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L’écrivain algérien Boualem Sansal regrette cette « Algérie qui se meurt et se putréfie à petit feu »


Lundi 17 Août 2015 modifié le Mercredi 19 Août 2015 - 13:12




Accusé de « haute trahison » pour s’être rendu au salon du Livre à Jérusalem et censuré par le régime de Bouteflika pour son essai « Poste restant : Alger », l’écrivain algérien Boualem Sansal revient avec un nouveau roman « 2084 » où l’islamisme triomphant remplace comme projet despotique le totalitarisme athée.

Dans un entretien avec Le Point de cette semaine consacré à la sortie de son livre, le 20 août aux Editions Gallimard, Boualem Sansal lève le voile, encore une fois, sur cette « Algérie qui se meurt et se putréfie à petit feu sous le règne miraculeux de M. Bouteflika ».

« Un pays si plein de dangers », selon l’auteur. Mais « heureusement, je voyage souvent, je vais dans le monde libre parler de mes livres et de l’Algérie qui paie le prix d’avoir trahi son combat pour la liberté », dit-il.

Pour Boualem Sansal, « Après l’indépendance si chèrement acquise, oubliant dignité et beaux serments », l’Algérie « s’est offerte aux dictateurs, aux affairistes, aux islamistes ». « Sur elle pèse la malédiction des martyrs, les centaines de milliers de gens morts pour son indépendance », regrette l’écrivain.

« Un pays qui trahit ses idéaux se condamne à tous les malheurs, il ne saura pas trouver en lui la force de se sauver. Sachant qu’aucune révolution, aucun vrai printemps n’est possible, partir est la seule solution, et j’avoue que j’y pense chaque jour », déplore Boualem Sansal.

Cette notion de dictature, on la retrouve dans son dernier roman « 2084 » où il suit les pas de George Orwell, en s’inspirant de l’indépassable « I984 ».

« 2084 », C’est l’histoire d’un immense empire, l’Abistan, dont le nom est tiré du prophète Abi, « délégué » de Yölah sur terre. Son système est fondé sur l’amnésie et la soumission au dieu unique. Toute pensée personnelle est bannie, un système de surveillance omniprésent permet de connaître les idées et les actes déviants. Officiellement, le peuple unanime vit dans le bonheur de la foi sans questions. Mais comme toute « bonne » dictature, cet empire a besoin de sa propre langue « pour transformer les hommes en moutons idiots ». « Dans « I984 » c’est la novlang, et l’abitang dans « 2084 ». Tout comme les islamistes qui font jouer à l’arabe, langue sacrée du Coran, ce rôle d’agent destructeur de l’esprit », explique Sansal.

S’imposant comme une des voix majeures de la littérature contemporaine, Boualem Sansal avec ce roman s’inscrit dans la filiation d’Orwell pour brocarder les dérives et l’hypocrisie du radicalisme religieux qui menace les démocraties. « En Europe, la laïcité n’a pas fait que séparer l’Etat et l’Eglise, elle a signé la fin de l’Eglise. En terres d’islam, il s’est produit l’inverse : la mosquée a détrôné l’Etat... Demain, elle chassera Allah et réalisera cette chose impossible, elle sera Allah », s’alarme-t-il dans son entretien au Point.

« 2084 » est une « œuvre de pure invention » et une « fable » pour son auteur. « Va-t-elle se réaliser un jour ? Sans doute. Tant de fables se sont réalisées au cours de l’Histoire, pourquoi pas celle-ci », semble s’interroger l’auteur de façon ingénue.

L’auteur tient toutefois à rassurer ses lecteurs, un brin ironique : « Dormez tranquilles, bonnes gens, tout est parfaitement faux et le reste est sous contrôle ».

Lundi 17 Août 2015 - 21:27

Par Soha El Omari




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