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France : la fronde contre la loi travail se durcit, l'Etat engage un bras de fer


Mercredi 25 Mai 2016 modifié le Jeudi 26 Mai 2016 - 08:33

Face à un mouvement qui se durcit mercredi contre la loi travail et au risque de paralysie du pays, l'Etat se montre intransigeant, recourant à des mesures exceptionnelles comme des ponctions dans les réserves stratégiques de carburant et des interventions musclées pour débloquer des dépôts.

Source AFP





Des pneux incendiés entre les forces de l'ordre et des syndicalistes le 25 mai 2016 à Douchy-Les-Mines.
Des pneux incendiés entre les forces de l'ordre et des syndicalistes le 25 mai 2016 à Douchy-Les-Mines.
Le président François Hollande a assuré lors du conseil des ministres que "tout serait mis en oeuvre pour assurer l'approvisionnement aux Français et à l'économie", selon des propos rapportés par le porte-parole du gouvernement Stéphane Le Foll. L'Etat a déjà utilisé 3 jours de stocks stratégiques de produits pétroliers sur les 115 disponibles.

Ces ponctions permettent "de répondre plus rapidement aux objectifs de livraison de telle ou telle région parce que ces stocks sont disséminés sur l'ensemble du territoire", a indiqué le secrétaire d'Etat aux Transports, Alain Vidalies, alors que les files d'attente aux stations-services s'étirent.

"J'ai connu mai 68 et je peux vous dire que ce n'était pas marrant les pénuries donc je prends mes précautions. Le climat actuel m'inquiète, ça na va pas du tout, je crains la révolution", a témoigné à l'AFP Viviane, retraitée de 66 ans dans une stations-service de l'Allier.

Le gouvernement a aussi débloqué 11 dépôts pétroliers paralysés par des manifestants, envoyant par exemple à l'aube les forces de l'ordre à Douchy-les-Mines, dans le Nord.

"Les CRS sont allés vite, ils ont utilisé le canon à eau. On sent les forces de l'ordre sur les nerfs", a relevé Willy Dans, porte-parole du syndicat Sud dans le Valenciennois, présent sur place.

Autre mesure rare: les transporteurs d'hydrocarbures ont été autorisés par un arrêté à déroger temporairement aux règles en matière de temps de conduite et de repos.

Selon Pierre Auclair, cofondateur de l'application mobile "Essence comparateur carburant", 4.026 stations sur 11.500 sont "peu ou prou en pénurie de carburant". "C'est très compliqué dans l'ouest, ça se densifie en région parisienne, et toute la vallée du Rhône jusqu'au bassin méditerranéen est touchée."

Total affirme que dans son réseau, un peu plus d'un tiers des stations sont en rupture totale ou partielle.

- "Risques d'amplification" -

Opposés à la loi El Khomri, les syndicats, CGT et FO en tête, appellent à une huitième journée de grèves et de manifestations partout en France jeudi pour réclamer le retrait du texte. Mais les protestataires étaient déjà très actifs mercredi.

Alors que le conflit s'est cristallisé autour des sites pétroliers, six raffineries sur huit au total en France étaient toujours au ralenti ou à l'arrêt.

Et la CGT-Energie tente d'étendre la contestation aux centrales nucléaires, appelant à un mouvement d'action "le plus fort possible" jeudi.

La centrale de Nogent-sur-Seine (Aube), située à une centaine de kilomètres au sud-est de Paris, est déjà touchée. Un des deux réacteurs est à l'arrêt depuis mardi "en raison d'un problème technique" et "on fera en sorte de ne pas le redémarrer", a indiqué Arnaud Pacot, secrétaire général CGT-Energie Aube.

D'autres secteurs économiques sont ciblés, des protestataires tentant de bloquer la plateforme Amazon à Montélimar (Drôme), celle du distributeur Atac à Cournon (Puy-de-Dôme), ou l'accès de la zone industrielle des Marais à Coignières (Yvelines).

Dans le centre de Marseille, des cheminots ainsi que des personnels portuaires en grève se sont affrontés aux policiers, provoquant bousculades et utilisation de spray lacrymogènes.

L'ensemble des organisations patronales a appelé l'Etat à "veiller au respect du droit", le patron du Medef Pierre Gattaz dénonçant même des méthodes des grévistes "irresponsables".

"Sans résolution immédiate de la situation et la fin des blocages, l'arrêt des entreprises de transport routier aboutira à la paralysie de l’économie française", a avancé l'Organisation des transporteurs routiers européens.

"On entend bien qu'il y a des rancoeurs, on voit bien que ça peut pas faire plaisir à tout le monde de bloquer un pays, de faire des restrictions d'essence mais malheureusement si on veut se faire entendre, si on veut que la voix du peuple passe, elle passera au travers d'arrêts d'usines, d'arrêts de travail divers", a remarqué Xavier Vachon, représentant syndical CGT à la raffinerie Total de Feyzin.

Le patron de la CGT Philippe Martinez a prévenu qu'il y avait "des risques que la mobilisation s'amplifie", quand celui de FO Jean-Claude Mailly, a assuré "ne pas être dans l'esprit d'arrêter" la mobilisation.

"Il y a eu beaucoup de désinformation autour de la loi travail. A partir de là, il y a une petite minorité qui essaie de radicaliser les choses. Nous ne tomberons pas dans la provocation", a assuré sur RTL le secrétaire d'État aux relations avec le Parlement, Jean-Marie Le Guen.

Pour Stéphane Le Foll, il n'est d'ailleurs "pas question" de revenir sur l'article 2 du projet de loi travail, principal point de blocage avec les syndicats hostiles au texte.
Mercredi 25 Mai 2016 - 15:25





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