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François Hollande en Tunisie les 4 et 5 juillet


Jeudi 20 Juin 2013 modifié le Vendredi 21 Juin 2013 - 10:48




Hollande avec le président Marzouki
Hollande avec le président Marzouki
C’est décidé, le président français François Hollande va se rendre les 4 et 5 juillet en Tunisie, le pays de la révolution du Jasmin qui attend impatiemment l’adoption d’une nouvelle Constitution, maintes fois reportée.

De source française proche du dossier, Atlasinfo a appris que François Hollande doit prononcer un « important discours sur les transitions politiques » au lendemain de ces "Printemps arabes" dont sont issus les nouveaux régimes tunisien, égyptien, libyen, alors que le sort de la Syrie reste incertain et que le peuple syrien n’en a pas fini de compter ses morts.

Le président Français Hollande devrait rencontrer les trois patrons provisoires de la Tunisie, le président de la république, le chef du gouvernement et le président de l'Assemblée constituante.

La visite de Hollande sera scrutée car le soutien apporté au président déchu Ben Ali par Nicolas Sarkozy qui, lors de sa visite officielle de 2008, avait salué « les progrès de la démocratie », n'a pas été entièrement oublié ni par les partis au pouvoir ni par ceux de l’opposition. Tout comme ils ne sont pas encore prêts d’oublier les propositions de service de Michelle Alliot-Marie, alors ministre de l’Intérieur, pour mater la révolte.

La France avait réservé, en juillet 2012, un accueil particulièrement chaleureux au président tunisien Moncef Marzouki. Une façon de faire oublier son attitude lors de la révolution tunisienne: tapis rouge, entretien suivi d'une conférence de presse commune avec le locataire de l'Elysée, François Hollande, et dîner de travail. Et suprême honneur : intervention à l'Assemblée nationale française.

François Hollande débarque donc pour la deuxième fois dans une Tunisie, cette fois-ci désenchantée. Il s’y était rendu le 24 mai 2011 en tant que candidat à la primaire socialiste.

Deux années après le soulèvement qui a chassé du pouvoir Ben Ali, la victoire du parti islamiste d'Ennahda et la politique suivie depuis sa prise de pouvoir n’ont répondu pas aux espérances des Tunisiens. Ces changements ont été ressenties par une grande partie de l’opposition tunisienne comme un "cauchemar", qui craint que l’objectif à terme d’Ennahda est l’islamisation de la société tunisienne et la mise en place de la charia,

Cette visite de François Hollande intervient par ailleurs après celles effectuées en Algérie et au Maroc, et a été précédée de celle de son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, en mai dernier.

Laurent Fabius avait fait part à Tunis de l'engagement de son pays à soutenir la Tunisie dans la période de transition démocratique. Il avait par ailleurs mis en exergue le nécessaire esprit de responsabilité qui devait prévaloir entre les différentes parties composant la scène politique tunisienne afin de bien parachever la période transitoire d'une manière pacifique et démocratique.

Ce vœu sera-t-il exaucé alors que la Tunisie est en proie à des problèmes politiques, sécuritaires, économiques et sociaux. La date des élections générales n'a toujours pas été fixée alors que les tensions politiques ont débouché sur de violents affrontements à Tunis à la mi-mai. Principal moteur de la révolution de 2011, le chômage reste par ailleurs endémique dans le pays.

Initialement prévu du 20 juin au 8 juillet, l’examen du projet de Constitution tunisienne pourrait être reporté. Même si le juriste Yadh Ben Achour estimait, mercredi 19 juin, «exagérés» les propos selon lesquels le projet de la Constitution serait un prélude à l’instauration d’un Etat théocratique en Tunisie. Selon lui, l’avant-dernière mouture du projet, qui «criminalisait l’atteinte au sacré et ne faisait aucunement mention du caractère universel des droits de l’homme et de l’égalité entre les sexes», avait été corrigée dans l’actuel projet.

Sur le plan économique, la Tunisie, auquel le FMI vient d'accorder son aide, doit faire face à des "risques" liés à la transition politique et à la conjoncture internationale. Début juin, le Fonds a accordé au pays une ligne de crédit de 1,75 milliard de dollars pour soutenir la transition engagée depuis la chute du président Ben Ali en janvier 2011. Les prêts seront débloqués par tranche en fonction du respect par Tunis d'un programme de réformes destiné notamment à améliorer le climat des affaires.

En dépit de "l'engagement solide" des autorités à coopérer et d'une accélération de la croissance prévue cette année (4% contre 3,6% en 2012), le programme fait face à "d'importants risques", soulignent toutefois les équipes du FMI dans un rapport publié lundi. "Les perspectives de croissance pourraient se révéler inférieures aux projections, particulièrement si la conjoncture économique extérieure se dégrade davantage, affectant le tourisme et les transferts d'argent des migrants".

Frappé de plein fouet par la révolution, le tourisme, qui compte pour 7% du produit intérieur brut et emploie 15% de la population active, reste dans une situation "précaire", note encore le FMI pour qui des "échecs" dans la transition politique pourraient renforcer l'"attentisme" des investisseurs qui pourraient également être découragés par de nouveaux "troubles sociaux" et des "problèmes de sécurité ».


Par Lila Taleb

Jeudi 20 Juin 2013 - 18:50






1.Posté par Ali le Corrézien le 21/06/2013 10:49 | Alerter
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Le peuple Tunisien ne se sent pas prêt à assumer la charia Islamique. L'héritage Français a laissé des traces profondes, un mode de vie très éloigné du modèle Islamique.

2.Posté par Choukoulata le 26/06/2013 07:35 | Alerter
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Le Président Hollande va entamer la période estivale par une baignade à Tunis. Tout le monde s’en réjouit car depuis la chute de la dictature en 2011 la Tunisie réclame avec ferveur l’expertise française en matière de conduite de « révolutions ». Elle attend donc avec impatience l’exercice de « donneur de leçons» dans lequel excelle la tradition française.

Mais un voyage à Tunis pour quoi faire ?

On cherchera en vain dans l’ordre du jour des entretiens des sujets de politique internationale ; car dans ce domaine depuis la chute de Bourguiba, la Tunisie est aux abonnés absents. Et puis côté Quai d’Orsay, on serait bien en peine de déchiffrer les grandes lignes d’une vision sur le devenir de l’Afrique du Nord et du Moyen Orient. Il ne faut pas s’attendre, sauf divine surprise, à un « discours de Tunis » qui fera date. A regret on peut prévoir qu’il ne dépassera l’incantation de redondantes tartes à la crème diplomatiques : lutte contre le terrorisme, construction du « Grand Maghreb » (Arabe ?), de « l’Euro Méditerranée » (avec Israël ?) guerre à Bachar et paix au Levant…

Au plan bilatéral, l’exercice de géométrie sera complexe car à Tunis, le pouvoir de est tricéphale.

Le Président français sera reçu par le Président de l’Assemblée Constituante qui est un radical-centriste dont le parti a rejoint l’internationale socialiste lorsque le siège du RCD de Ben Ali s’est libéré. Le Docteur Ben Jaafar est un radiologue obstiné mais courtois avec lequel nul n’a jamais réussi à se fâcher.

Ensuite, François Hollande dînera de gala dans le clinquant Palais de Carthage avec son homologue le Docteur Marzouki qui est un neurologue passionné et passionnant avec lequel tout le monde finit par se fâcher.

Les deux docteurs précités sont d’éminents praticiens issus de la ligue des droits de l’homme. Tous deux ont épousé des Françaises. La plupart de leurs enfants et petits-enfants portent la double citoyenneté.

De leurs côtés, presque tous les ministres du parti majoritaire Ennahda sont de culture anglo-saxonne car Londres avait offert aux islamistes l’asile que Paris leur avait refusé.

Le Président Hollande aura-il un tête à tête avec le Cheikh Rached Ghannouchi? C’est probable et très souhaitable car, même si le leader du parti islamiste n’assume aucune responsabilité régalienne, il est incontestable qu’il exerce une fonction « tribunicienne » d’étendard dont le premier ministre et les membres nahdhoui du gouvernement ne sont que les gonfaloniers.

On peut supposer que la rencontre ou de la non-rencontre fait déjà l’objet de tractations diplomatiques minutieuses entre Tunis et Paris, mais aussi Doha dont les interférences en cette matière sont coutumières.

La posture du Président français sera d’autant plus délicate que chacun des trois leaders cherchera à tirer avantage de cette visite car leurs pouvoirs éphémères reposent sur l’équilibre instable d’un compromis que l’on pourrait résumer ainsi « il est urgent de repousser à la Saint- Glinglin les élections que nous sommes assurés de perdre ».

Le devenir post ou pré révolutionnaire de la Tunisie est totalement opaque.

L’activisme de la réaction est permanent. L’héritage de Ben Ali est survivant. La révolution n’a pas réussi à maîtriser le tandem police-justice qui neutralise toute velléité républicaine. Le sombre immeuble du ministère de l’intérieur plastronne toujours avenue Bourguiba, les Champs Elysées de Tunis ! Les nahdhaouis n’ont pas touché à ce symbole des années de tortures, pire, ils sont comme frappé du syndrome de Stockholm, ils adorent les pandores au point d’envisager de réintégrer ceux que, par vengeance hâtive, ils avaient chassés au lendemain de la révolution.

Les lois de plomb de l’ancien régime sont toujours en vigueur. Les femmes, les faibles et les jeunes continuent d’en faire les frais : chômage et soumission. Amina sœur courage, les rappeurs irrévérencieux, les caricaturistes audacieux sont au cachot, avec tant d’autres !

Hollande osera-t-il citer les vers de Maurice Vidalin chantés par Mireille Mathieu ?

Que l’on touche à la liberté

Et Paris se met en colère

Et Paris commence à gronder

Et le lendemain, c’est la guerre.

Non bien sûr car Tunis ne brûle pas encore, mais si on laisse faire, ça ne saurait tarder.

Hollande osera-t-il proclamer que l’espace de la Tunisie musulmane se confond avec celui de la France laïque? Que six millions de musulmans vivent dans l’hexagone dont près d’un million sont tunisiens. Que la Tunisie est la troisième destination des touristes français qui sont bien plus familiers de ce pays que de la Corrèze.

Hollande osera-t-il dire que le destin des deux pays est commun ? Que la justice et la liberté ne sauraient être inéquitablement réparties car les deux peuples ont lutté de conserve pour les gagner au siècle dernier.

Tiendra-t-il un discours de charme? Promettra-t-il ce qu’il ne peut tenir : de l’argent et des visas ? Aura-il un langage ferme et menaçant dans le secret des têtes à têtes ? Aura-t-il la force de résister à son entourage, les familiers des plages, natifs de passage, naturalisés de complaisance, ou refugiés fiscaux qui parlent haut au nom d’un pays dont ils ignorent tout ?

La liste des personnalités qui accompagneront le Président sera scrutée à la loupe. Combien de ministres dîneurs du CRIF ? La Garde des Sceaux et celle de la Culture seront-elles du voyage ? La suite Présidentielle respectera-elle la parité homme/femme ? Y’aura-t-il dans la cohorte d’invités officiels un syndicaliste franco-tunisien, le meilleur boulanger de Paris, la Palme d’Or à Cannes, un médaillé olympique, l’aumônier musulman de la Gendarmerie ?

François Hollande donnera-t-il un signe fort de la rupture avec le microcosme pipole des amitiés cupides du showbiz franco-tunisien ?

Au-delà des aspects sociologiques de la relation bilatérale, l’important volet économique n’a guère été impulsé par des ambitions communes. Ainsi, la France est très en retrait par rapport aux Allemands sur le projet de fermes solaires qui approvisionneront l’Europe en électricité depuis le sud de la Tunisie. La mise en eau de la mer intérieure du chott El Jérid est toujours dans les cartons. Il n’existe aucun projet commun grandiose hors l’utopie nucléaire encouragée par la caste des polytechniciens.

Paris regarde les rivages et ignore le pays profond. Il n’y a que les militaires qui savent que le tiers de la superficie de la Tunisie est un no man’s land qui s’enfonce sur cinq cents kilomètres de dunes entre l’Algérie et la Libye. Ce territoire stratégique longtemps oublié est devenu un « spot » convoité pour la délocalisation de l’US Africa Command. Le Président français en parlera sans doute, mais à voix basse.

Un matin de juillet 1954 Pierre Mendes-France atterrissait à Tunis sur une terre soumise à la France, le soir même il en repartait après l’avoir libérée. Bourguiba toute sa vie s’en souviendra exhibant sur son bureau l’image dédicacée du héros français de l’histoire de la Tunisie.

François Hollande aura bien du mal à hisser sa performance au niveau de celle de l’icône socialiste !

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