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Le Roi et le Tsar




Octobre 2002...Mars 2016. Entre ces deux dates qui séparent les deux visites du Roi Mohammed VI à Moscou, le monde a non seulement changé de fond en comble mais les normes traditionnelles des relations internationales ont été révolutionnées.

Par Mustapha Tossa




Le Roi et le Tsar
Cette grande parenthèse a été entrecoupée en 2006 par une visite du président russe Vladimir Poutine au Maroc, visite au cours de laquelle la déclaration de partenariat stratégique entre les deux pays a commencé à prendre corps, donnant une impulsion à des projets communs d'investissements dans des secteurs clefs comme l'énergie, l'industrie minière et la pêche. Le volume d'échange entre les deux pays reste relativement modeste et laisse entrevoir une véritable marge de progression. La signature annoncée d'importantes conventions bilatérales entre les deux pays vise à renforcer cette relation et à lui donner cette ambition intercontinentale qui lui manquait.

Il est certain que le succès de cette visite sera jugé à l'aune des performances économiques qu'elle aura réalisées. L'épaisseur des échanges et le gigantisme des contrats signés seront autant d'indicateurs qui refléteront le degré d'engagement et le niveau de confiance entre les deux pays. Mais il est tout aussi certain que le dialogue politique et stratégique entre Mohammed VI et Vladimir Poutine attirera les lumières et sera déterminant dans l'installation de ce grand partenariat stratégique entre le Maroc et la Russie. Dans les relations internationales du royaume, il était naturelle, voire politiquement cohérent de parler d'un axe Rabat/Paris..Rabat/Washington. Tout l'enjeu politique et symbolique de ce déplacement royal en Russie est d'initier et éventuellement rendre plus familier un axe Rabat/Moscou avec tout ce que cela implique comme modalités incontournables d'une liaison stratégique multiple et approfondie.

Le Roi Mohammed VI rencontre Vladimir Poutine alors que la Russie est devenue un acteur majeur dans l'espace arabe. La crise syrienne et son soutien inconditionnel au régime de Bachar El Assad lui ont largement donné l'occasion d'effectuer un grand retour dans la région et d'être incontournable. Cette crise a provoqué des tensions avec les alliés arabes du Maroc que son les pays du Golfe. A l'exception de sa relation avec président égyptien Abdelfatah al Sissi, la relation de Moscou avec les pays du Golfe est empreinte de tensions et de méfiance avec la plupart des capitales arabes. Elle est carrément au bord de la déflagration avec un pays comme la Turquie. A partir de cet arrière plan politique instable, le Roi Mohammed VI aura avec Vladimir Poutine "un dialogue arabe" susceptible d'initier des ouvertures et des tournants dans l'atmosphère qui marque l'approche moscovite de ses relations avec les pays arabes.

Mohammed VI rencontre Vladimir Poutine alors que le président russe est en train de se débattre avec les sanctions qu'Européens et Américains lui ont infligées à cause de la crise ukrainienne. Le régime des sanctions et des ripostes russes ont obligé l'économie russe à diversifier et les sources de son approvisionnement et les marchés extérieures de son redéploiement. Cette nécessité russe semble épouser une volonté marocaine de diversifier ses partenaires stratégiques et économiques pour sortir de l'étouffant tête à tête avec les pays de l'Union européenne dont la récente humeur de la cour Européenne de justice sur l'accord agricole qui lie les pays de l'Union au Maroc a fait vaciller quelques certitudes et provoquer certaines remises en question, avec leurs lots de grincement de dents à Rabat comme à Bruxelles. Dans ce cadre, les intérêts peuvent converger et donner lieu à des formes de coopérations stratégiques et politiques inédites entre les deux pays. D'autant plus que le Maroc se présente à Moscou non pas comme un simple pays du Maghreb mais comme une puissance africaine capable de faciliter à la fois les exploits économiques et les percées politiques et sécuritaire sur le continent.

Entre Mohammed VI et Vladimir Poutine, il sera certainement aussi question de deux points essentielles dans les préoccupations des deux pays . Le premier est la guerre contre le terrorisme. Les deux pays sont ouvertement impliqués dans cette inlassable lutte contre les groupes terroristes qui cherchent à déstabiliser et à semer le chaos. D'ailleurs les interventions russes dans l'espace arabe se font au nom de l'impitoyable guerre russe contre la terreur et le spectre fondamentaliste. Une coordination approfondie entre les deux pays et une exploitation réciproque des données, des expertises et du savoir faire de chacun est sans aucun doute à l'ordre du jour. Le modèle et la thérapie marocaine pour traiter ces questions épineuse sont internationalement loués.

Le second point est celui de la mise en avant de la solution de l'autonomie pour régler la question du Sahara marocain. Le défi pour la diplomatie marocaine est d'arracher un engagement russe aussi ferme qu'irréversible pour soutenir la solution marocaine et la défendre dans les forums internationaux. Le dernier dérapage verbal du Secrétaire général des Nations unies Ban Ki-Moon sur la question et la grande émotion et réprobation qu'il a provoqué ont imposé cette question sur tous les agendas diplomatiques du Maroc.

Samedi 12 Mars 2016 - 13:32



Samedi 12 Mars 2016 modifié le Dimanche 13 Mars 2016 - 22:41

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