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«Le Nouvel Observateur», Bergé, Lagardère: grandes manœuvres autour du groupe «Le Monde» (Mediapart)


Mercredi 12 Mai 2010 modifié le Mercredi 12 Mai 2010 - 19:08




A cinquante jours de l’échéance — celle d'un dépôt de bilan toujours possible en juillet —, le groupe espagnol Prisa n’est plus le seul candidat à la reprise du Monde et de ses satellites. Coup sur coup, mardi 11 mai, deux nouvelles offres sont apparues — celle du Claude Perdriel, patron du Nouvel Observateur, et celle présentée par le banquier Matthieu Pigasse et le mécène Pierre Bergé —, confirmant ce que nous disait Gilles Van Kote, président de la Société des rédacteurs du Monde (SRM), actionnaire principal du groupe: «Nous avons des contacts informels avec d'autres investisseurs, qui peuvent déboucher demain sur des pistes plus intéressantes.»

Actionnaire à 5,5% du groupe depuis 2002 (mais à 1,75% du Monde SA) — tout comme Le Monde est actionnaire à 6% du Nouvel Observateur —, l'entreprise dirigée par Claude Perdriel et Denis Olivennes a annoncé dans la soirée de mardi que «devant les problèmes de financement qui se posent aujourd’hui, Le Nouvel Observateur ne peut rester indifférent et souhaite contribuer à une solution qui préserve (l’)indépendance (du groupe Le Monde)».

De leur côté, Matthieu Pigasse, vice-président de la banque Lazard, banquier-conseil du gouvernement grec, propriétaire de l'hebdomadaire Les Inrockuptibles, candidat à la succession d’Alain Minc à la présidence du conseil de surveillance du Monde en février 2008, et Pierre Bergé, entre autres choses fondateur de Globe, actionnaire du Courrier international à son lancement, propriétaire du magazine Têtu, candidat à la reprise du Post.fr, entré au capital de Libération en 2009, auraient, selon Le Figaro, «créé une structure ad hoc pour financer leur entrée au capital du groupe Le Monde». Au Monde, on précise que la direction comme la SRM ont rencontré les candidats et jugent les offres crédibles.

Ces annonces ont d’ailleurs provoqué une sourde colère au sein de Libération qui souhaite, selon La Lettre de l'Expansion, lever une somme de 5 millions d’euros après sa recapitalisation de 3 millions en 2009 pour financer son développement (le plan sera présenté en conseil de surveillance le 19 mai) et qui comptait visiblement s’adresser à ces mêmes investisseurs.

Pourquoi ce soudain intérêt? Avec une recapitalisation souhaitée de 50 millions d'euros, le monument de la presse française n’est pas si cher. Serge Dassault s’était offert Le Figaro (il possédait déjà 30% de la Socpresse) contre une créance de 230 millions d’euros en 2004 et Bernard Arnault avait dû dépenser 240 millions d’euros en 2007 pour mettre la main sur Les Echos. Certes, le groupe Le Monde cumule aujourd'hui près de 100 millions de dettes, certes les pertes depuis 2002 dépassent les 200 millions, certes il affiche son dixième exercice déficitaire, malgré les multiples plans sociaux et cessions de titres. Mais il lui reste un nom, un lectorat, une expérience et de belles dépendances — Courrier international, Télérama, Le Monde interactif, Le Monde diplomatique, La Vie...

Et le mythe du journal de journalistes cogéré par sa rédaction s’est peu à peu évanoui devant la menace de la cessation de paiement. Le Nouvel Observateur peut ainsi afficher l’objectif de devenir actionnaire majoritaire sans trop craindre de bronca. L’assemblée générale de la SRM du 10 juin devra néanmoins se prononcer à 66% pour l’une ou l’autre solution avant le conseil de surveillance du groupe prévu le 14 juin.

Prisa n’est pas pour autant évincé, mais le temps du groupe madrilène — qui doit toujours boucler sa propre recapitalisation et l’on imagine aisément que les investisseurs internationaux du fonds américain Liberty Acquisition Holding ne se bousculent pas en ce moment pour acheter de la dette espagnole, fût-elle non souveraine — est de moins en moins compatible avec celui du Monde qui a besoin d’argent frais pour passer l’été. Il dispose néanmoins depuis la précédente recapitalisation, tout comme Lagardère, d’un droit de préemption qui lui permet de peser sur la solution qui sera présentée.

Reste le verrou Lagardère, qui, s'il voyait sa part diluée, peut exiger qu'on rachète ses 17% au moins au prix de départ, soit 50 millions d'euros. Selon nos informations, Arnaud Lagardère, qui était prêt a liquider toutes ses positions minoritaires dans la presse et disait vouloir passer son tour au Monde, s’intéresse de nouveau aux journaux depuis qu’il s'est débarrassé de Guy Wyser-Pratte. S’il le souhaitait, sa position charnière lui permettrait de faire partie d’un ticket — même si clairement chaque candidat semble désireux de prendre le pouvoir seul — et de conserver ses chances de mettre la main sur des pièces de choix du groupe en cas de nouvelle défaillance.

Car, outre la recapitalisation (50 à 100 millions) et le rachat éventuel des parts de Prisa et/ou de Lagardère, le repreneur devra, s’il souhaite conserver le périmètre du groupe, rembourser en 2011 le prêt de 25 millions d'euros consenti par la BNP contre le nantissement de Télérama, puis 22 millions d'obligations remboursables en actions en 2012 et 47 millions en 2014. Et ce deux vagues d'obligation comportent une clause de créance prioritaire, qui permettrait aux prêteurs de prendre le contrôle du groupe en cas de non-paiement.
Mercredi 12 Mai 2010 - 13:53





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