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Essebsi dit assumer l'héritage du passé et veut bâtir la Tunisie du 21e siècle


Samedi 1 Novembre 2014 modifié le Samedi 1 Novembre 2014 - 15:05

Le favori de la présidentielle tunisienne Béji Caïd Essebsi, 87 ans, se pose en candidat de la "Tunisie du 21e siècle", en héritier du père de l'indépendance Habib Bourguiba, et assume ses liens avec d'ex-partisans du régime déchu de Ben Ali.




"Si j’ai présenté ma candidature c'est parce que je pense qu’elle était utile (...) pour le pays parce que je suis porteur d’un projet qui est de ramener la Tunisie à un Etat du 21e siècle", a dit dans un entretien samedi à l'AFP ce critique farouche du parti islamiste Ennahda, au pouvoir de fin 2012 à début 2014.

Malgré la victoire de son parti Nidaa Tounès aux législatives du 26 octobre, M. Essebsi reconnaît qu'il devra batailler pour former sa majorité après la présidentielle du 23 novembre.

Les électeurs "nous ont donné la primauté mais ils ne nous ont pas donné une majorité absolue, ils ont réélu les gens d’Ennahda dans une proportion importante", remarque-t-il, au premier jour de sa campagne électorale.

"La leçon c’est ça : nous voudrions que la Tunisie soit gouvernée d’une façon où toutes les composantes de cette société, qu’elles soient politiques ou sociales, se trouvent impliquées dans le processus. Mais évidemment ça c’est un peu difficile à réaliser en pratique et nous allons donc nous y atteler", a-t-il dit.

M. Essebsi, qui a longtemps décrit Ennahda comme un parti obscurantiste, admet que les islamistes donnent l'impression d'avoir accepté le jeu démocratique.

"Je sais qu’ils ont changé de discours, qu’ils donnent l’impression d'avoir changé mais ça c’est à la pratique qu’on va juger", souligne ce vétéran de la vie politique qui a rassemblé dans son parti une multitude de courants hétéroclites autour du rejet des islamistes.


- "J'ai l'âge que j'ai"-


A bientôt 88 ans, il assume ce grand âge, son ambition et sa longue carrière aux côtés du père de l'indépendance Habib Bourguiba, qui avant d'être renversé par Zine El Abidine Ben Ali en 1987 s'était proclamé président à vie. D'ailleurs, il tiendra dimanche son premier meeting devant le mausolée du défunt chef de l'Etat.

"J’ai l’âge que j’ai. Généralement on dit qu’on a l’âge de ses artères, mais en réalité je veux confirmer que la jeunesse n’est pas un état civil mais un état d’esprit", martèle-il, alors que la révolution de janvier 2011 ayant chassé Ben Ali a été largement portée par la jeunesse.

"J’étais le collaborateur presque direct du président Bourguiba pendant 35 ans donc j’assume toutes les réalisations qu’il a faites bien sûr, et j’assume la responsabilité des choses négatives", admet cette ancien ministre de l'Intérieur du premier président tunisien.

"J’espère avoir suffisamment de sagesse de vision de l’avenir pour essayer de mettre derrière les choses négatives de ne prendre que les choses positives", poursuit-il.

Quant à l'intégration dans son équipe d'anciens membres du parti de Ben Ali, le RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique), là aussi M. Essebsi assume.

"Ils restent des citoyens qui étaient membres de ce parti, ces citoyens-là ont le droit de participer à la vie politique de notre pays autrement c'est comme si on leur aurait enlevé leur nationalité et personne ne peut le faire sauf la justice"

Interrogé sur la mise en place d'une "justice de transition" pour identifier les coupables des dérives autoritaires sous Ben Ali et Bourguiba, M. Essebsi s'est dit pour établir la vérité mais opposé aux règlements de comptes.

"Je suis contre le règlement de comptes du passé je pense que nous devons regarder beaucoup plus vers l’avenir (...) parce que la Tunisie dans ces deux prochaines années a besoin de tous ses enfants (...)".

Lui-même se dit disposé à répondre à la justice sur son rôle sous Bourguiba. Une plainte le visant a été déposée par des opposants torturés lorsqu'il était ministre de l'Intérieur.

"Je suis un citoyen comme tous les autres citoyens, je sais que ma conscience est tranquille. Généralement on me reproche des choses qui n’existent pas, mais s’il faut se justifier (...) pourquoi pas", relève-t-il, "la Tunisie ne peut réellement faire des progrès (...) qu’après avoir créé un Etat de droit".

Samedi 1 Novembre 2014 - 15:03

AFP




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