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Le Plan Solaire Marocain: pétrole vert du Royaume


Mardi 11 Mai 2010 modifié le Mardi 11 Mai 2010 - 11:16

Lors de son intervention à l’ouverture de la 9ème Conférence arabe de l’Energie à Doha (Qatar), la ministre de l’Énergie, des mines et de l’eau du Maroc, Mme Amina Benkhadra, a détaillé la stratégie du Royaume en matière d’énergies renouvelables, à la lumière du gigantesque projet de centrales solaires lancé voici peu.




Le Plan Solaire Marocain: pétrole vert du Royaume
Le coût de ce projet est estimé à 70 milliards de dirhams (9 milliards d’US$), soit 1/10 du PIB national, devrait être financé sur la base de partenariats public-privé (PPP). Ces derniers sont un outil d’optimisation et de rationalisation des choix d’investissement public et un mode de financement original par lequel une autorité publique fait appel à des prestataires privés pour financer et gérer un équipement assurant ou contribuant au service public.

On peut citer en exemple l’extraordinaire succès de Tanger Med, un projet démarré en 2002, dont la première tranche a été inaugurée en juillet 2007 et la seconde phase vient d’être lancée. Pour réaliser ce complexe portuaire géant, l’Etat marocain s’est appuyé sur des PPP, grâce à l'investissement significatif de grands groupes européens et arabes, notamment des pays du Golfe, ce qui a donné un formidable coup d'accélérateur au Nord du Maroc. Ce schéma gagnant a été dupliqué pour le plan solaire marocain.

Pour assurer le pilotage et la conduite du projet, une autorité dédiée, l’Agence marocaine de l’énergie solaire (ou Masen, « Moroccan Agency for Solar Energy ») a été créée, qui interviendra dans la conception, les études, le choix des opérateurs et le suivi de réalisation et de gestion, outre l'orientation et la coordination de l'ensemble des activités afférentes.

La ministre de l’Énergie a invité toutes les institutions arabes concernées à contribuer « à ce grand projet qui servira de modèle inédit dans l’exploitation de l’énergie solaire, dans une région arabe qui regorge de potentialités dans ce domaine ». La ministre a également déclaré que « ce projet pouvait servir de prototype de développement d’une électricité verte d’origine solaire dans le monde arabe, pouvant lui permettre de répondre à sa demande croissante ».

OUARZZATTE, PREMIÈRE CENTRALE SOLAIRE DU MAROC ET DU MONDE ARABE

Le projet avait été présenté en avant première le 2 novembre à Ouarzazate au Roi Mohammed VI, pionnier du développement des énergies renouvelables. Il prévoit une production électrique d’une capacité de 2.000 mégawatts (MW) et sera érigé sur une superficie totale de 10.000 hectares.
Les villes de Ouarzazate, Laâyoune, Boujdour, Tarfaya et Aïn Beni Mathar ont été choisies pour accueillir les différentes centrales solaires.

En effet, la localisation des emplacements, à proximité de la mer ou de lacs est idéale pour le solaire thermique à concentration. Selon les déclarations de M. Ali Fassi Fihri, directeur général de l’Office national d’électricité (ONE), « ces centrales produiront en phase de croisière environ 4.500 GWh annuellement, soit l’équivalent de la consommation de Casablanca ».

Fin mars, le Masen a lancé un appel international à manifestation d’intérêt pour la réalisation du premier site de production, à proximité de Ouarzzate, d’une puissance de 500 MW pour une production annuelle de 1 150 GWh, sur une superficie de 2 500 hectares et qui devrait être opérationnel à l’horizon 2015.

L’investissement s’élèvera à près de 2 milliards d’US$. Le directeur général de l’ONE indique que « la pré-qualification des candidats pour la centrale de Ouarzazate interviendra en juin 2010. S’ensuivront les dossiers d’appel d’offres pour les sociétés et groupements pré-qualifiés en septembre ». A ce jour, les études techniques destinées à identifier les contraintes du site sont en passent d’être finalisées par des cabinets de consultants indépendants.

DES RETOMBÉES ÉCONOMIQUES, MAIS AUSSI TECHNOLOGIQUES ET ÉCOLOGIQUES ATTENDUES

Cependant, selon M. Saïd Mouline, directeur de l’Agence de développement des énergies renouvelables et de l’efficacité énergétique (Aderee) du Maroc, rien n’est joué d’avance. Car plusieurs opérateurs (Américains, espagnols, allemands, français voire chinois, …) pourraient être mis en concurrence sur un même site, comme plusieurs technologies (photovoltaïque ou thermodynamique) pourraient être développées.

Le Maroc entend garder les mains libres et souhaite apprécier tous les projets, notamment en matière d’emploi et de transferts de technologies. Le royaume ne disposant pas encore des technologies et de l’expertise nécessaire pour mener seul ce projet devra faire appel à des compétences étrangère.
Retombée positive, un centre de recherche dans les domaines de l’énergie, de l’environnement et des matériaux va voir le jour afin de bénéficier des transferts de technologie.
Autre point positif à souligner : d’après le département de l’énergie, « le projet évitera l’émission de 3,7 millions de tonnes de CO² par an ».

Dernier point, le Maroc ambitionne de devenir un acteur de référence dans le domaine de l’énergie solaire. Le Masen entend prouver sa capacité à piloter et réaliser un projet technologique d’envergure. Car le Royaume entend bien accueillir deux des projets phares de l’Union européenne en matière d’énergie solaire : Transgreen et Desertec.

C’est un enjeu économique et financier, avec un investissement estimé de 400 milliards d’euros, et industriel de première importance, puisqu’il s’agira de construire une trentaine de centrales solaires dans le Sahara. Ces dernières pourraient fournir, dans un délai de 40 ans, environ 15 % de l’énergie consommée par les européens. A cet effet, le Maroc vient d’ailleurs de modifier ses textes législatifs et la Chambre des représentants a adopté une loi autorisant désormais l’exportation d’énergie.

L’ÉOLIEN, AUTRE FER DE LANCE DES ÉNERGIES RENOUVELLABLES

Parallèlement, le royaume va également développer un programme éolien ambitieux de 1 500 MW, avec un investissement de 1,5 milliard d’US$. Selon des études spécialisées, le potentiel de l’énergie éolienne au Maroc s’élèverait à 25 000 MW.

Le Maroc dispose en effet de plus de 3 500 kilomètres de côtes maritimes qui constituent un prodigieux gisement pour l’éolien. A terme, le vent pourrait autant contribuer que le solaire à la production d’énergie au Maroc.

UNE DÉPENDANCE ÉNERGÉTIQUE FORTEMENT ALLÉGÉE

D’ici 2020, M. Abderrahim El Hafidi, directeur de l’Electricité et des Energies renouvelables du Maroc espère couvrir 42% des besoins énergétiques du Maroc grâce a ces deux programmes, contre 26% aujourd’hui (hydroélectricité). En 2020, la production nationale des énergies renouvelables se répartirait à égalité entre le solaire, l'éolien et l'hydraulique, à raison de 14% chacun.

Rappelons que le Royaume du Maroc importe aujourd’hui 97% de ses besoins en énergie, le pétrole représentant 61% de sa consommation énergétique, même si ce pourcentage tend à diminuer d’année en année. La mise en œuvre de ces projets permettra de réduire la dépendance énergétique du Maroc de 97% à 85%, permettant une économie annuelle d'un million de Tonnes Equivalent Pétrole (TEP), d'une valeur de 500 à 700 millions d’US$. Enfin, en privilégiant l’énergie solaire et l’éolien, le Maroc a fait le choix du développement propre et durable, s’inscrivant parfaitement dans le cadre du processus de Copenhague.

Mardi 11 Mai 2010 - 10:55

Didier Lacaze




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