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Gaza, l’interminable châtiment (Libération)


Mercredi 2 Juin 2010 modifié le Mercredi 2 Juin 2010 - 02:14

Après avoir dévasté l’enclave palestinienne avec l’opération Plomb durci, Israël empêche sa reconstruction.




Gaza, l’interminable châtiment (Libération)
Lorsque l’armée israélienne se retire, le 18 janvier 2009, de la bande de Gaza, à la suite d’une offensive militaire de 22 jours, elle abandonne derrière elle un immense désastre. Pas seulement des quartiers en ruines et des villages ravagés mais aussi des champs dévastés, des olivettes déracinées, des routes supprimées, des serres saccagées. Pas seulement des infrastructures civiles anéanties, comme le Parlement ou les principaux ministères, mais aussi des hôpitaux, des commissariats, des mosquées, des casernes de pompiers. La petite zone économique, qui s’était créée à la périphérie de Gaza-ville et offrait quelques milliers d’emplois, a été méthodiquement détruite, de même que la plupart des usines et des ateliers. Comme le dira plus tard Chris Gunness, porte-parole de l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens (Unrwa), «Gaza a été renvoyée non pas à l’âge de pierre mais à l’âge de la boue». Près de 1400 personnes avaient été tuées dans cette offensive, baptisée Plomb durci, en majorité des civils, dont au moins 330 enfants.

Phosphore blanc. Ce n’est donc pas seulement le Hamas que l’Etat hébreu a voulu punir pour ses tirs de roquettes sur le territoire israélien mais une population tout entière, soit un million et demi de personnes. «Des actes assimilables à des crimes de guerre et peut-être, dans certaines circonstances, à des crimes contre l’humanité ont été commis par les forces armées israéliennes», relèvera en septembre 2009 le rapport du juge Richard Goldstone, commandé par les Nations unies. Il fera état aussi de l’emploi d’armes interdites par la Convention de Genève, comme les obus au phosphore blanc tirés sur des zones résidentielles, et même contre une école de l’Unrwa, où s’étaient réfugiées 1 500 personnes, et l’hôpital Al-Qods.

Mais la guerre, jamais déclarée, contre Gaza ne s’est pas terminée avec la fin de Plomb durci. Car, en se retirant, l’Etat hébreu a continué d’employer contre la population une arme aussi destructrice que silencieuse : le blocus militaire de l’enclave. Un blocus qui dure depuis bientôt trois ans et que la population ressent comme un châtiment collectif, comme le souligne encore Goldstone.

C’est ce blocus que la «flottille de la paix» voulait dénoncer en se rendant à Gaza. L’une des premières conséquences de ce siège, c’est qu’il empêche toute reconstruction de Gaza, alors la communauté internationale s’y est engagée lors du sommet de Charm el-Cheikh (Egypte) en mars 2009, attribuant à l’enclave près de 3 milliards d’euros. Impossible, en effet, pour les habitants d’importer le ciment, l’acier ou le bois nécessaire à la construction, pas davantage le verre qui permettrait le remplacement des vitres soufflées par les déflagrations. Conséquence : un infime pourcentage des 3 500 habitations détruites et 56 000 autres endommagées ont pu être rebâties ou réparées.

Courant coupé. Dans un rapport publié le 22 décembre, soit un an après Plomb durci, 16 ONG humanitaires et de défense des droits de l’homme rapportent que les autorités israéliennes n’ont autorisé que l’entrée de 41 camions de matériaux de construction depuis la fin de l’offensive, alors qu’il en faudrait des milliers. Selon les auteurs du rapport, le blocus a également conduit à de fréquentes coupures d’électricité, de gaz et d’eau, avec des conséquences désastreuses sur la vie quotidienne et la santé publique. S’ajoutent les restrictions d’approvisionnement en gaz industriel imposées par Israël, privant 90 % des Gazaouis de courant pendant 4 à 8 heures par jour. Pour Amnesty International, «le blocus asphyxie la population, dont plus de la moitié est constituée d’enfants, dans pratiquement tous les aspects de la vie quotidienne. On ne peut laisser se poursuivre l’isolement et la souffrance dans lesquels elle est de plus en plus plongée.»

C’est en juin 2007 que le blocus militaire a commencé à être imposé à la bande de Gaza en réponse à la prise de contrôle de l’enclave par le Hamas. Dans le même rapport, les ONG soulignent que sa première conséquence a été de fortement aggraver la pauvreté, contribuant à rendre 80% de la population dépendante de l’aide internationale : «Les entreprises et les fermes ont été contraintes de fermer et de renvoyer leurs ouvriers. La quasi-interdiction qui pèse sur les exportations a frappé les agriculteurs de plein fouet.» La situation s’est détériorée avec la guerre qui a dévasté 17 % des terres arables, serres et systèmes d’irrigation. En outre, 30 % des terres arables ont été interdites d’accès et estampillées «zone tampon» par les militaires israéliens depuis la fin de l’offensive.

Ce n’est pas la première fois que les organisations humanitaires payent un tribut à la cause de Gaza. L’un des bateaux de la flottille porte d’ailleurs le nom de Rachel Corrie. Cette étudiante américaine de 23 ans, membre d’une organisation non violente, était morte à Gaza, il y a sept ans, en tentant de barrer la route à un bulldozer de l’armée qui voulait détruire une maison palestinienne. Selon l’enquête de la BBC, elle avait été tuée volontairement par le conducteur de l’engin.
Mercredi 2 Juin 2010 - 02:11

JEAN-PIERRE PERRIN




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