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El Gusto célèbre les retrouvailles des artistes musulmans et juifs qui ont fait les grandes heures du chaabi algérois


Lundi 9 Janvier 2012 modifié le Lundi 9 Janvier 2012 - 07:55

Depuis le jour où Safinez Bousbia a poussé la porte de la boutique de Mohamed el-Ferkioui, dans la Casbah d’Alger, huit ans se sont écoulés. Le temps de tourner un documentaire, de monter plusieurs tournées internationales, d’enregistrer deux disques. Huit longues années durant lesquelles cette architecte de 31 ans, née à Alger et vivant à Dublin, a déployé une colossale énergie pour faire exister cette aventure. Son principal ennemi a été l’hydre bureaucratique du régime algérien, peu enclin à laisser s’exprimer une histoire où musulmans et juifs reprennent, après cinquante ans de séparation, leur dialogue séculaire.




El Gusto célèbre les retrouvailles des artistes musulmans et juifs qui ont fait les grandes heures du chaabi algérois
Plus que tel ou tel musicien, le héros de votre film est un quartier, la Casbah d’Alger…

C’était essentiel, dans la mesure où leur musique est un hommage à la Casbah. C’est son berceau, la source de leur inspiration. Le centre d’Alger, qu’on continue d’appeler «la ville européenne», est un triangle blanc et bleu, avec au milieu la Casbah, couleur de terre. Le quartier a perdu son âme quand on a chassé ses vieux habitants. Ils ont été remplacés par des paysans qui ont fui les campagnes pendant la décennie noire [les années 90, ndlr]. Aujourd’hui les rues sont sales, les ordures s’empilent... 99% des échoppes d’artisans sont fermées, celle de Mohamed est une exception.

Quel a été votre première idée, le film ou le concert ?

Aucun des deux. A l’origine, le projet était d’aider monsieur Ferkioui à retrouver ses amis. Le premier travail consistait à retrouver leur trace, ce qui m’a pris un temps fou. Tous avaient quitté la Casbah pour être relogés en périphérie. Il faut savoir qu’à Alger, il n’y a pas d’adresses, de rues avec des noms et des numéros. C’est plutôt : «Tu prends telle route, au niveau du plus gros arbre, tu tournes et à côté du poteau électrique, c’est là.» Au fur et à mesure de mon enquête, je me disais qu’une histoire pareille, c’est un film. En 2005, j’ai commencé à chercher un fil conducteur. D’où l’idée du concert : puisque leur lien, c’est le chaabi, on va les filmer sur scène, avec les musiciens juifs qui viendraient de France.

Quels obstacles avez-vous rencontrés dans votre parcours ?

Par où commencer ? Il y en a eu tellement ! En 2006, j’ai cherché des financements. Etant architecte, on ne me prenait pas au sérieux. Alors j’ai vendu ma maison en Irlande, mes bijoux, puis démarré. Dès que j’ai montré les premières images, les professionnels ont été séduits. Hélas, les musiciens juifs n’ont pas pu venir en Algérie. Nous avions les autorisations mais deux semaines avant le voyage, les autorités ont mis leur veto, sans explication. J’ai donc décidé de déplacer le concert à Marseille, en faisant voyager 70 personnes.

Les obstacles venaient du refus de voir réunis juifs et musulmans ?

J’en suis sûre. Les tracasseries ont été constantes. Comme nous n’avions pas l’agrément du ministère de la Culture, il était impossible de tourner dans la rue. Le problème s’est réglé quand la télévision algérienne est entrée dans la production. J’ai fait des centaines de courriers à la ministre de la Culture. En réponse, elle a tenté de débaucher les musiciens pour monter un Orchestre national de chaabi. Tous ont refusé.

El Gusto un documentaire de Safinez Bousbia 1 h 33. En salles mercredi.
El Gusto Grand Rex, 1, bd Poissonnière, 75002. Ce soir et demain à 20 h 30. CD : El Gusto (Remark).


Lundi 9 Janvier 2012 - 06:01

(Source Libération)




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