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L’Afrique et l’Europe, vouées à un mariage de raison


Par Chiraz Kefi


L’Afrique et l’Europe ont eu depuis des siècles deux destins croisés, qui ont évolué l’un en fonction de l’autre, qui sont empreints de différends mais aussi d’amours houleuses. Economiquement, l’Europe, grande et imposante qu’elle soit, a toujours lorgné sur l’Afrique et ses ressources naturelles.




L’Afrique et l’Europe, vouées à un mariage de raison
L’Afrique, se croyant forte de ces mêmes ressources, s’est laissée choir dans la médiocrité, en contre partie d’une rente. Entre les deux, s’étend la mer méditerranée, un dénominateur commun géographique. Le Maghreb, de part sa proximité à l’Europe, accapare son attention, non sans provoquer l’inquiétude de l’Afrique Subsaharienne.

Le président Sénégalais a exprimé récemment son inquiétude quant à la création de l’Union pour la Méditerranée qui va probablement couper l’Afrique Subsaharienne de l’Europe, alors qu’il espérait la création des Etats Unis d’Afrique. En réalité, cet échange entre le Nord et le Sud a toujours été emprunt d’irrégularités, mais aussi de déséquilibres. L’Europe parce que développée et pendant des décennies solide, a su imposer ses conditions et ses clauses à un sud gangrené par plusieurs maux : Chômage, corruption, sécheresse, maladies et guerres civiles... L’Europe prend le meilleur de l’Afrique, ce qui en soi, n’est pas condamnable, mais elle ne donne pas le meilleur d’elle-même, ou se trompe sur ce qu’elle croit savoir bon pour l’Afrique.

Mais l’histoire a démontré à l’Europe, que rien n’est impossible et qu'on n'est jamais à l’abri d’un grand coup qui peut mettre à genou les plus grandes puissances. La crise économique de 2008, la faillite de la Grèce, les soucis financiers de l’Espagne et récemment l’irruption du volcan islandais, ont démontré qu’un grand pays aura toujours besoin d’un appui en cas de revers. D’autant que des pôles émergents tels que l’Inde, la Turquie, le Brésil et la Chine sont en voie de devenir de grandes puissances économiques. Ce n’est qu’une histoire de temps. Optant pour des alliances stratégiques avec leurs voisins et offrant une alternative aux pays sous développés, notamment l’Afrique, ces pays sont une menace aux occidentaux. L’Afrique quant à elle bradera ses richesses sans s’enrichir durablement. Elle aura besoin de l’expérience européenne en matière d’éducation, de santé et d’environnement. Cette Europe, qui historiquement a été très présente en Afrique, la conaissant mieux que personne.

A cet égard, il est devenu indispensable de repenser la coopération entre l’Europe et l’Afrique, pour qu'elle devienne plus équitable, dans un esprit gagnant-gagnant, offrant plus de perspectives à l'Afrique et plus de volonté de sa part à améliorer sa situation. Il n’est plus de ce temps de tirer sur la corde et de ne penser qu’à son propre intérêt, parce que d’un côté, d’autres pays sont entrés en lice, et de l'autre, l'Afrique a progressé et est devenue consciente de ce qu’elle peut offrir et de ce qu’elle désire recevoir.

Les accords de partenariat économique, une notion à redéfinir

Dans cette optique, le magazine Réalités, a organisé son forum international, à Hammamet sous le titre : L’Europe, le Maghreb et l’Afrique : Pour un nouveau partenariat Global. Cette rencontre qui a eu lieu le 28 et 29 avril, a réuni des figures de marque dans le monde de l’économie, la politique, la diplomatie, et des experts de tout bord. Le Français, Jean Louis Guigou, Délégué général de l’Institut de prospective économique du monde méditerranéen, a proposé de s’incliner tout d’abord, sur le pourquoi d’une restructuration de cette coopération, pour ensuite savoir comment réaliser ce projet. Il a évoqué la raison de l’Amérique qui s’occupera de son unique challenger, la Chine, laissant l’Europe menacée de déclin et l’Afrique menacée de pillage. « Le moment est opportun pour reconstruire une nouvelle relation Afrique-Europe », a-t-il dit. Avant d’ajouter : « Au lieu d’exploiter la main d’œuvre et les matières premières et de délocaliser les industries polluantes, construisons un modèle nouveau qui comporte le partage de la valeur ajoutée, le respect des préférences environnementales et sociales, la convergence des valeurs politiques, la solidarité et la coopération au lieu de la concurrence ». Un beau discours qui requiert beaucoup de conscience. Celle des peuples. Un dessein qui n’aboutit que si la société civile se montre favorable à cette dynamique, et qu’elle prête main forte. Parce qu’elle est l’acteur majeur de cette nouvelle vision. Parce que les chefs d’entreprises et les collectivités sont plus enclins à opérer un changement positif, quand il promet des gains et préserve les intérêts, ce sont eux qui entreprendront ce changement, qui créeront la dynamique necessaire.

Radhi Meddeb, Président directeur général de Comète Engineering, a rappelé que : « Ce projet nécessite une appropriation par tous. Non un projet décidé par des élites intellectuelles quelque part dans le monde et apportés aux peuples. Rien ne se fera sans les peuples de la région, sans les hommes et les femmes de la région qui manifesteront une volonté de mettre en œuvre cette vision ». Mais pour l’instant la situation est complexe.

L’Afrique obéit aux accords de partenariat économique, qu’elle découvre à postériori ne répondant pas à ses attentes. Les africains ont du mal à comprendre, pourquoi, dans un accord contractuel, il existe plus de conditionnalité qui met à mal leurs propres intérêts dans le cadre de ces échanges. « Je cite à titre d’exemple : Il arrive que l’Europe suspende une négociation commerciale quelconque avec un pays africain, pour une raison subjective, alors qu’elle est dans le devoir de présenter des preuves condamnant le pays accusé, sans quoi, elle devrait être sanctionnée. C’est ce que stipule les accords de partenariat économique. Mais visiblement, cette exigence n’est pas respectée par l’Europe », déplore Al Hadji Diouf, Directeur du programme sur les accords de partenariat économique (APE) et le Régionalisme au Centre international pour le Commerce et le développement durable au Sénégal.

Voilà l’un des reproches que fait l’Afrique à l’Europe. Alors que cette dernière vit un ralentissement inquiétant de sa croissance, l’Afrique se construit en s’appuyant sur ses ressources naturelles qui sont plus une menace qu’une aubaine. Karl Marx l’avait prédit, les pays rentiers demeurent sous-développés parce qu’ils ne créent pas de valeur ajoutée. C’est pourquoi la carte de la coopération Afrique-Europe se présente désormais comme une chance de renforcer les deux camps.

De Villepin : " Il faut plus de souplesse de la part de l'Europe"
« Aujourd’hui, face aux bouleversements du monde, l’Europe, le Maghreb et l’Afrique subsaharienne sont face à un choix crucial : soit s’associer et devenir l’une des colonnes essentielles du monde de demain, soit au contraire, se diviser et être relégué au rang de périphérie de la mondialisation », affirme hier dans son discours, Dominique de Villepin, ancien premier ministre français.

Mais pour cela il existe plusieurs défis à relever notamment dans le secteur de l’agriculture, la santé, la prospérité partagée, et les migrations : « Il faut qu’il s’agisse d’un partenariat entre égaux. Il faut plus d’implication de l’ensemble des acteurs africains. Il doit s’agir d’un partenariat entre les peuples et je veux insister sur le rôle des femmes africaines dans le développement et le renouveau de ce continent », ajoute de Villepin. Qu’en est-il alors du rôle du Maghreb dans cette stratégie ? « Le rapprochement de l’union du Maghreb Arabe initié en 1989 est à présent bloqué depuis près de 15 ans. Le commerce inter-régional ne représente pas plus de 1.5% du commerce extérieur des pays de la zone. Si l’union maghrébine existait, elle aurait fait gagner aux cinq pays une valeur ajoutée annuelle de l’ordre de 15 milliards d’euros par an, soit l’équivalent de 5% de leur PIB cumulés », répond l’ancien premier. Il a également rappelé le rôle de l’autoroute « transmaghrébine » qui pourrait devenir le nerf de l’économie de la région. Et le rôle de l'Europe dans ce processus d'ouverture? " Je n'hésite pas à le dire, il faut dans cette relation plus de souplesse de la part de l'Europe et en particulier de la Commission Europénne, lorsqu'il s'agit de la négociation sur le degré et le rythme d'ouverture du marché africain ".

Les défis qu’attendent les deux continents sont de taille, mais tous les participants sont unanimes : Chacun doit y mettre du sien pour faire aboutir ce rêve. L’Europe et l’Afrique y gagneront si elles sont disposées à sceller un mariage de raison, qui précise à chacune, ses devoirs et qui lui préserve ses droits. Après tout, ne dit-on pas que pour réussir une union, il faut regarder dans la même direction ?
Samedi 1 Mai 2010 - 00:29



Samedi 1 Mai 2010 modifié le Samedi 1 Mai 2010 - 01:15

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