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Immigration et échec scolaire : Guéant enfin corrigé par l’Insee


Mardi 28 Juin 2011 modifié le Mardi 28 Juin 2011 - 01:09




Sous pression des syndicats de l'institut statistique, les affirmations du ministre de l'Intérieur sur l'échec scolaire des enfants d'immigrés ont été officiellement démenties

Affaire Guéant, suite et fin. On le savait depuis un mois, mais c’est désormais officiel : quand Claude Guéant, au micro d’Europe 1 le 22 mai, a affirmé que deux tiers des enfants en échec scolaire étaient des enfants d’immigrés, il disait n’importe quoi. Quand Claude Guéant, quelques jours après, persistait en affirmant trouver confirmation de ses propos dans une étude de l’Insee, il mentait. Quand Claude Guéant faisait envoyer à Libération par les motards de la République un droit de réponse pour confirmer ses propos, il s’enfonçait… Il ne reste plus au ministre qu’à le reconnaître.

Après un mois d’une bataille de chiffres assez surréaliste, l’Insee vient de délivrer, chose très rare pour l’institut statistique, un communiqué de presse en forme de mise au point. Les immigrés représentent non pas deux tiers des élèves sortant du système scolaire sans qualifications, comme l’a dit - et écrit - Guéant, mais «environ 16%», lit-on dans le communiqué. Il fallait cela pour mettre enfin un terme à ce feuilleton. Et c’est regrettable. Libération avait corrigé à trois reprises le mauvais élève Guéant, qui ne voulait rien entendre. Au contraire, le ministre de l’Intérieur s’était même fendu de deux droits de réponse à Libération. Dans le dernier, daté du 9 juin, Guéant y qualifie notre raisonnement (aboutissant à la même conclusion que l’Insee, à savoir que la bonne proportion était de 16%) d’«exotique».

Si Guéant a pu s’autoriser si longtemps à déformer aussi grossièrement le résultat d’une étude de l’Institut national de la statistique et des études économiques sur le sujet sensible de l’intégration des enfants d’immigrés, c’est parce que l’Insee lui en a laissé la liberté. Aux journalistes qui appelaient l’Insee, il était répondu : «L’institut n’a pas vocation à trancher ces débats.» Toutes nos demandes de contact avec un responsable de l’étude ont été vaines. Un silence dont le cabinet de Claude Guéant a profité sans scrupule : lors des échanges que nous avons eus avec le cabinet sur cette question, il nous a été dit que les correspondants de l’Insee avec lesquels le ministère était en relation validaient la lecture du ministre. Un pur mensonge, comme en atteste aujourd’hui le communiqué.

Il a fallu que les syndicats s’en mêlent. Jugeant que le silence de l’institut en faisait un complice de l’entreprise de désinformation du ministre, et mettait en cause l’indépendance et la réputation de l’institut statistique, les représentants du personnel ont réagi. Dans une déclaration, le 21 juin, ils ont exigé que l’Insee corrige enfin Claude Guéant. Jean-Philippe Cotis, directeur général de l’institut statistique a refusé dans un premier temps de s’exécuter, arguant lui aussi que l’Insee n’avait pas vocation à commenter l’interprétation des statistiques qu’elle publiait. Une position intenable, ont répondu les syndicats, invoquant le code des bonnes pratiques de la statistique européenne, selon lequel «l’autorité statistique, s’il y a lieu, s’exprime publiquement sur les questions statistiques, y compris sur les critiques et les utilisations abusives des statistiques publiques». Et les syndicats de conclure, gravement, que ce silence revenait à une «abdication à la fois vis-à-vis des agents de l’Insee et du débat public».

Lundi en fin de matinée, la direction de l’Insee a finalement cédé. C’est une bonne nouvelle pour le débat public qu’un ministre menteur soit confronté à ses mensonges sans pouvoir se dérober. C’est une bonne nouvelle que l’institut national de la statistique finisse par faire respecter le travail de ses chercheurs. C’est une très mauvaise nouvelle, en revanche, qu’un membre du gouvernement ait ainsi porté atteinte à la réalité des chiffres, et à la confiance que l’opinion accorde à la parole publique.

Mardi 28 Juin 2011 - 00:57

Libération




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