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"La voie de l'ennemi", film noir de Rachid Bouchareb à la 64e Berlinale


Samedi 8 Février 2014 modifié le Samedi 8 Février 2014 - 11:43

Avec "La voie de l'ennemi", présenté vendredi en compétition à la 64e Berlinale, Rachid Bouchareb signe un film noir avec l'Américain Forest Whitaker, impressionnant, où chaque lueur d'espoir s'évanouit dans le désert entre les Etats-Unis et le Mexique.




"La voie de l'ennemi", film noir de Rachid Bouchareb à la 64e Berlinale
William Garnett (Forest Whitaker) vient de passer dix-huit ans derrière les barreaux pour le meurtre d'un shérif adjoint. En prison, il s'est converti à l'islam qui l'aide à canaliser sa colère. Son rêve? Avoir une vie tranquille avec sa nouvelle petite amie Teresa dans un bled du Nouveau-Mexique.

Son agent de probation est une femme (l'actrice britannique Brenda Blethyn) bien décidée à ce que ça marche. Mais le shérif Bill Agati (Harvey Keitel) ne supporte pas de voir Garrett s'en sortir, pas plus que son ancien complice (Luis Guzman).

Le film est inspiré par "Deux hommes dans la ville", classique du film noir français avec Alain Delon et Jean Gabin, écrit et réalisé en 1973 par José Giovanni, lui-même passé par la case prison et dont l'oeuvre a été marquée par ses années de détention.

Mais ce n'est pas à une simple adaptation à laquelle se livre Rachid Bouchareb, réalisateur français d'origine algérienne.

"Je ne trouvais pas d'intérêt à faire un film déjà très réussi, qui était très fort à l'époque contre la peine de mort", a-t-il expliqué devant la presse.

"Il ne reste rien du film si ce n'est l'idée des trois personnages principaux", a poursuivi le cinéaste salué à Cannes avec "Indigènes" en 2006 (prix d'interprétation collectif pour ses cinq acteurs) qui rendait hommage aux soldats africains oubliés de l'armée française. Ou encore à Berlin en 2009 avec "London River", film sur la tolérance pour lequel l'acteur malien Stigui Kouyate a aussi été récompensé.

Ses thèmes récurrents sont là, "toujours influencés par les mouvements de population, l'immigration, le franchissement des frontières, les rencontres de cultures", a expliqué Rachid Bouchareb frappé par la "dureté du mur" anti-immigration érigé à la frontière entre les Etats-Unis et le Mexique.

Le réalisateur comme les acteurs ont fait un véritable travail d'enquête. "Je suis allé à la frontière. J'ai rencontré des shérifs, des gens du Tea Party (parti ultra conservateur américain), des imams etc", a dit Bouchareb.

Brenda Blethyn, qui a déjà tourné pour Bouchareb dans "London River", a suivi "une responsable de probation qui m'a emmenée avec elle sur sa tournée quotidienne. "C'est un boulot assez éprouvant".

Dans ce long métrage, les personnages ne sont pas bons ou méchants, les gris plus nombreux que le blanc ou le noir. Ainsi le shérif Agati montre une part d'humanité devant des corps d'immigrants morts de soif ou assassinés dans le désert. Mais en même temps, il se place en défenseur absolu des valeurs de l'Amérique et de la loi.

Pour lui, un assassin reste un assassin.

"On a discuté aussi de ce que serait se convertir à l'islam, comment cela serait perçu dans un pays comme les Etats-Unis, ce qu'est de traîner un casier judiciaire, ce qu'est de vivre sur une frontière", a-t-il dit.

Forest Whitaker de son côté a été séduit par un personnage "qui veut trouver la paix mais se retrouve acculé, ce qui arrive souvent pas seulement à cause de la religion, de la race, de la sexualité etc, des questions qui se posent aux Etats-Unis et partout dans le monde".

Le rythme de "La voie de l'ennemi" est lent, comme pour mieux sentir la mécanique du piège qui se referme. La chaleur de la ville est perceptible. Le désert affiche des couleurs crues quand le soleil est au zénith ou chaudes à l'aube et au crépuscule.

Samedi, changement d'ambiance et d'époque avec la présentation hors compétition du dernier film de et avec George Clooney, l'histoire d'une équipe d'experts bien décidés à sauver des oeuvres d'art volées par les nazis.

Samedi 8 Février 2014 - 11:38





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