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Intensité et maturité dans la relation France-Maroc




« La crise est vraiment derrière nous... » C'est le grand message politique que l'Elysée tente de véhiculer à la veille de la visite de François Hollande à Tanger ce weekend. Sa rencontre avec le Roi Mohammed VI sera la seconde depuis que les deux chefs d'Etat avaient décidé lors d'une rencontre à l'Elysée de clore définitivement les longs mois de brouille et de froid diplomatique entre les deux pays.

Par Mustapha Tossa




Cette période semble si lointaine. De nombreuses visites de responsables français, à commencer par Manuel Valls, Premier ministre, ou Laurent Fabius, ministre des Affaires étrangères ou Bernard Cazeneuve, ministre de l'intérieur. Aujourd'hui, l'Elysée ne voit dans la relation avec le Maroc qu'une dynamique positive chargée de servir "les intérêts de deux pays et de leurs régions respectives". La certitude française sur le sujet est inébranlable: "On est vraiment dans une logique de partenariat, chacun a sa valeur ajoutée."

Le constat français actuel est des plus limpides : " la crise que la France et le Maroc ont traversée en 2014 avait des facteurs objectifs. » Et de tirer la grande leçon de cette brouille diplomatique qui avait permis aux deux partenaires de se jauger et de se connaître davantage est que les deux pays ont franchi un nouveau seuil dans la nature des liens qui les attache. L'aveu français sur le sujet est parlant. L'entourage de François Hollande le souligne avec un grand réalisme : " Ce qui est important dans cette nouvelle phase c'est que la relation n'a rien perdu en intensité mais a gagné en maturité ...je pense qu'il n'y a plus de soupçons d'un quelconque paternalisme du côté français envers nos amis marocains".

Sur le Maroc et ses perspectives politiques, le constat français est d'une grande lucidité. L'entourage diplomatique de François Hollande n'a pas la voix qui tremble quand il assène ses vérités qui vont encore étoffer la légendaire exception marocaine : "Le Maroc est un cas particulier dans le monde arabe pour plusieurs raisons sur le plan politique ...Il n'y a pas beaucoup de pays dans le monde arabe dont on peut dire que le chef d'Etat est probablement plus populaire et plus solide qu'il ne l'était en 2011"

Cette performance marocaine repose aussi selon l'actuelle vision française sur un fait particulier : " l'intégration de l'Islam dans le jeu politique qui a été très visible lors des dernières élections locales et régionales ...le Maroc est aussi le seul pays du monde arabe où vous avez un islamiste à la tête du gouvernement", rappelle -t-on dans l'entourage du président français.

Pour Paris, le Maroc, qui est lié à l'Europe par un statut avancé depuis 2008, s'est imposé comme " le premier investisseur en Afrique occidentale avec une diplomatie qui monte en puissance en Afrique " . Et donc il est tout fait normal qu'il " commence à jouer un rôle assez naturel de Hub, de pont entre l'Europe et l'Afrique."

Cette stabilité et ses ambitions politiques du Maroc ne sont pas le fruit du hasard selon la lecture de Paris. Il y a deux singularités qui distinguent l'expérience marocaine le premier est d'ordre religieux : " A travers l'institution de la commanderie des croyants dans laquelle se retrouve l'écrasante majorité des différentes composantes de la société marocaine y compris les islamistes (...) Le Maroc prône l'islam du juste milieu. »

La seconde Singularité est économique. Le constat français actuel relève que " l'économie marocaine réduit ses déficits...la croissance progresse ...des réformes structurelles sont engagées ...il y a eu des réformes assez importantes déjà sur le plan fiscal : réduction des subventions favorisées par le contexte positif de baisse des prix des hydrocarbures mais aussi des réformes structurelles. Il y a une incontestable montée en gamme de l'économie marocaine. .."

Sur la visite elle même, le palais de l'Elysée annonce que le Roi Mohammed VI et François Hollande auront trois activités publiques majeures. Ils visiteront les deux grands projets économiques, l'un en chantier, c'est le train à grande vitesse piloté par une entreprise française et l'autre déjà en fonctionnement, c'est le port Tanger Med considérés par Paris comme des "réalisations véritablement structurantes".

La troisième visite du Roi Mohammed VI et de François Hollande concerne un site où les deux chefs d'Etat " poseront la première pierre d'un Institut de formation aux métiers des énergies renouvelables L’occasion de signer l’Appel de Tanger pour la lutte contre le dérèglement climatique et au nom de la présidence française de la Cop21 et de la future présidence marocaine de la cop22 qui aura lieu en 2016 à Marrakech. Paris avait noté aussi un autre fait: "Trois visites de terrain avec le Roi est quelque chose d'exceptionnel ...sans aucun précédent ...il est finalement rare que le Roi signe lui même des déclarations, des documents où des engagements…ça sera pourtant le cas de la déclaration de Tanger."

Au cours de cette visite, François Hollande s'entretiendra avec le premier ministre Abdelilah Benkirane et avec les présidents des deux chambres du Parlement marocain. Il sera accompagné du ministre des Affaires étrangères Laurent Fabius, de la ministre du travail, récemment promue, la franco-marocaine Myriam el Khomri, qui a grandi à Tanger, la ministre de l'Education nationale, Najat Vallaud Belkaçem, d'origine marocaine aussi, du ministre de l'Ecologie, Ségolène Royale, et du ministre chargé des relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.
Jeudi 17 Septembre 2015 - 17:04



Jeudi 17 Septembre 2015 modifié le Jeudi 17 Septembre 2015 - 19:32

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