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La jeunesse, le printemps arabe et les relations internationales


Lundi 21 Janvier 2013 modifié le Mercredi 23 Janvier 2013 - 18:56

Arthur Prévôt et Omar Alaoui, deux jeunes « engagés » sur la scène politique française et marocaine, se sont livrés à une interview croisée sur la politique internationale. Ces deux jeunes militants, passionnés de relations internationales, tentent de faire entendre la voix de la Jeunesse sur la scène politique mondiale.




La jeunesse, le printemps arabe et les relations internationales
Quel regard portez-vous sur l’évolution de la situation dans le monde arabe ? Le printemps arabe est il terminé ?
Arthur : Le monde arabe est à une période charnière de son Histoire. Ce monde complexe et diversifié est à un tournant sans précédent et il apparaît tiraillé entre deux lignes profondément antagonistes l’une de l’autre. D’un coté les tenants d’une reconstitution ou le politique et le religieux serait lié et de l’autre, ce que nous pouvons appeler le camp «laïc» favorable à une plus grande dissociation entre l’Islam et le politique. Le passionné d’Histoire que je suis vous répondra qu’il est pour l’instant impossible de porter un regard sur l’actuelle évolution du monde arabe tant celle-ci apparaît en gestation. Une chose est certaine, la jeunesse du monde arabe a provoqué le changement, il lui revient donc à elle de s’affirmer comme fer de lance de celui-ci.
Concernant le printemps arabe en tant que tel, je pense que celui-ci est terminé. Le dernier «printemps des peuples» que l’Histoire a connue s’était produit sur une période approximative de trois années (l’année 1989, 1990 et 1991 en Europe de l’Est). Si l’on considère que le printemps arabe a débuté le 14 janvier avec la chute du président tunisien Ben Ali, alors nous pouvons considérer que nous sommes à la fin d’un processus. Néanmoins, il convient de relativiser. Si les révolutions sont terminées, leur gestation politique ne fait que commencer. Il ne faut pas oublier qu’il a fallu entre 10 et 15 années aux anciens «Pays de l’Est» pour définitivement clore le chapitre «révolutionnaire» (la révolution politique avait engendré une révolution économique et quelques soubresauts dans certains pays). Les pays arabe sont entrain d’entamer la phase de transition qui caractérise toute révolution.


Omar : Le printemps des peuples arabes a bel et bien prouvé une chose, il n’y a pas de fatalisme dans le monde arabe. La jeunesse, qui fut le protagoniste principal du printemps arabe, a réussi à se libérer du joug de la dictature. Les peuples arabes n’étaient donc pas condamnés par des régimes autoritaires, et pouvaient librement prendre leurs destins en main. Les révoltes et révolutions arabes se sont toutes construites autour de l’’insatisfaction profonde des peuples face à des dirigeants corrompus et clientélistes, leur aspiration à d’avantage de droits, de libertés individuelles et enfin leurs frustrations face aux difficultés de la vie, la précarité, le mal logement ou encore le chômage de masse. La Tunisie, la Libye, l’Egypte entament toutes une période de transition à la fois sur le plan politique que socio-économique, non sans difficultés. Il serait faux de croire que le « printemps arabe » est terminé, c’est un processus qui s’inscrit dans le temps. C’est un volcan qui peut entrer en irruption à tout moment. Les contestations sont des « moments politiques », au sens marxiste du terme, et le retour à la Rue est une solution envisagée dans certains pays, et notamment en Egypte où le Président Morsi tente d’imposer une nouvelle dictature religieuse et moralisatrice. Il faudra être extrêmement vigilant pour éviter que les nouveaux dirigeants puissent confisquer à la jeunesse arabe leurs révolutions démocratiques.


Les monarchies arabes sont elles les prochaines « cibles » des mouvements de protestations ?

Arthur : Il y a huit monarchies arabes dans le monde : Le Maroc, la Jordanie et ce que les experts en géopolitique nomme communément les «pétromonarchies» à savoir l’Arabie Saoudite, Bahreïn, le Koweit, le Qatar, Oman et les Emirats Arabes Unis.
Je ne pense pas que les monarchies arabes soient les prochaines «cibles» des mouvements de protestations. Tout d’abord, le Maroc et la Jordanie ont connus un printemps arabe «light» dans la mesure où ces deux pays ne se trouvaient pas dans la même situation politique, économique et sociale que leurs voisins. Le Roi Mohamed VI au Maroc et Abdallah II en Jordanie ont tout de suite pris en compte les exigences de leurs peuples en prônant le compromis. L’exemple du Maroc est particulièrement significatif étant donné qu’à la suite d’élections générales libres, les islamo-conservateurs du PJD sont arrivés au pouvoir.
En ce qui concerne les monarchies du Golfe, je crois que plusieurs facteurs font que le risque de contestation est faible, voir nul. Ce sont des pays relativement peu peuplés et où les fruits de l’exploitation du pétrole et du gaz sont assez bien répartis au sein des populations. Des populations homogènes dans la mesure ou l’Islam sunnite est ultra-majoritaire dans ces pays. La seule monarchie qui pourrait être secouée est celle de Bahreïn. Effectivement, la petite île voit ses ressources en pétrole s’épuiser et sa population est nettement divisée entre 60 % de musulmans chiites et 40 % de sunnites. Une bombe à retardement renforcée par la «révolution avortée» de 2011 ou les chiites réunis place de la perle avaient contestés la monarchie sunnite avant que le mouvement soit écrasé avec l’aide de l’armée saoudienne sous mandat du Conseil de Coopération du Golfe.
Omar : Cette théorie est, à mon sens, impossible. Au Maroc, le Roi Mohammed VI a tout de suite pris la situation en main en répondant aux revendications du mouvement contestataire du « 20 février ». La nouvelle Constitution dont s’est doté le Maroc offre une plus grande marge de manœuvre au chef de gouvernement et de nombreuses prérogatives au Parlement, ainsi qu’à l’opposition parlementaire et à la société civile. En Jordanie, le Roi Abdallah II dispose d’un important « capital sympathie » et a su également mettre en œuvre des réformes allant dans le sens d’une ouverture politique. Il devra cependant redoubler d’effort pour assurer la paix sociale en Jordanie. Le futur des « monarchies pétrolières », localisées dans le Golfe, est incertain. La situation au Bahreïn peut très vite déborder. Il faut d’ailleurs l’approcher dans un contexte d’analyse globale qui dépasse largement le slogan que veulent nous faire croire les médias occidentaux de majorité chiite versus minorité sunnite. Le Bahreïn est à la recherche d’un équilibre, non pas religieux, mais politique et géopolitique. Il faut à la fois rassurer, en terme d’approche sécuritaire, le grand voisin saoudien et rétablir la confiance en entament une ouverture politique vis à vis des groupes chiites modérés.



La « crise syrienne » est elle entrain de s’enliser ? Y a t-il encore « quelque chose » à faire ?

Arthur : Cessons de parler de «crise» et utilisons le bon terme, à savoir celui de «guerre civile». Le dernier rapport de l’ONU sur la Syrie explique clairement que la révolution s’est transformée en guerre civile à caractère communautaire entre un régime soutenu par les minorités alaouites et chrétiennes et les différentes forces qui y sont opposés (démocrates et islamistes) majoritairement sunnites. En 2011, je m’étais rendue à une conférence de Antoine Sfeir, journaliste et politologue franco-libanais spécialiste du monde arabe qui avait évoqué une anecdote forte d’enseignements. Un général syrien lui avait dit qu’en cas de soulèvement du peuple contre le régime de Bachar, il y aurait «du sang jusqu’au cou». La guerre civile syrienne peut donc durer. Il ne faut pas oublier que le Liban, minuscule pays à coté a connu quinze années de guerre civile.
Il y a toujours quelques chose à faire mais à titre personnel, je ne pense pas qu’armer un camp contre un autre ne soit la solution surtout que nous savons désormais que face à l’armée légaliste, ce ne sont plus seulement de braves jeunes syriens prêt à mourir pour la démocratie mais aussi, désormais des intégristes pour qui la Syrie est la meilleure école du djihad. Enfin, je ne crois pas qu'inonder d’armes la poudrière du Proche Orient soit la solution la plus intelligente. Je crois dans la force et la richesse de la diplomatie pour trouver une solution politique au conflit. L’effondrement soudain d’un tel régime ne provoquerait que plus de chaos. En revanche, j’ai encore l’espoir que l’émissaire des Nations Unis, Lakhdar Brahimi, puisse proposer une feuille de route acceptable pour les deux parties et dans l’intérêt du peuple syrien.


Omar : Le printemps syrien s’est transformé, en raison de la résistance du régime et l’incapacité du peuple à le faire tomber, en une crise armée entre un régime sécuritaire disposant de moyens et d’armes conséquents et une opposition éclatée et dépourvue de moyens. La crise syrienne s’inscrit dans les printemps arabes, tout en s’en distinguant aujourd’hui par l’enlisement du conflit et la tournure « guerrière » qu’il a prit. La pluralité de l’opposition, ses différentes composantes, leurs légitimités et leurs stratégies rendent tout dialogue difficile. Il faudra trouver une solution politique en Syrie. Le départ de Bachar el Assad est une condition si ne qua none pour entamer une transition politique. Le risque est d’assister à une « libanisation » de la crise syrienne et qu’elle se transforme en une longue et interminable guerre civile. Le risque du recours à l’arme chimique par le régime El Assad est un véritable danger. L’emploi d’armes chimiques est la ligne rouge que le régime el Assad ne doit pas franchir, ce serait là un point de non retour. Aussi, j’aimerai mettre l’accent sur les conditions de vies de plus en plus difficiles, les pénuries, l’extrême pauvreté et la faim qui prennent place aujourd’hui en Syrie.

Comment évaluez-vous les résultats des partis d’obédiance islamiste à l’épreuve du pouvoir dans la région MENA ?
Arthur : Etant donné que je ne suis pas sur le terrain, il est difficile d’évaluer les résultats des partis d’obédience islamiste actuellement au pouvoir au Maroc, Tunisie et Egypte. Une chose doit, en tout cas être clair : Ces partis sont arrivés au pouvoir légalement, les différents peuples ont exercés leur souveraineté et ont choisis leurs représentants. Je ne supporte pas l’hypocrisie occidentale et surtout européenne, qui consiste à «désapprouver» le choix des peuples. Loin d’être un partisan des islamo-conservateurs, je considère néanmoins que cette «vague verte» était prévisible et qu’elle doit être respectée.
Aux nouveaux dirigeants de désormais faire leurs preuves ! A eux d’apporter la justice sociale, l’éducation et le travail. A eux de concilier religion et démocratie tout comme l’ont fait les démocrates chrétiens allemands ou encore italiens en Europe et à une autre époque. Si les résultats ne sont pas au rendez-vous, je ne me doute pas que les peuples feront le choix de l’alternance. Sauf si les nouveaux leaders décident comme c’est le cas actuellement en Egypte de poser les bases d’une nouvelle dictature...


Omar : Il est indéniable que les partis islamistes sont arrivés au pouvoir, ou du moins aux affaires, démocratiquement. Ces partis sont désormais une force politique avec laquelle il faudra composer pour la prochaine décennie. Nous ne pouvons ni les ignorer, ni les sous estimer. Les facteurs explicatifs de leurs montées au pouvoir sont multiples. Tout d’abord, ces partis existent sur le terrain depuis de nombreuses années et ont su tisser d’excellents rapports avec les catégories sociales les plus pauvres par un travail de solidarité et d’accompagnement. Ensuite, ils ont su « surfer, avec habilité, sur les revendications socio-économiques et sur le sentiment de « hogra » (le mépris) de la population. Enfin, ces partis excellent lorsqu’il s’agit d’instrumentaliser la religion à des fins politiques. Aujourd’hui, les populations se rendent compte que les promesses électorales des islamistes n’étaient que des chimères, de la poudre aux yeux. Au Maroc, le gouvernement dirigé par Abdelilah Benkirane n’a pas entrepris une réforme ou une action courageuse. Ce qu’on retient, un an après son installation, c’est la décision du gouvernement d’hausser les prix des carburants provoquant la fragilisation de la classe moyenne. Il n’y a pas de vision concernant la lutte contre le chômage ou la compétitivité économique du Maroc. En Tunisie, le parti « Ennahda » n’arrive plus à contrôler les mouvements salafistes, auteurs de débordements en tout genre. Ce sont des forces anti-démocratiques qui s’imposent par la violence et la force et qui imposent leur propre loi, se substituant ainsi à l’Etat. Ces gardiens du temple de la morale et de la vertu sont un danger pour toute transition démocratique.

La Libye semble avoir échappée à l’hiver islamiste ? Est ce une illusion ?
Arthur : Si c’est une illusion, je ne l’espère pas. Mais je ne suis pas serein quant à l’avenir de ce pays. Nous oublions un élément essentiel : La profonde rivalité qui existe entre la Tripolitaine (région de Tripoli) et la Cyrénaïque (Benghazi) . Le pays a déjà connu des soubresauts politiques intenses liés à cette vieille division régionale liée à la répartition des ressources pétrolières et il n’est pas exclu de voir d’anciennes tensions rejaillirent comme ce fut le cas il y a quelques mois (lors des élections, des bulletins avaient étaient brulés par des nationalistes de Cyrénaïque qui voulaient empêcher les citoyens de cette région de voter).
Enfin, si la Libye «échappe» à l’hiver islamiste, elle n’échappe pas du chaos. Un Etat fragile désormais plaque tournante de tous les trafics et totalement partagés entre les différents seigneurs de guerre qui sont autant de chefs de milices. Est-il normal que la région de Bani Walid soit sous le contrôle de forces «kadhafistes» plus d’un an après la fin officiel du conflit ?
Omar : Sauf retournement de situation, oui la Libye semble avoir échappée à l’hiver islamiste. L’islamisme n’a pas pu se développer de façon important en Libye, car il n’y a que très peu de foyers où règnent la misère, la pauvreté, l’ignorance et où le populisme des frères musulmans pourrait prendre vie. De plus, les libyens sont croyants, pieux et extrêmement attachés à la religion musulmane et refusent son instrumentalisation à des fins politiques. La religion ne peut appartenir à un parti, à un clan. Elle est un socle commun à tous les libyens. Le nouveau premier ministre, Ali Zeidan, a cependant fait le choix de l’ouverture vis à vis des islamistes et les a intégré à son gouvernement pour relever les nombreux défis, notamment sécuritaires, qui lui incombe. Nous ne pouvons nous réjouir du sort de la Libye tant qu’elle ne sera pas sortie de son cycle de violence. Il faut répondre à la situation quasi-anarchique que connaît la Libye, la libre circulation des armes rend le climat inapte à l’émergence d’une véritable démocratie et à l’édification d’un Etat de droit, unique garant de l’ordre et de la justice. Le gouvernement Zeidan devra formet et développer rapidement l’ensemble des corps sécuritaires de la nouvelle Libye. Concernant le « kadhafisme », bien qu’une véritable chasse aux sorcières semble avoir été lancée contre les partisans de l’ancien système, la ville de « Beni Oualid » est encore entre les mains des fidèles du Guide. Rappelons également que la Libye est un pays tribal, et il faut sans cesse composer avec les différentes sensibilités régionales. Le tribalisme pourra t-il contre carrer la transition démocratique ?

Le nouveau mandat de Barack Obama sera t-il articulé autour d’une nouvelle stratégie de politique extérieure ? Si oui, en quoi sera t-elle différente de la précédente ?
Arthur : Si seulement j’étais conseiller du président Obama en matière de politique étrangère je pourrais répondre à votre question ! J’ai trouvé la politique extérieure de sa première administration extrêmement hésitante voir contradictoire. Avec la crise économique qui a durement frappée les Etats-Unis, le premier mandat Obama a été sous le signe de l’apaisement. Mener une politique via le soft power pour mieux se concentrer sur la politique intérieure et en priorité l’économie. Souvenez vous en 2008, le principal handicap du candidat Barack Obama était déjà la thématique des affaires internationales.
Le gros soucis de sa politique étrangère reste le conflit au Proche Orient entre Israël et la Palestine. Obama est tiraillé entre la position traditionnelle américaine de soutien indéfectible à l’Etat d’Israël et une position plus personnelle qui consisterait à ne plus tout laisser passer aux alliés israéliens. La résultante de cette hésitation donne un vote contre l’entrée de la Palestine en tant qu’Etat aux Nations Unies et dans le même temps des tensions plus que palpables entre l’exécutif israélien et le président américain.
Je ne crois donc pas à un changement de cap majeur. D’autant plus qu’il a nommé John Kerry au Département d’Etat, or celui-ci est plutôt connu pour sa prudence en matière d’affaires internationales ainsi que Chuck Hagel à la Défense, qui est carrément réputé pour ne pas être particulièrement tendre en coulisses avec la politique menée par Israël. 


Omar : John Kerry est un excellent choix à la tête de la diplomatie américaine, il dispose d’un bon « capital sympathie » auprès des différents chefs d’Etats et de gouvernements. C’est un homme du dialogue et de consensus. Il aura la difficile mission de redorer le blason des Etats-Unis à l’international, et plus particulièrement dans le monde arabe. Il est indéniable que le dossier israélo-palestinien sera la clé de voûte de la stratégie internationale américaine. Obama doit assumer son devoir historique est œuvrer pour la mise en place de deux Etats indépendants. Le choix de Chuck Hagel n’est d’ailleurs pas anodin. Les Etats-Unis ne peuvent plus accepter le statut quo et la colonisation de camps en Palestine. Il faudra un leadership et du courage, mais j’ai la certitude que durant ce second mandat, le Président Obama sera « plus libre » en terme d’actions possibles à entreprendre.

François Hollande a décidé d’une intervention militaire au Mali ? Quels en sont les défis et les dangers ? Estimez vous qu’il y ait un risque de « piège malien » ?

Arthur : La France se devait d’intervenir. Elle était réclamée non seulement par le gouvernement de Bamako mais aussi par la population malienne qui ne pouvait plus supporter de voir les terroristes islamistes détruire le patrimoine culturel du Mali ( destruction des mausolées de Tombouctou) et imposer la charia aux populations du nord. Mais la France devait aussi intervenir pour stopper l’avancée des différentes armées islamistes vers Bamako.
Aujourd’hui, le défi majeur de la France est de rendre aux maliens la pleine souveraineté de leur territoire et mettre fin de manière définitive à la présence des terroristes dans le pays sans quoi celui-ci deviendrait un nouvel Afghanistan qui pourrait déstabiliser l’ensemble de l’Ouest africain et menacer directement l’Europe et les Etats-Unis.
Les dangers existent toujours dans ce type d’opération et le risque de «piège malien» est permanent. L’armée française, épaulée je l’espère au plus vite par nos alliés africains sont entrain d’intervenir au sol pour libérer les grandes villes du nord-Mali (Kona, Gao, Tombouctou) mais le Président de la République française a été très clair la dessus : Les soldats français doivent rester le moins longtemps possible sur le terrain. C’est aux armées africaines et à une «nouvelle» armée malienne de tenir sur le terrain des opérations, ce sera la seconde phase. Le but de la France est d’aider un pays ami mais ce problème est avant tout africain et il doit être réglé par les africains.


Omar : Tout d’abord, l’intervention militaire était la seule et unique solution pour éviter le basculement de l’Afghanistan vers le Mali, rappelons que ce sont les mêmes acteurs transnationaux qui opèrent dans ces deux régions. Le Président Hollande a décliné avec précision les trois défis qui incombent à la France, soit l’arrêt immédiat des agressions par les groupes terroristes islamistes, la sécurisation de Bamako et la préservation de l’intégrité territoriale du Mali. L’intervention française s’inscrit dans ce qui est aujourd’hui un « héritage français », celui que Malraux avait longtemps théorisé et tenté de mettre en pratique : ce devoir de protection des peuples opprimés. Il faut également saluer l’engagement résolu du Roi Mohammed VI pour la paix au Mali. Il n’est pas inutile de rappeler le travail considérable du Maroc lors de sa présidence du conseil de sécurité de l’ONU et ses efforts diplomatiques pour l’adoption de la résolution 2085, qui inscrit l’intervention française dans la légalité internationale. Le Maroc a autorisé les avions français à survoler son territoire et exprimer son plein soutien au Président Hollande.
Pour éviter un « piège malien », l’intervention française ne doit pas s’inscrire dans le temps, il faut éviter un scénario similaire au conflit en Irak. Il y a également le risque de représailles des terroristes sur le sol français, ou sur celui de ses alliés, dont le Maroc, et celui de la mise à mort cruelle des nombreux otages occidentaux.

Comment analysez vous la réaction de l’Algérie et sa non intervention au côté de la France au Mali ? Quelles évolutions politiques internes sont elles possibles en Algérie ?
Arthur : Il faut saluer la décision du gouvernement algérien d’autoriser l’aviation française à survoler son espace aérien dans le cadre de l’opération «Serval». C’est une première depuis l’indépendance de 1962. L’Algérie est un Etat souverain et nous devons respecter son choix de ne pas intervenir aux cotés de la France au Mali. Il ne faut pas oublier qu’elle mène une action remarquable dans la lutte contre le terrorisme islamique, notamment en matière de renseignements, ce qui peut être tout aussi décisif que l’envoie de troupes au sol.
Je pense que le moment de vérité en Algérie viendra après l’ère Bouteflika mais je crois en une démocratisation progressive et, je l’espère, sans heurts, sans que les anciens démons ne remontent à la surface.
Omar : L’Algérie a montré ses réticences, se défilant peu à peu face à ses obligations, elle qui s’assumait jusqu’à l’heure d’aujourd’hui comme « la gardienne du Sahel ». La crise au Sahel est avant tout significatif de l’échec de la politique extérieure algérienne. L’Algérie a tout fait pour tenir éloigner le Maroc des structures africaines, et notamment de l’Union Africaine, seule Institution à reconnaître la dénommée « RASD ». Le régime algérien est épargné pour le moment par le printemps arabe du fait du traumatisme qu’a laissée à la fois la guerre d’indépendance et la guerre civile. L’Algérie est meurtrie par les conflits, mais la jeune génération ne peut accepter la « kleptocratie » mis en place par les généraux algériens. Le temps de l’ouverture politique est arrivé et la jeunesse algérienne doit se mettre en marche pour reprendre son destin en main.

Lundi 21 Janvier 2013 - 20:10

Arthur Prévôt et Omar Alaoui