Atlasinfo.fr: l'essentiel de l'actualité de la France et du Maghreb
Rubriques




Entretien: NDM-1, la bactérie multirésistante que redoutent les scientifiques


Vendredi 13 Août 2010 modifié le Vendredi 13 Août 2010 - 18:56




Le professeur Patrice Nordmann décrypte la nouvelle menace d'épidémie mondiale NDM-1
Le professeur Patrice Nordmann décrypte la nouvelle menace d'épidémie mondiale NDM-1
NDM-1, tel est le nom de la nouvelle menace sanitaire. Une étude publiée dans la revue médicale britannique The Lancet Infectious Diseases tire la sonnette d'alarme. Le professeur Patrice Nordmann, directeur de l'unité Inserm "résistances émergentes aux antibiotiques" et chef du service microbiologie-bactériologie-virologie de l'hôpital Bicêtre, répond aux questions du Point.fr.


Le Point.fr : Faut-il s'inquiéter ?

Patrice Nordmann : NDM-1 (New Dehli metallico-beta-lactamase 1) n'est pas une bactérie comme il y a un virus H1N1. Il s'agit en réalité d'un gène de résistance qui s'est diffusé dans plusieurs types de bactéries. Il permet la synthèse d'une enzyme qui inactive la plupart des antibiotiques présents sur le marché, y compris les carbapénèmes, réservés aux infections les plus graves. Ce gène se localise dans des bactéries qui sont déjà résistantes aux antibiotiques. Elles deviennent ainsi multirésitantes et donc extrêmement difficiles à traiter. NDM-1 touche aussi des antérobactéries comme les colibacilles qui sont responsables du plus grand nombre d'infections humaines. Un ou deux antibiotiques peuvent être utilisés mais leur efficacité n'est pas certaine. L'aspect impasse thérapeutique est réel. On n'aura pas de solution avant au moins 5 ans.

De quel type d'infection parle-t-on ?

Cela donne, en ville, des infections urinaires qui affectent plutôt des femmes et, à l'hôpital, des infections nosocomiales chez des patients déjà fragilisés - infections pulmonaires, septicémies, infections sur cathéter, etc. Et, dans ces derniers cas, le risque de mortalité pourrait être élevé.

D'où viennent ces bactéries ?

Le réservoir se situe dans le sous-continent indien : Pakistan, Inde, Bangladesh. Le tout premier cas a été identifié en 2008, en Suède, chez un patient d'origine indienne transféré depuis un hôpital indien vers un centre de soins suédois. Les Anglais viennent d'identifier 150 cas en Inde mais il y en a certainement beaucoup plus. Ils ont également décelé près d'une quarantaine de cas sur leur territoire qui s'expliquent par leurs liens privilégiés avec l'Inde et la présence de nombreux Indiens. La France, qui a moins d'échanges avec l'Inde est moins exposée.


Un premier cas n'a-t-il pas été identifié en France ?


En effet, le laboratoire Inserm que je dirige reçoit des souches venant du monde entier et nous avons identifié un cas français. Une personne qui était simplement porteuse d'une de ces bactéries. Il ne s'agit pas d'un patient hospitalisé au Kremlin-Bicêtre comme cela a pu être rapporté mais, pour des raisons de confidentialité évidentes, nous ne pouvons pas divulguer le nom de l'hôpital où cette personne a été prise en charge. Une chose est sûre : il s'agit d'un patient qui avait été hospitalisé en Inde comme dans l'ensemble des cas que nous avons identifié au Kenya, en Australie ou au Sultanat d'Oman.

Comment contracte-t-on ces bactéries
?

Elles se trouvent dans l'environnement et leur réservoir naturel chez l'homme est le tube digestif. Leur mode de transmission est dit féco-oral. Elles ne se transmettent pas par l'air mais essentiellement par les mains et le contact avec des objets souillés.

Pourquoi lie-t-on leur transmission au tourisme médical ?


Parce que les chercheurs anglais ont observé que la plupart des cas répertoriés chez eux concernaient des patients qui avaient été hospitalisés en Inde pour subir un acte chirurgical.

Faut-il éviter de se rendre dans les pays du sous-continent indien ?


Non, vous pouvez vous y rendre. En revanche, je déconseille toute hospitalisation dans ces pays. Sur place, il convient de se laver très fréquemment les mains et d'être vigilant à ne pas absorber de boissons douteuses. Toutes les précautions indiquées pour éviter la gastroentérite sont de mise, notamment éviter les salades et les glaces.

Comment faire face à ce risque ?

En France, nous sommes en train d'émettre des recommandations qui seront dévoilées début septembre. L'idée principale est de dépister systématiquement les patients à risque, à savoir tout ceux qui ont été hospitalisés à l'étranger et transférés soit par des organismes d'assistance soit par des établissements de santé. Un système que nous avons d'ailleurs mis en place depuis 5 ans à Bicêtre concernant l'ensemble des bactéries multirésistantes. Le souci est que ces bactéries n'étaient jusqu'ici présentes qu'en milieu hospitalier. En cas d'épidémie, on pouvait imaginer fermer la structure hospitalière et évacuer les patients. Avec NDM-1 qui donne des infections "de ville", on ne pourrait pas aussi facilement contenir le problème.


Le Point
Vendredi 13 Août 2010 - 18:54





Nouveau commentaire :
Twitter