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L’Union pour la Méditerranée : Le point, deux années après l’acte de naissance


Par Akram Belkaïd


Mais où en est l’Union pour la Méditerranée (UPM) ? Un mois après l’annulation du sommet des chefs d’Etat et de gouvernement des quarante-trois pays concernés, qui devait se tenir à Barcelone, cette question a constitué le thème de discussion du petit-déjeuner d’Ipemed, le vendredi 9 juillet à Paris. Il faut dire que cette annulation a fait mauvais effet et conforté les sceptiques qui estiment que cette Union voulue par le président français Nicolas Sarkozy est au point-mort, voire abandonnée




L’Union pour la Méditerranée : Le point, deux années après l’acte de naissance
« Il faut avoir en tête la construction européenne. Tous les grands projets de regroupements régionaux prennent du temps et connaissent des hauts et des bas. C’est tout sauf un long fleuve tranquille », a averti Elisabeth Guigou, députée française et co-présidente du Comité de parrainage politique d’Ipemed. Pour elle, l’importance de cette Union n’est plus à prouver : « La mondialisation oblige à soutenir l’Union pour la Méditerranée. Si elle ne se réalise pas, on risque d’assister à un repli de l’Europe qui se transformera en forteresse tandis que les pays de la rive Sud de la Méditerranée, qui affichent des performances économiques appréciables, seront de plus en plus isolés et ressembleront à des confettis dans des zones oubliées. Pour l’Europe, le développement de l’Afrique est un investissement stratégique. »

Des progrès sur le plan institutionnel et sur les projets économiques

Mais s’il est vrai que ce processus de rapprochement n’a été lancé que depuis deux ans – le 13 juillet 2008 – il n’en demeure pas moins que ses revers ont été nombreux depuis. « On espérait beaucoup plus de l’UPM. Les choses ont pris du temps pour se concrétiser » a reconnu Nasser Kamel, Ambassadeur d’Egypte en France. Pour autant, le représentant du pays qui co-préside l’UPM avec la France, a insisté sur les acquis de cette Union estimant que l’on « n’insiste pas assez sur le fait que le mode de gouvernance de cette Union est paritaire entre le Nord et le Sud ». De son côté, Serge Telle, Ambassadeur de France chargé de l’UPM, a relevé que cette Union est d’abord « une réalité institutionnelle mais aussi économique. »

Sur le plan institutionnel, l’Ambassadeur a rappelé que la question de la mise en place d’un Secrétariat général de l’UPM avait finalement été réglée et il a rendu hommage aux efforts de la diplomatie égyptienne qui a réussi à faire revenir les pays arabes dans le processus d’Union malgré les soubresauts de la situation au Proche-Orient. Dans le même temps, des réunions à niveau ministériel ont continué de se tenir (4 en 2009 et 2 en 2010) tandis que l’Assemblée parlementaire méditerranéenne (APM) est désormais solidaire du processus d’Union pour la Méditerranée. Les deux ambassadeurs Serge Telle et Nasser Kamel, ont aussi rappelé que les projets économiques liés à l’UPM sont une réalité qu’il s’agisse du Plan solaire méditerranéen, de la mise en place de solutions de financements (dont le fonds Inframed lancé, entre autre par la Caisse des Dépôts, membre fondateur d’Ipemed) sans oublier les initiatives phares de Desertec et de Transgreen dédiées à la production d’électricité solaire au sud de la Méditerranée et de son exportation partielle vers l’Europe. De même, l’idée d’un réseau de formation co-diplômantes est en train de se matérialiser. « Les projets concrets vont bientôt toucher la sécurité alimentaire, la protection des investissements et la mise en place d’une cour arbitrale ainsi que le domaine de l’adaptation des villes méditerranéennes au boom démographique », a encore dit Serge Telle.


L’Union pour la Méditerranée : Le point, deux années après l’acte de naissance
Le rôle de la société civile et de l’Europe

« Les projets économiques sont essentiels mais il faut que l’UPM s’ouvre et organise les rencontres de la société civile. N’oublions pas aussi les syndicats et les clubs d’intellectuels », a estimé Elisabeth Guigou. Un avis partagé par Nassif Hitti, Ambassadeur de la Ligue arabe à Paris pour qui « l’identité méditerranéenne reste à créer en dépassant les fractures que provoque le culturalisme et le ‘cultualisme’ ». Pour lui, il faut « démocratiser le processus de l’UPM » en faisant en sorte qu’il échappe à l’élitisme qui a finalement pénalisé celui de Barcelone après son lancement en 1995. Le diplomate a aussi insisté sur la nécessité de donner plus de pertinence à l’UPM en permettant la mise en œuvre de « projets à géométrie variable » mais aussi en faisant en sorte que ce projet, qu’il juge « essentiel », puisse s’élargir et sortir « du club franco-méditerranéen. » Pour Elisabeth Guigou et Nassif Hitti, les efforts des partisans de l’UPM sont à mener aussi, et peut-être même de manière prioritaire, à destination de l’Union européenne (UE). Alors que la révision du cadre budgétaire européen pour la période 2013-2019 a pratiquement commencé, il serait ainsi important que l’UPM devienne l’un des projets phares de l’UE.

Des difficultés à venir sans oublier le poids du dossier israélo-palestinien

L’ambassadeur de France en charge de l’UPM a aussi listé les dossiers épineux qui attendent le Secrétariat général. « Plusieurs dossiers vont poser problème au fur et à mesure du développement de l’Union. Il y a les migrations, le financement des projets ainsi que l’agriculture car il va être de plus en plus difficile de défendre une zone de libre-échange économique qui exclurait les produits agricoles. » A ces points de discorde, s’ajoute aussi l’une des conséquences de la crise financière qui se traduit par la montée en puissance, dans la rive Nord, des volontés gouvernementales de relocaliser les activités économiques et de restreindre les délocalisations. Des délocalisations dont on pourtant besoin les pays de la rive sud de la Méditerranée et qui pourraient s’inscrire dans un partenariat gagnant-gagnant au sein de l’UPM.

Enfin, l’autre grand problème auquel est confronté l’Union pour la Méditerranée reste la question palestinienne. « On ne peut pas faire abstraction du conflit israélo-palestinien » met en garde Nassif Hitti tout en récusant une « politisation à l’inverse » de ce dossier qui consisterait, au sein de l’UPM, à ne plus avoir recours au langage onusien habituel en substituant, par exemple, l’expression consacrée de « Territoires occupés » par celle de « Territoires sous occupation ».

Pour Elisabeth Guigou, il faut attendre la rentrée pour savoir si les pourparlers actuels entre Israéliens et Palestiniens via les Américains vont donner des résultats. « Il faut que l’Europe s’implique plus sur ce dossier. Elle ne peut pas rester en retrait », a-t-elle ajouté. L’Ambassadeur d’Egypte Nasser Kamel est lui aussi conscient de l’importance de cet obstacle. « Nous n’avons pas réussi à isoler le politique de l’économique au sein de l’UPM » a-t-il admis tout en mentionnant le fait que l’intervention militaire israélienne à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009 n’a conduit aucun pays de la rive sud de la Méditerranée à remettre en cause le projet d’Union pour la Méditerranée. Pour la suite, Nasser Kamel, garde toutefois bon espoir et fixe rendez-vous au mois de novembre prochain, date à laquelle devrait se tenir le second sommet de l’UPM. « Ce sera un sommet très important et j’espère qu’il y aura la volonté politique de relancer l’ambition de l’Union pour la Méditerranée. »

(IPEMED)
Lundi 12 Juillet 2010 - 16:01



Lundi 12 Juillet 2010 modifié le Lundi 12 Juillet 2010 - 17:25

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