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Interventions en Afrique, activisme au Moyen-Orient: la France nouveau "faucon"


Vendredi 15 Novembre 2013 modifié le Samedi 16 Novembre 2013 - 01:03




En première ligne en Libye et au Mali, va-t-en guerre en Syrie, intransigeante dans le dossier iranien: la France, longtemps critique du rôle de gendarme joué par les Etats-Unis, est devenue le pays occidental le plus interventionniste.

Paradoxe: la France adopte une position "guerrière" inhabituelle sur la scène internationale au moment où elle semble sur le déclin entre difficultés à boucler son budget militaire, perte d'influence économique et apparition de nouveaux acteurs à l'instar du Qatar, de l'Inde ou du Brésil.

"La France a montré qu'elle était devenue ces dernières années le plus faucon des pays occidentaux sur les dossiers au Proche-Orient et dans la région", résume Hussein Ibish, analyste à Washington du groupe de réflexion American Task force on Palestine.

L'expert rappelle que la France a "poussé pour une intervention en Libye" en mars 2011, a "envahi et sauvé le Mali" au début de l'année, "était la plus enthousiaste à l'idée de frappes contre les sites d'armes chimiques en Syrie" en août. "Et sur l'Iran, elle a refusé d'accepter ce qu'elle n'a pas hésité à appeler un +jeu de dupes+" le week-end dernier à Genève, lors des négociations sur le programme nucléaire iranien. Paris avait alors pesé de tout son poids pour convaincre Européens et Américains de la nécessité de demander plus de concessions à Téhéran.

"Qu'on s'en félicite ou le déplore, la France ne joue plus le même rôle qu'hier sur la scène internationale", résumait cette semaine l'éditorialiste Bernard Guetta dans le quotidien français Libération. Elle est devenue sous les présidences de Nicolas Sarkozy et François Hollande "le plus attaché des pays de l'Alliance atlantique à défendre la sécurité, les principes et les intérêts du monde occidental".

Pendant près de 50 ans, la politique étrangère de la France avait suivi la doctrine établie par le général Charles de Gaulle. Sa "certaine idée de la France" plaçait à bonne distance les géants soviétique et américain, et Israël. Ce non-alignement a perduré sous le président socialiste François Mitterrand et culminé en 2003 lors du "non" de Jacques Chirac à l'invasion de l'Irak de Saddam Hussein.

Il y a dix ans, les Républicains américains criaient au boycott de la France et qualifiaient les Français de "singes capitulards bouffeurs de fromage". Paris, en phase avec Moscou, dénonçait en Washington le "gendarme du monde". Aujourd'hui, l'influent sénateur américain John McCain tweete "Vive la France" après les négociations à Genève. Que s'est-il passé entre-temps ?


"Des ambitions mais des moyens limités"

La gestion offensive - similaire - de Nicolas Sarkozy et François Hollande a accompagné un renouvellement de générations au ministère des Affaires étrangères, dans l'armée et les services secrets. La nouvelle a grandi dans la foulée des attentats du 11 septembre 2001 à New York et fait ses armes dans la lutte antiterroriste, notamment en Afghanistan et au Sahel.

Paris a aussi profité en partie du "vide" relatif laissé par les Etats-Unis au Moyen-Orient. Après une décennie de guerres lancées par George W. Bush en Afghanistan et en Irak, son successeur Barack Obama a organisé le retour à la maison des GI's, favorisant une politique de "repli sur soi".

"Les pays comme la France connaissent très bien l'équilibre des pouvoirs au Proche-Orient et ils veulent protéger leurs intérêts", souligne Alireza Nader, expert du centre de réflexion RAND. "Il ne s'agit pas seulement du programme nucléaire (iranien) mais également de calculs de pouvoir et d'équilibre. La France protège la sécurité d'Israël mais a aussi des liens étroits avec l'Arabie saoudite et les pays du Golfe", dit-il.

En août, la Syrie a toutefois brutalement ramené les Français au principe de réalité. Après la mort de 1.500 personnes tuées par des armes chimiques près de Damas, la France pensait avoir convaincu les Etats-Unis de lancer des frappes sur les installations militaires syriennes. Mais une reculade à la dernière minute de Barack Obama a laissé François Hollande seul en première ligne, l'obligeant à baisser son pavillon.

Cruel constat de l'analyste arabe Mustapha Al-Ani du Gulf Research Centre: la France "n'a pas les moyens de sa politique" car sa diplomatie "reste tributaire de la politique des Etats-Unis". Directeur de l'institut politique Issam Fares, Ramy Khory, tempère ce jugement: "La France ne pourra pas jouer un rôle aussi important que les Etats-Unis au Proche-Orient, mais elle peut très certainement (y) jouer un rôle dynamique, efficace et constructif".


Vendredi 15 Novembre 2013 - 18:16

Source AFP




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