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Israël-Iran : le face-à-face nucléaire


Samedi 7 Avril 2012 modifié le Dimanche 8 Avril 2012 - 11:06

Le 13 avril, l'Iran doit reprendre les pourparlers avec les grandes puissances sur son programme nucléaire. Il sera question de nucléaire civil, d'inspections et de sanctions. Des sujets d'une grande importance trotteront dans toutes les têtes: les menaces de frappes proférées par Benyamin Nétanyahou et les armes nucléaires d'Israël, secret le moins bien gardé du Proche-Orient.




L'installation nucléaire de Dimona où travaillait Mordechai Vanunu, l'employé qui a coulé l'information au Sunday Times de Londres sur l'accession d'Israël dans le club des pays détenteurs de l'arme atomique. C'était en 1986. Près de 30 ans plus tard, Israël entretient toujours le doute sur l'état de son arsenal.
L'installation nucléaire de Dimona où travaillait Mordechai Vanunu, l'employé qui a coulé l'information au Sunday Times de Londres sur l'accession d'Israël dans le club des pays détenteurs de l'arme atomique. C'était en 1986. Près de 30 ans plus tard, Israël entretient toujours le doute sur l'état de son arsenal.
Pendant que l'Iran subit des sanctions, Israël entretient le flou sur ses armes nucléaires.

Les réponses de Mordechai Vanunu au courriel de La Presse sont télégraphiques. «Puisque je ne suis pas libre de quitter Israël, je ne suis pas disposé à parler du désarmement au Moyen-Orient. Je vous parlerai un jour au Canada lorsque je serai libre.»

Aujourd'hui tombé dans l'oubli, M. Vanunu s'est rendu célèbre en 1986 en accordant une entrevue explosive au Sunday Times de Londres.

Dans cette entrevue, il a affirmé qu'Israël possédait au moins une centaine d'ogives nucléaires. Employé de l'installation nucléaire de Dimona, il a dévoilé des photos, prises en secret, des installations du pays.

Des experts, saisis de ces révélations, ont estimé qu'Israël avait la capacité de produire cinq nouvelles armes nucléaires par année. Les propos-chocs du technicien ont aussi démontré que l'État hébreu avait réussi à devenir la sixième force nucléaire mondiale, juste après les cinq grandes puissances: les États-Unis, la France, la Russie, la Chine et la Grande-Bretagne.

Sous le signe de l'ambiguïté

Les autorités israéliennes n'ont jamais confirmé ou infirmé les informations dévoilées par Mordechai Vanunu. Ce dernier, enlevé à Rome par des agents de la police secrète israélienne, le Mossad, a passé le plus clair des 25 dernières années en prison après avoir été déclaré coupable de trahison.

Aujourd'hui, Mordechai Vanunu, 58 ans, n'est plus derrière les barreaux, mais n'a toujours pas l'autorisation de parler aux médias étrangers. Les dernières «indiscrétions» lui ont valu un retour momentané dans une cellule.

La question nucléaire en Israël reste entourée de mystère et le gouvernement entretient rigoureusement la politique de l'«ambiguïté nucléaire». Il reste muet sur son arsenal nucléaire qui, pourtant, pèse lourd dans la balance de la sécurité du Moyen-Orient, notamment dans la guerre de mots qui fait rage entre Israël et l'Iran.

Les journalistes israéliens qui s'intéressent à la question sont lourdement censurés. «Chaque article doit être soumis à la censure militaire pour inspection», note Michael Karpin, journaliste de renom en Israël qui a, plus que tout autre, réussi à retracer l'histoire de la bombe nucléaire israélienne.

Dans un documentaire et un livre dont il est l'auteur, La bombe dans le sous-sol, Michael Karpin, qui a interviewé Shimon Peres, explique comment Israël a reçu l'aide technique de la France, qui avait besoin de son soutien dans la crise du canal de Suez en 1956, pour bâtir l'arme ultime. Et ce, à l'insu des États-Unis.

Lors de la diffusion du documentaire en 2001, plusieurs avaient lu dans les surprenantes déclarations de Shimon Peres une mise en garde à l'Irak de Saddam Hussein qui, à l'époque, inquiétait Israël.

Mais depuis cette petite exception dans sa politique d'ambiguïté, Israël est revenu au silence. L'État hébreu estime que sa position ambivalente suffit à dissuader ses principaux ennemis d'attaquer Israël.

L'effet dissuasif a jusqu'à maintenant eu le résultat escompté, estime Michael Karpin. «Après coup, personne en Israël n'est en désaccord avec le fait que la politique d'ambiguïté fonctionne. Je ne peux pas voir de signes que le gouvernement israélien est prêt à changer son approche», explique M. Karpin dans un échange de courriels.

Irritant régional

La politique israélienne en matière nucléaire irrite cependant au plus haut point ses voisins du Moyen-Orient, dont l'Iran. Le pays, qu'Israël menace d'attaquer pour freiner la construction d'une bombe atomique, fait l'objet d'importantes sanctions de la part de la communauté internationale à cause de son propre programme nucléaire.

«L'Iran, qui est membre du traité de non-prolifération, estime que les armes nucléaires d'Israël sont illégales. Tel-Aviv devrait rendre des comptes et toutes ses installations nucléaires devraient faire l'objet d'inspections par l'Agence internationale de l'énergie atomique», souhaite le chargé d'affaires de l'ambassade de la République islamique d'Iran à Ottawa, Kambiz Sheikh-Hassani.

Il montre aussi du doigt plusieurs pays, dont la France et les États-Unis, qui ont porté assistance à Israël dans le développement de son armement nucléaire, et ce, en violation de leurs obligations internationales.

Cette apparence de politique de deux poids, deux mesures qu'adopte la communauté internationale à l'égard d'Israël et de l'Iran fait depuis des années les choux gras de la presse des pays du Moyen-Orient.

Ex-diplomate spécialisé dans les questions de désarmement, Trevor Findlay, aujourd'hui chercheur émérite au Centre en innovation dans la gouvernance internationale (CIGI), croit que la réponse se trouve en partie dans la loi internationale. «Israël, comme la Corée du Nord, n'est pas dans le traité de non-prolifération et, du coup, ne viole pas le droit international [en possédant la bombe]. L'Iran, pour sa part, fait partie du traité et n'a pas le droit d'acquérir la bombe», explique-t-il.

Il ne nie pas cependant qu'il puisse sembler douteux, en matière d'éthique, pour un pays qui n'est pas signataire d'un traité de jouer le rôle de justicier à l'égard d'un autre. «Certains pourraient dire qu'il y a une certaine hypocrisie dans la position d'Israël qui dit qu'il peut avoir la bombe, mais que personne d'autre ne peut l'avoir», note Trevor Findlay.


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LA BOMBE DU POÈTE

La plupart du temps absente des médias occidentaux, la question du nucléaire israélien a ressurgi cette semaine. Lauréat du prix Nobel de littérature en 1999, le romancier et dramaturge allemand Günter Grass a publié mercredi un poème sur la question dans le journal Suddeutsche Zeitung.

Dans le poème intitulé Ce qui doit être dit, l'auteur de 84 ans affirme que la bombe nucléaire israélienne est une plus grande menace à la paix mondiale que le programme nucléaire iranien et dénonce le gouvernement allemand qui, en vendant des sous-marins à l'armée israélienne qui menace d'attaquer l'Iran, risque de devenir le «sous-traitant d'un crime annoncé». Le poème a été vertement critiqué dans les médias allemands, ainsi qu'en Israël.

Plusieurs ont rappelé que l'auteur a avoué en 2006 avoir été conscrit dans une unité des forces hitlériennes pendant la Seconde Guerre mondiale.

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LE NUCLÉAIRE ISRAÉLIEN: LE RÊVE DE BEN-GOURION

Auteur de La bombe dans le sous-sol, titre d'un livre et d'un documentaire qu'il a consacrés à l'obtention par Israël de l'arme nucléaire, Michael Karpin explique que dès la fondation d'Israël, David Ben-Gourion, alors premier ministre du pays naissant, voulait se doter de l'arme ultime pour décourager les attaques des voisins arabes. L'idée lui serait venue pendant la Seconde Guerre mondiale, au moment où, pendant qu'il visitait les restes des camps de concentration nazis, les États-Unis ont gagné la guerre contre le Japon grâce à l'arme nucléaire.


Samedi 7 Avril 2012 - 23:59

Source La Presse




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