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Le Burkina s'enflamme contre le régime Compaoré, tractations entre militaires


Jeudi 30 Octobre 2014 modifié le Jeudi 30 Octobre 2014 - 18:49




Après une journée d'émeutes contre le régime de Blaise Compaoré, au pouvoir depuis près de 30 ans, des tractations se sont engagées jeudi au Burkina Faso entre militaires pour trouver une issue à cette crise d'une ampleur exceptionnelle en Afrique subsaharienne.

Assemblée nationale incendiée, télévision publique prise d'assaut, violences en province, appels à la démission du président: en pleine tourmente, le gouvernement a dû "annuler le vote" du projet de révision constitutionnelle qui a mis le feu aux poudres, prévu dans la matinée, et a appelé "au calme et à la retenue".

Partenaires du Burkina Faso, qui joue un rôle-clé dans l'instable zone sahélienne, Paris et Washington sont montés au créneau. La France, ex-puissance coloniale, a plaidé pour un "retour au calme" et les Etats-Unis ont exprimé leur "vive inquiétude". L'ONU a décidé d'envoyer sur place un émissaire.

Pour le régime en place depuis le putsch de 1987, c'est la crise la plus grave depuis la vague de mutineries de 2011, qui avait fait trembler le pouvoir.

Dans l'après-midi, les grandes manoeuvres ont commencé. Le général en retraite Kouamé Lougué, à qui des dizaines de milliers de manifestants ont demandé de prendre le pouvoir, rencontrait le chef d'état-major Nabéré Honoré Traoré, ainsi que les plus hauts gradés du pays.

Très apprécié des troupes et de la population, Kouamé Lougué, ancien chef d'état-major et ministre de la Défense jusqu'à son limogeage en 2003, s'est imposé au coeur du jeu.

Il a ainsi rencontré le Mogho Naba, le "roi" des Mossi, une autorité coutumière très respectée dans le pays. Le chef de l'Etat appartient à cette ethnie, la plus importante du Burkina.

"L'armée est soudée avec le peuple", a affirmé Bénéwendé Sankara, l'un des ténors de l'opposition, demandant "la démission pure et simple du président Blaise Compaoré".

L'ONU et l'Afrique joignent leurs forces pour la recherche d'une solution. L'émissaire de l'ONU pour l'Afrique de l'Ouest, Mohamed Ibn Chambas, sera dans le pays vendredi, au sein d'une mission de paix conjointe à l'Union africaine et à la Communauté économique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO).



- télévision publique attaquée -

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Ces tractations se sont ouvertes après que la capitale Ouagadougou a sombré dans le chaos dans la matinée, sous l'oeil de forces de l'ordre plutôt passives.

Les violences ont fait au moins un mort, un homme tué à quelques centaines de mètres du domicile de François Compaoré, frère cadet du chef de l'Etat et personnalité influente du régime.

Les manifestants ont saccagé et incendié une partie du bâtiment de l'Assemblée nationale. D'épaisses et spectaculaires fumées noires sortaient par les fenêtres brisées.

Selon un député de l'opposition, ses collègues de la majorité - qui auraient passés la nuit dans un hôtel voisin - avaient été exfiltrés avant les violences.

Aux abords du palais présidentiel, plus au sud dans la ville, la tension restait palpable. Plusieurs centaines de manifestants faisaient face aux soldats de la garde présidentielle, qu'ils tenaient à distance. Certains soldats ont effectué des tirs de sommation au-dessus des protestataires.

Autre symbole du pouvoir attaqué: la Radiodiffusion télévision du Burkina (RTB). Plusieurs centaines de personnes sont entrées dans ses locaux, où elles ont pillé le matériel, avant de quitter les lieux. Les transmissions ont été coupées.

Des troubles ont également été signalés à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays (sud-ouest). La mairie et le siège du parti présidentiel y ont été incendiés, selon des témoins.

Le Burkina a basculé dans la crise avec l'annonce, le 21 octobre, d'un projet de révision constitutionnelle portant de deux à trois le nombre maximum de quinquennats présidentiels.

Arrivé aux affaires il y a 27 ans, le président Compaoré devait achever l'an prochain son dernier mandat, après deux septennats (1992-2005) et deux quinquennats (2005-2015).



- Un 'printemps' burkinabè? -

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Lui qui a déjà modifié deux fois l'article 37 de la Loi fondamentale, en 1997 puis en 2000, pour se maintenir au pouvoir, défend la stricte légalité de sa démarche pour cette troisième retouche.

Mais l'opposition craint que ce nouveau changement conduise le chef de l'Etat, déjà élu quatre fois avec des scores soviétiques, à accomplir non pas un mais trois mandats supplémentaires, lui garantissant 15 années de plus au pouvoir.

Les opposants se prenaient ces derniers jours à rêver d'un renversement du régime, longtemps considéré comme l'un des plus stables de la région.

Un "printemps noir au Burkina Faso, à l'image du printemps arabe", lançait mercredi l'opposant Emile Pargui Paré.

Mardi, des centaines de milliers de personnes - un million, selon l'opposition - étaient descendues dans la rue à Ouagadougou pour dénoncer un "coup d'Etat constitutionnel".

Quelque 60% des 17 millions d'habitants ont moins de 25 ans et n'ont jamais connu d'autre dirigeant que M. Compaoré.

Le projet de révision et les tensions qu'il suscite inquiètent les partenaires du "pays des hommes intègres" (Burkina Faso, en langues locales) qui joue un rôle incontournable dans la zone sahélienne, en proie aux menées de groupes jihadistes liés à Al-Qaïda.

Sur le continent africain, les développements de la crise burkinabè sont suivis de près.

Au moins quatre chefs d'Etat préparent ou envisagent des révisions constitutionnelles similaires pour se maintenir au pouvoir, au Congo Brazzaville, au Burundi, en République démocratique du Congo et au Bénin. Le procédé, classique, a déjà été utilisé dans huit pays africains ces dernières années.

Jeudi 30 Octobre 2014 - 18:45

AFP




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