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L’Horreur, ou le récit d’une descente aux enfers dans les geôles du Polisario







L’Horreur, ou le récit d’une descente aux enfers dans les geôles du Polisario
Abdellah Lamani est un homme ordinaire. Je l’ai rencontré pour la première fois en 2011, au Forum Social Mondial à Dakar et j’ai gardé le souvenir d’un homme aimable, discret, l’œil vif et la parole mesurée. Mais c’est à Tunis à l’occasion de l’édition 2013 du FSM qu’il m’a été donné de l’approcher, d’écouter son récit et de mieux comprendre ce qu’il a enduré dans les geôles du Polisario durant 23 ans. C’est l’horreur.

Il portait le matricule N.CICR 3458 au Centre Rabouni, lui qui gagnait paisiblement sa vie dans une entreprise d’aluminium à Casablanca sous le numéro 123. Sa descente aux enfers a commencé un jour (le 20) du mois août, un jour de canicule, sur la route de Tata, lorsque les 24 passagers de l’autocar de la « SATAS » sont arrêtés par une bande de pillards, cagoulés et armés de fusils automatiques et de lances roquettes. C’est pour Abdellah Lamani et ses camarades de fortune, le début d’un long voyage dans l’horreur des camps de Tindouf et des Centres de détention de Rabouni, du 9 juin, de Hamdi Abba Cheikh et tant d’autres prisons de triste réputation telle l’« Ecole 12 Octobre ».

Le récit d’Abdellah Lamani est plus que le témoignage émouvant des souffrances d’un homme ordinaire qui, dignement, au tournant d’une phrase, ose lâcher quelques mots pour les dépeindre : « Les ampoules qui couvraient mes mains avaient crevé et la chair vive était en contact direct avec la manche de la pioche » (p.23). Ce récit dévoile des aspects inimaginables des atrocités et de pratiques d’un autre âge que vécurent des centaines de marocains et de sahraouis dans les camps de Tindouf et dans les Centre de détention encadrés par le Polisario. Ces Centres n’ont pour raison d’exister que de réduire l’être humain « marocain et sahraoui » à l’état de nature, de le priver de son humanité et sa dignité. « En quelques jours, les vêtements que nous portions ne furent plus que des lambeaux. Nos corps et surtout nos visages étaient devenus méconnaissables à cause de l’épaisse couche de crasse qui les couvrait et, à force de travailler les pieds nus, la crasse a soudé nos orteils et a transformé nos pieds en sabots » (p.24).

Durant les 23 ans, entre août 1980 et 2003, qu’il a passé dans les différentes geôles du « Polisario », Abdellah Lamani a consigné méthodiquement, patiemment, la nuit dans le froid et la peur, des données précieuses sur le système pénitencier et carcéral mis en place. C’est un système où les techniques de torture physique et psychologique ont atteint un degré de perfectionnement des plus élevés, où le fakih délateur et le renégat mouchard sont récompensés, où le gardien psychopathe et le tortionnaire assoiffé de sang humain finissent par détester leur sale besogne (la torture), où le médecin du camp, surveillé en permanence, n’a que faire du serment d’Hippocrate.

Dans le Centre Rabouni (du mot Robinet en français), situé à 26 Km de Tindouf, l’horreur était à son comble. « Quatorze être humains entassés dans une chambre de trois mètres de longueur et deux mètres de largeur » (p.30) dans l’attente d’être interrogés par des officiers du renseignement algérien. Malheur à celui qui proteste et ne courbe pas l’échine. Un énommé Lahcen, originaire de la ville de Tantan, « choqué par l’affreux spectacle de son frère germain supplié et tué devant lui, était devenu hémiplégique et avait perdu la faculté de parler. Le cœur rongé par la tristesse, et l’âme écrasée par l’impuissance, il mourra quelques mois plus tard ». Un autre détenu, au nom de Rouili, « crachait au début du sang ; il crachait ensuite des morceaux de ses poumons ! Et enfin il trouva le repos en crachant son âme » (p.45). Ceux qu’Abdellah Lamani a vu souffrir le martyr après plusieurs mois passés dans les fosses du Centre Rabouni, ou mourir des privations (eau, nourriture, sommeil, repos) et des sévices corporels qu’ils ont endurés à l’« Ecole 12 Octobre » et au Centre El Hanafi (10 km au Sud de Tindouf). Et lorsqu’une Commission du Comité de la Croix Rouge fut autorisée en 1984, par Alger à rencontrer les détenus, un morceau du voile s’est levé sur les atrocités réservées à ces détenus civils, malgré la vigilance des services de la sécurité militaire algérienne et des geôliers du Polisario.

Au-delà des souffrances personnelles et des atteintes quotidiennes aux droits humains, le récit d’Abdellah Lamani nous renseigne sur la politique machiavélique des autorités d’Alger et les effets pervers de leur stratégie déstabilisatrice et belliqueuse dans la zone subsaharienne. Il montre comment le sol algérien s’est progressivement transformé en un nid de mercenaires et un foyer d’endoctrinement idéologique où se fomentent les rébellions et les coups d’état militaires contre les pays de la zone. Le Mali, le Niger, la Mauritanie, le Tchad étaient les premiers visés. C’est dans le fameux Centre El Hanafi, situé à 10 Km au Sud de Tindouf, que les bandes du Polisario venaient se fournir en armes, en munitions et en véhicules militaires, pour attaquer les troupes marocaines. Mais, la leçon donnée à ces bandes par l’armée marocaine lors de la bataille de Lamsayade de septembre 1983 n’était pas assez dissuasive. Plus de 220 morts ont étaient dénombrés dans les rangs du Polisario, de même « les dégâts matériels étaient énormes et de nombreux chars algériens des plus sophistiqués avaient été abandonnés sur le terrain de combat » (p 89)

On comprend mieux on lisant le récit de Abdellah Lamani, comment les autorités d’Alger utilisaient les milliers de touareg, fuyant le nord du Niger et du Mali à cause de la sécheresse, comme moyen de pression sur les pays de la région pour les dissuader de ne point soulever devant les instances onusiennes la question des tracés de frontières avec l’Algérie hérités de l’époque coloniale. Cette même stratégie de dissuasion a été utilisée pour obliger des Etats de la zone subsaharienne à reconnaître l’entité terroriste le « Polisario » et ainsi s’aligner sur la thèse d’Alger. Les services de la sécurité militaire algérienne « séparaient les femmes, les vieux et les enfants. Les adultes étaient emmenés des camps d’instruction militaires avant d’être utilisés pour déstabiliser les pays voisins » (p 17). Cette instruction est destinée « au lavage des cerveaux, tels les longs débats sur les « frivolités », les livres du guide suprême de la révolution (Kadhafi), le livre vert et la troisième théorie mondiale… » (p.34 et 35). Le financement de ces opérations était libyen.

Ce récit nous renseigne également sur la manière dont furent instrumentalisés le concept d’auto-détermination et celui du non-alignement que Cuba et ses satellites en Afrique, et les aimaient clamer et « vendre » au tiers-monde. Invités par des officiers de la sécurité militaire algérienne, les chefs de ces groupuscules et les instructeurs libyens, allemands (de l’Est), cubains et syriens, venaient inspecter les camps et « admirer » les méthodes employées par les geôliers du Polisario : « Plus les traces de la souffrance sur nos corps étaient poignantes, plus leurs visages s’illuminaient de joie ! » (p 56).

Malgré la torture, les humiliations et les privations qu’ils ont subies dans les geôles du Polisario, Abdellah Lamani et ses codétenus marocains, civils ou militaires, sont restés fidèles à leur pays, attachés à ses institutions, à son hymne et à son drapeau. Leurs corps ont été brisés par leurs tortionnaires « polisaroîdes » mais leur volonté et leur patriotisme sont restés intacts.

Dans ce système abominable, Abdellah Lamrani, ce simple électricien, est resté debout, la tête haute et les idées claires : la « confiance en son Roi, dans sa foi et son pays, aura été la lueur qui le maintiendra en survie dans les vingt-trois années de calvaire » (propos du Dr Michel Istre p.4).

Son livre écrit dans la douleur et la souffrance, publié en 2010 sous le titre « L’horreur », s’il est un descriptif détaillé de la « vie » dans les horribles lieux de torture dirigés par les bandes du Polisario, il est aussi un document à verser dans la rubrique « crimes contre l’humanité », et pourquoi pas, à offrir un jour à la présidente (Kerry Kennedy) de la Fondation Kennedy qui a remué ciel et terre et noirci des centaines de pages en guise de rapports sur la question des Droits de l’Homme, juste pour s’assurer des subsides et à cause d’une bousculade dont sa fille fut malencontreusement victime. En effet, « nous n’avons pas les mêmes valeurs » Madame la présidente !!!

Dr Mohammed Mraizika : Chercheur en Sciences Sociales
Directeur du Centre International Interdisciplinaire de Recherche et d’Initiative -Paris


Dimanche 23 Juin 2013 - 10:51



Dimanche 23 Juin 2013 modifié le Dimanche 23 Juin 2013 - 23:46

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