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Egypte et Tunisie: mêmes combats, même thérapies ?




Étrange télescopage de l'actualité entre l'Egypte et la Tunisie. En l'espace de quelques jours, les deux pays ont donné l'impression de vivre les mêmes ressorts et la même thérapie face à une actualité sanglante. En Egypte d'abord, l'incessante guérilla terroriste au Sinaï et l'assassinat du procureur Hicham Barakat ont donné un grand coup de fouet à la détermination du président Abdelfatah Sissi de lutter contre le terrorisme. D'où l'élaboration en toute hâte et sous l'émotion d'une loi anti-terrorisme dont le côté liberticide semble faire l'unanimité. Ensuite la Tunisie frappée au cœur par un sanglant attentat à Sousse qui a dévasté son image et son économie. Beji Caid Essebsi a réagi en instaurant l'Etat d'urgence. Là aussi une grande crainte de voir les libertés publiques réduites s'est manifestée. La crainte est d'autant plus pertinente qu'elle intervient dans un pays perçu sur le plan international et régional comme l'illustration d'une transition douce et pacifique.

Par Mustapha Tossa




Dans les deux pays, le tour de vis sécuritaire est visible. Un vif débat enflamme les réseaux sociaux et secoue la toile avec une grande fébrilité. La guerre contre le terrorisme justifie-t-elle que les marges des libertés naissantes puissent être réduites à néant ? L'aspiration légitime à la sécurité justifie-t-elle la chape de plomb qui s'abat sur les voix discordantes et les postures dissonantes. L'Egyptien Abdelfatah Sissi comme le tunisien Beji Caid Essebsi ont fixé leur religion sur la question. La guerre contre la terreur est de nature à libérer le bras armé de l'état et à réduire les propensions d'une société à se sentir plus libre. La sécurité d'abord. Les libertés plus tard.

Ironie de l'histoire, entre les deux hommes et les deux pays existent une grande similitude de destin. Les deux hommes, Sissi et Essebsi sont accusés par leurs détracteurs d'abord tué dans l'œuf les aspirations démocratiques de leur pays. Le premier d'avoir avorté le processus démocratique qui a porté un président frère musulman Mohamed Morsi au pouvoir. Le second d'avoir, à la tête du parti Nidae Tounes, poussé à travers les urnes, le parti islamiste Ennahda vers la sortie. Les deux hommes sont aussi accusés d'avoir été les porte-voix de ce que les théoriciens du Printemps arabe appellent 'l'Etat Profond". On reproche ouvertement à Sissi d'avoir permis la réhabilitation de l'ancien régime de Hosni Moubarak et le retour aux affaires de ses principales icônes. La même accusation, avec une dose supplémentaire d'amertume et de déception, est adressée à Beji Caid Essebsi. Il lui est reproché d'avoir réintégré les grands symboles de l'ère Ben Ali alors que le pays n'a pas encore pansé ses blessures face à ses récentes ruptures et que la machine de sa justice transitionnelle n'a pas encore fonctionné. Beji Caid Essebsi pourrait reprendre cette célèbre phrase du général De Gaulle : "Ce n'est pas à mon âge que je pourrai commencer une carrière de dictateur"...

Il est vrai que le deux pays affrontent deux types de violences totalement différentes. L'Egypte affronte ce que les spécialistes appellent un terrorisme domestique. Il est clair que même si la revendication de l'Etat islamique paraît signer la plus part des actes terroristes commis au Sinaï, les ressorts de cette dynamique paraissent être égyptiens. Sans doute le fruit d'une radicalisation d’une frange de la mouvance islamiste criminalisé par les décisions du président Sissi.

En Tunisie, même si des milliers de jeunes tunisiens garnissent depuis longtemps les rangs de l'Etat Islamique, la vague de terreur qui frappe la Tunisie donne cette impression d'être importée de l'extérieur. La Tunisie est devenue une caisse de résonance aux ambitions d'une organisation terroriste comme Daesh qui profite des failles de la transition propres aux pays pour faire avancer son agenda. D'un autre côté, sa proximité géographique avec le chaudron libyen fait craindre aux autorités tunisiennes le spectre de la contagion du chaos. D'où cette décision stratégique d'élever un mur de sable de 2 mètre sur une distance de 168 km destiné à protéger la Tunisie des infiltrations clandestines en provenance de la Libye. Il n'est pas encore certain que l'efficacité d'un tel projet soit plus psychologique que réellement défensif.


Jeudi 9 Juillet 2015 - 19:01



Jeudi 9 Juillet 2015 modifié le Jeudi 9 Juillet 2015 - 23:59

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