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"L'infime" soutien français à l'opération mauritanienne contre Al-Qaeda


Vendredi 23 Juillet 2010 modifié le Vendredi 23 Juillet 2010 - 17:38




"L'infime" soutien français à l'opération mauritanienne contre Al-Qaeda
Depuis l'annonce, par l'AFP, jeudi vers 23 heures, d'une "opération militaire impliquant l'armée mauritanienne" contre l'AQMI (Al-Qaeda au Maghreb islamique) dans la zone frontalière du nord du Mali et du nord de la Mauritanie, les informations disponibles sont extrêmement parcimonieuses. Il a fallu attendre la parution du quotidien espagnol El Païs pour en savoir un peu plus. À savoir que l'opération aurait été à l'initiative de la France, qu'elle visait à libérer l'otage Michel Germaneau enlevé le 19 avril (le 22 avril, selon l'AQMI), que ce dernier n'a pas été récupéré et que plusieurs membres du groupe terroriste - El País parle de six - auraient été tués.

Le quotidien ne dit rien des autres assaillants, mais outre l'armée mauritanienne, les autorités maliennes auraient été concernées, notamment pour obtenir l'autorisation du survol de leur territoire par au moins un avion et des hélicoptères évoluant à partir de la piste de Tessalit, au nord-est du pays.

Vendredi, en fin de matinée, le ministère de la Défense à Paris diffusait un communiqué de dix lignes particulièrement sibyllin, "confirmant que des moyens militaires français ont apporté un soutien technique et logistique à une opération mauritanienne destinée à prévenir une attaque" de l'AQMI. Le communiqué - rédigé en réalité à l'Élysée - ajoute que "l'opération conduite par les Mauritaniens a permis de neutraliser le groupe terroriste" et de "faire échec au projet d'attaque".

Le texte précise enfin que le groupe visé avait tué un "otage britannique" - il s'agit de Edwin Dyer, un ingénieur britannique de soixante ans, tué en juin 2009 - et qu'il "refuse de donner des preuves de vie et d'engager le dialogue en vue de la libération" de Michel Germaneau. Impossible d'en savoir officiellement davantage et Nicolas Sarkozy a refusé de s'exprimer sur ce sujet lors d'une visite à Saint-Nazaire, en fin de matinée.

Michel Germaneau, gravement cardiaque


Ce que nous pouvons ajouter à ce stade, c'est que, selon nos informations, cette opération a réellement été conduite par la Mauritanie avec ses propres troupes, épaulées par un soutien français qualifié d'"infime" par une source informée. Il s'agirait notamment d'une aide en moyens de renseignements et de transport, sans autre précision. Si ce n'est que Paris considère l'AQMI comme une réelle menace et que la Mauritanie "n'a pas d'attitude ambiguë dans cette affaire", sous-entendu : contrairement au Mali qui laisse le groupe aller et venir sur son territoire.

À Paris, les autorités considèrent que Michel Germaneau pourrait être mort depuis plusieurs semaines. Aucun signe de vie de l'otage n'a été reçu depuis le 14 mai dernier. Quand le 12 juillet, Nicolas Sarkozy évoque à son propos "une inquiétude brûlante", il a des raisons pour cela. Il sait en particulier que Michel Germaneau, gravement cardiaque, n'a plus de médicaments pour suivre son traitement depuis le 18 juin. "On a complètement perdu sa trace", nous indique un bon connaisseur du dossier. Dès lors, quand Paris apprend des Mauritaniens qu'ils sont prêts à conduire une opération, pour tuer dans l'oeuf un raid que l'AQMI prépare, la décision est prise par Nicolas Sarkozy de leur prêter main-forte. "On est concerné, on a un droit à voir ce qui se passe", dit une source militaire, "mais on est là en accessoire." Une autre source, proche de la communauté du renseignement, ajoute : "Il n'y a rien de choquant dans cette affaire. Des choix courageux, nécessaires et utiles ont été effectués." Alors, pourquoi ne pas le dire officiellement ?

Paris tord un peu le nez après la publication de l'article détaillé d'El País, dont aucun élément n'a été démenti, et pense à une fuite organisée par le Premier ministre espagnol José Luis Zapatero. De ce côté-ci des Pyrénées, on lui prête l'intention de jouer un "billard à trois bandes" et d'être disposé à négocier la rançon des deux otages espagnols détenus par l'AQMI. Un conflit sérieux se serait même ouvert sur ce point avec l'Algérie.


(Source Le Point)
Vendredi 23 Juillet 2010 - 17:32

Par Jean Guisnel




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