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Invitons les musulmans à leur autocritique !


Jeudi 15 Avril 2010 modifié le Vendredi 16 Avril 2010 - 09:41

Au cours des derniers mois, l’islam et les musulmans de France se sont retrouvés de plus en plus dans l’« œil du cyclone » !

Tout d’abord, il y a eu le débat sur le « voile intégral » lancé en mai 2009. L’emballement médiatique qui s’est ensuivi et la tournure prise par le débat ont donné lieu à des amalgames qui ont stigmatisé toute une religion.




Invitons les musulmans à leur autocritique !
Puis est venu le débat sur l’« identité nationale » lancé en novembre 2009. Ce débat se voulait digne, noble et serein sur les valeurs qui unissaient les Français et qui forgeaient leur destin commun. Malheureusement, il s’est peu à peu focalisé sur la question de l’immigration dans la société française pour se cristalliser sur celle de l’islam et des musulmans dans l’identité française.

Enfin, pour couronner le tout, il y a eu cette polémique sur les « Quick halal » ainsi que l’affaire de la « candidate voilée » aux dernières élections régionales.

Il est incontestable que certains « dérapages » ont pu être commis ici ou là dans le cadre de ces différents débats. Cependant, personne ne peut ignorer l'élan de solidarité fraternelle qui s'est manifesté à l'égard des musulmans de France par de nombreux concitoyens, au-delà de leur appartenance politique ou de leur conviction religieuse.

Ces péripéties ont toutefois été « le révélateur » d’un malaise plus profond, le « thermomètre » qui mesure une certaine poussée de fièvre… et ce n’est pas en cassant le thermomètre que nous ferons baisser la température !

Le Rassemblement des musulmans de France formule le vœu que cette année 2010, malgré ses débuts houleux, marque enfin le retour à la sérénité et à la lucidité quant à la place de l’islam et des musulmans dans les sociétés européennes en général... et dans la société française en particulier.


Vers un regard positif, serein et lucide sur la place de l’islam
Tout le monde s’accorde sur la prédominance de la tradition judéo-chrétienne en France. Mais tout le monde reconnaît également que le principe de la laïcité fait de la France une République totalement neutre envers les religions et entièrement indépendante de toute conception théologique. La France assure donc à tous les citoyens la liberté de croire ou de ne pas croire, de pratiquer ou de ne pas pratiquer une religion.

Par ailleurs, l’apport de nos concitoyens de confession musulmane se confirme de jour en jour. Cette contribution positive s'illustre à plusieurs niveaux et dans plusieurs domaines : économique, politique, scientifique, culturel, sportif, artistique…

Ne faudrait-il pas reconnaître enfin l’apport positif de l’islam et des musulmans à la France ? Malgré les turbulences, la France des droits de l’homme ne peut se renier ! Plus que jamais, la devise de la République doit rester « Liberté, Egalité, Fraternité » :
− liberté de croyance pour tous les citoyens ;
− égalité entre tous les citoyens, au-delà de leur origine ou de leur religion ;
− fraternité entre les différentes composantes de la communauté nationale, y compris pour sa composante musulmane.

Les musulmans de France n’aspirent qu’à vivre sereinement et paisiblement leur spiritualité, en évitant toute provocation et en refusant toute stigmatisation.

Les musulmans sont en droit d'exiger la reconnaissance et le respect de la mémoire de leurs coreligionnaires tombés sur le champ d’honneur pour que la France soit libre et le demeure.

Ils sont en droit d’exiger la reconnaissance de leur contribution citoyenne, par leur travail et leurs sacrifices, comme tous les autres citoyens, à la construction et à la prospérité de leur pays.

Ils sont en droit de revendiquer que leur citoyenneté ne puisse être assimilée à une citoyenneté de second plan ni faire l'objet d'une quelconque remise en cause.



De la victimisation à l’autocritique constructive
Concernant les musulmans eux-mêmes, et à travers les péripéties des débats actuels, il y a tout de même une question qui devrait nous interpeller en tant que musulmans ! Comme l’a souligné le président de la République dans une tribune publiée dans Le Monde : « Pourquoi en Suisse, pays qui a une longue tradition d’ouverture, d’hospitalité, de tolérance, un tel rejet peut-il s’exprimer avec tant de force ? »

La même question pourrait être transposée pour la France : « Pourquoi en France, pays qui a une longue tradition d’intégration, d’hospitalité, de tolérance, de telles peurs peuvent-elles s’exprimer avec tant d’inquiétude ?» La réponse doit peut-être venir également des musulmans eux-mêmes !

En effet, ceux-ci assurent-ils une cohérence entre leurs actes et leurs paroles ? Sont-ils à la hauteur des valeurs et de l’éthique qu’ils portent et qu’ils défendent ?

Au-delà des clichés et des préjugés que certains médias malintentionnés peuvent colporter, au-delà des attaques et des campagnes que certains milieux islamophobes peuvent développer, les musulmans ne peuvent rester insensibles aux peurs et aux inquiétudes exprimés dans les débats actuels par certains de leurs concitoyens. Les musulmans doivent s’interroger sur l’image qu’ils projettent dans la société !

En définitive, les musulmans ne peuvent se dédouaner de leur propre part de responsabilité dans l'existence et le développement de ces sentiments, même si ceux-ci sont souvent irrationnels. Les musulmans ont besoin d’une revivification de leur religion et de la réforme de leur pratique !

Certes, ce renouveau ne peut concerner les principes immuables de l'islam. En revanche, il peut concerner les aspects qui se prêtent à l'effort intellectuel (ijtihad) pour répondre aux variations et au changement de l'environnement. Cet effort correspond à une action de contextualisation dans le temps et dans l'espace, pour le respect de l’esprit de la religion et l'ajustement de son application dans une société et une réalité en perpétuel développement et transformation.

Les musulmans ont également besoin d’ouverture ! Ils ont besoin de s'ouvrir à la société dans laquelle ils vivent ainsi qu'à toutes ses composantes religieuses, culturelles, syndicales, politiques, etc. Ils doivent également s’ouvrir à leurs collègues de travail et à leurs voisins dans leur quartier, dans leur entreprise, dans leur école, etc.

Une telle ouverture à l’autre ne peut avoir que des retombées positives pour tout le monde.



Epilogue
Prenons conscience de part et d’autre ! Que chacun contribue à faire tomber les murs et les barrières, à apaiser les peurs et les angoisses. Que chacun donne tous leurs sens aux valeurs de respect et de fraternité.

Il y va du maintien de la cohésion nationale et de la concrétisation du « vivre-ensemble » auxquels tout le monde aspire dans ce beau pays qu’est la France.


* Anouar Kbibech est président du Rassemblement des Musulmans de France(RMF) et secrétaire général du Conseil français du culte musulman (CFCM).
Jeudi 15 Avril 2010 - 22:01

Par Anouar Kbibech*





1.Posté par Dan le 28/04/2010 11:54 | Alerter
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Merci à Anouar Kibchech pour ce texte tout à fait intéressant, et auquel j'adhère pour une bonne part, en apportant quelques compléments :
1. il y a une difficulté d'expression lorsqu'on utilise « les musulmans », « les catholiques », « les juifs »… Car chacun de ces termes reflète des réalités extraordinairement différenciées. Personnellement, je suis beaucoup plus proche de certains musulmans soufis que des catholiques de la fraternité saint Pie X, ou même de beaucoup des catholiques classiques. J'apprécie énormément le courage des juifs libéraux, et je ne supporte pas le sionisme militant qui dirige l'État d'Israël aujourd'hui. Ainsi, il est très difficile de parler d'une catégorie aussi vaste et aussi différenciée que ceux qui se réclament, plus ou moins, de façon culturelle ou de façon religieuse, d'une religion.
2. Merci d'insister sur la responsabilité de chacun. Lorsque je suis à l'étranger et que je vois une bande de français qui se tiennent mal, qui font du bruit, marchandent à mort avec des commentaires méprisants pour le vendeur, je suis très malheureux. Et je considère qu'ils ont une part de responsabilité dans l'image des Français à l'étranger. Lorsque des prêtres catholiques commettent des actes inqualifiables, ils portent une vraie responsabilité qui rejaillit, au moins sur le plan des médias, sur tous les catholiques. Même si ceux-ci n'y sont pour rien, et même si la plupart des prêtres sont de bonne volonté et n'ont rien à voir avec ces pratiques. Mais il est nécessaire de s'interroger sur la religion dont ils sont les ministres, sur la vision de la sexualité dans cette religion, sur la manière dont se fait la supervision de ces hommes, trop souvent laissés seuls par leur hiérarchie.
3. Quand je vais dans la boutique hallal de mon quartier, j'y suis en général très bien accueilli, nous plaisantons ensemble, et je retrouve l'accueil méditerranéen. En revanche, dans certaines boutiques kasher du 20e arrondissement, j'ai l'impression de ne pas être le bienvenu. N'en tirons pas de conclusion générale, si ce n'est que chacun contribue à l'image.
4. Pour revenir à la législation, rappelons-nous que dans un pays comme la France, où la majorité de la population était plus ou moins catholiques au moment où ces lois ont été votées, le divorce, interdit par l'église, a été légalisé. L'avortement, considéré comme un crime par l'église, est légal. La contraception, officiellement bannie par l'encyclique Humanae Vitae, est non seulement autorisée, mais organisée et soutenue par les pouvoirs publics, avec raison d'ailleurs selon moi. Doit-on en conclure que la « communauté catholique » est stigmatisée ? Que la religion catholique n'est pas acceptée en France ? Si l'on compare l'avortement avec le voile, il me semble que la contradiction entre la loi de la république et les préceptes religieux est beaucoup plus violente envers la doctrine officielle catholique qu'envers la doctrine officielle musulmane, doctrine beaucoup plus souple en général, et qui ne fait pas du voile une obligation.
5. Chaque religion doit balayer devant sa porte. Ce qui s'est passé à Hassi-Messaoud ces jours derniers, et en 2002, au nom de la religion, avec l'encouragement d'un clerc local, relève du crime. Ces gens font beaucoup plus de mal à l'islam que l'interdiction du voile. Lorsqu'au Pakistan ou en Irak des pogroms sont organisés contre les chrétiens, et que les protestations sont discrètes dans le monde musulman, cela stigmatise beaucoup plus l'islam que tous les articles sur la burqa. L'émir Abdelkader avait pris la défense des chrétiens à Damas. Nous attendons les nouveaux émirs Abdelkader.
6. Ce qui est préoccupant, c'est l'emballement médiatique dès qu'il y a une affaire aussi ridicule que les 22 € de la contravention, suivie d'une conférence de presse organisée par ??? Rien n'obligeait les médias à reprendre les déclarations de M. Hortefeux. Rien n'obligeait « Métro » à faire sa une du lundi 26 avril avec une grande photo de burqa et à faire les trois premières pages du journal sur ce thème : est-ce le gouvernement qui a obligé « Métro » à traiter le sujet de cette façon au lieu d'en faire un fait divers ? Et il en est de même de la plupart des médias. Il serait bon que le CFCM ait une réflexion avec les médias pour éviter que la classe médiatique, qui représente le vrai pouvoir en France, n'instrumentalise l'adaptation de l'islam à la république pour en faire un sujet « vendeur ». Il serait bon de confier à un étudiant en journalisme de conviction laïque une analyse des médias depuis la contravention, en comparant par exemple les surfaces consacrées à ce sujet, et les temps de parole à la radio et la télévision, à la crise grecque (qui met l'Europe en danger), au débat sur les retraites, à la régulation financière et à l'opération Goldmann Sachs, à la difficile émergence d'un gouvernement en Irak, à l'occupation et à la colonisation israélienne en Palestine occupée, à la crise belge. Il me semble que l'on verrait la disproportion, et que cette disproportion a un sens : un certain nombre de journalistes veulent faire de ce sujet un thème prioritaire de débat, parce qu'il renvoie à de multiples fantasmes, et parce qu'il vaut mieux, pour faire de l'audience, souffler sur les braises - quelles que soient les conséquences. Mais aussi parce que les autres en parlent !
7. Je pensais qu'il était interdit de conduire avec une cagoule, d'être dans l'espace public avec une cagoule. Que dit le conseil d'État ?

Encore merci à M. Anouar Kibchech pour sa contribution. Je l'apprécie d'autant plus que je milite de toutes mes forces pour l'intégration réciproque, l'apprentissage par chacun des cultures de la Méditerranée, des musiques, des littératures et du cinéma, les invitations réciproques à dîner ou déjeuner, les loisirs en commun, la participation aux mêmes associations, plus qu'à des associations cultuelles. Je constate que cela marche bien, dans beaucoup d'endroits, malgré les difficultés sociales, linguistiques, que rencontrent nombre de nos compatriotes venus de l'autre côté de la Méditerranée.


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