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France: politiques et religieux font bloc après le meurtre jihadiste d'un prêtre


Mercredi 27 Juillet 2016 modifié le Jeudi 28 Juillet 2016 - 14:10

Après l'assassinat d'un prêtre dans une église par deux jihadistes, les dignitaires religieux français, le président François Hollande et des responsables politiques ont assisté mercredi à une messe en la cathédrale Notre-Dame-de-Paris, donnant une image de cohésion d'une France ébranlée par une succession d'attentats.




France: politiques et religieux font bloc après le meurtre jihadiste d'un prêtre
Loin des polémiques politiques surgies après l'attentat du 14 juillet sur les conditions de sécurité à Nice (84 morts) et des huées qui avaient accueilli le Premier ministre Manuel Valls venu rendre hommage aux victimes, la cérémonie à Notre-Dame était empreinte de gravité et de recueillement.

Avant leur sortie de l'édifice religieux, le président socialiste et l'archevêque de Paris, André Vingt-Trois, ont été applaudis. Dans l'assistance figuraient de nombreux responsables politiques de la majorité et de l'opposition de droite, dont l'ex-président Nicolas Sarkozy.

"Il faut qu'on affirme notre foi. Nous, on peut aller à la messe. Il y a beaucoup de chrétiens dans le monde qui n'ont pas cette chance", estimait Mathilde, 36 ans, venue à Notre-Dame "montrer qu'on n'a pas peur" et "pour être ensemble".

Dans la matinée, les responsables religieux français avaient affiché à l'issue d'une rencontre avec François Hollande leur unité pour appeler leurs fidèles à résister à la "guerre de religions" voulue par l'organisation Etat islamique.

Pour Mgr Vingt-Trois, les croyants de France "ne doivent pas se laisser entraîner dans le jeu politique" de l'EI qui "veut dresser les uns contre les autres les enfants d'une même famille".

En route pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) en Pologne, le pape François a lui aussi plaidé pour la paix. Si "le monde est en guerre" il s'agit "d'une guerre d'intérêts, d'argent, de ressources, pas de religions", a-t-il déclaré.

L'enquête sur l'attaque contre l'église de Saint-Etienne-du-Rouvray (nord-ouest) a permis d'établir l'identité d'un premier assaillant, Adel Kermiche, un Français de 19 ans habitant la commune.

Issu d'une famille d'origine algérienne sans histoire mais souffrant de troubles du comportement, il était assigné à résidence avec un bracelet électronique depuis mars, après une dizaine de mois en prison, dans l'attente d'un procès pour avoir tenté à deux reprises, en 2015, de se rendre en Syrie.

L'identification de son complice, dont le corps a été criblé par les balles des policiers, n'a pas encore été formellement établie. Les enquêteurs suspectent cependant un homme de 19 ans, Abdel Malik P., originaire de l'est de la France.

Face aux demandes de la droite d'un durcissement de la législation antiterroriste, le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve a rejeté l'idée d'une mise en rétention des personnes fichées pour radicalisation: "C'est anticonstitutionnel" et par ailleurs "ce serait totalement inefficace".

Accusé par des élus de droite à Nice d'avoir menti sur le dispositif de sécurité déployé au soir du 14 juillet, quand un Tunisien a foncé dans la foule, le ministre a pu s'appuyer mercredi soir sur un rapport de la "police des polices" selon lequel ce dispositif n'était pas sous-dimensionné.

Les appels à la "cohésion" de la société lancés par l'exécutif sont compliqués par la très forte impopularité de François Hollande depuis son accession au pouvoir. Les positions de part et d'autre se durcissent aussi à l'approche de la présidentielle de 2017.

La presse française dans son ensemble a demandé des "actes" au gouvernement, et aux Français de "faire bloc" alors que les attentats se multiplient depuis dix-huit mois contre le pays, engagé dans la lutte internationale contre l'EI en Irak et en Syrie.

L'assassinat du prêtre par des jihadistes est une première dans un lieu de culte catholique en Europe. Plusieurs hommages ou cérémonies sont prévues d'ici la fin de la semaine à Saint-Etienne-du-Rouvray, en banlieue de Rouen.

Dans un éditorial mercredi, le quotidien Le Monde souligne la nécessité de résister à la violence terroriste. "Ne pas y céder, jamais, est le premier acte de résistance d'une société telle que la nôtre - c'est aussi son honneur - et une première défaite infligée à l'ennemi".

La France, parfois qualifiée de "fille aînée de l'Eglise" catholique, est le pays d'Europe avec les plus fortes communautés musulmane (environ 5 millions) et juive (plus de 500.000 personnes).

L'assassinat du prêtre de 86 ans a traumatisé les Français bien au-delà des catholiques. A Saint-Etienne-du-Rouvray, dont le maire est communiste, roses blanches, ours en peluche et bougies s'accumulaient mercredi devant l'entrée de la mairie, ainsi que des messages, souvent anonymes, tels que: "Ce qui empêche les gens de vivre ensemble, c'est leur connerie, pas leurs différences".

"Le vrai risque, c'est une radicalisation d'une partie de l'opinion catholique, dont une part non négligeable déjà vote Front national", le parti d'extrême droite, juge cependant Odon Vallet, historien français des religions.

Frappée trois fois en 18 mois par des attentats jihadistes sans précédent (17 morts en janvier 2015, 130 le 13 novembre, 84 le 14 juillet), la France reste sous une "menace très élevée", a répété mardi François Hollande.


Source AFP
Mercredi 27 Juillet 2016 - 20:45





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