notre gueule, Frédéric Jousset ? Vous chantiez ? Et bien dansez maintenant.
Mardi 31 Juillet 2012 - 11:54

LePlus-NouvelOBS




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