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Égypte : Nicolas Sarkozy appelle à une transition "sans tarder" (Le Figaro)


Mercredi 2 Février 2011 modifié le Mercredi 2 Février 2011 - 11:06




Mohammed ElBaradei, hamdin Sabahi et Ayman Nour en février 2010
Mohammed ElBaradei, hamdin Sabahi et Ayman Nour en février 2010
En Égypte, une mise à l'écart du président Hosni Moubarak devrait provoquer une recomposition politique.

«L'Égypte est unie contre Hosni Moubarak»: sur la pancarte qu'elle brandit fièrement au milieu de la place Tahrir, Nagwa, 19 ans, résume le sentiment des centaines de milliers d'Égyptiens qui ont investi les rues de la capitale, et leur principale revendication. Mais comment transformer cette vague populaire en force de changement? C'est le casse-tête auquel est désormais confrontée l'opposition égyptienne.

Si «la révolution n'appartient à personne», comme le rappelait mardi l'écrivain Alaa el-Aswany, les opposants doivent déjà préparer une éventuelle transition. D'autant que le départ du raïs n'est, au moins dans un premier temps, pas synonyme de chute d'un régime qui s'est employé depuis trente ans à empêcher toute alternative crédible d'émerger. Un laminage de l'opposition qui a culminé, en décembre, par son exclusion d'un Parlement dominé à 95% par le Parti national démocrate (PND), après un scrutin marqué, comme les précédents, par des fraudes massives.

La dissolution du Parlement est, après le départ d'Hosni Moubarak, l'une des principales revendications des opposants. Ils réclament aussi la tenue d'élections démocratiques, la réforme de la Constitution, la levée de la loi d'urgence - qui interdit les manifestations, permet les arrestations arbitraires ou les procès devant des tribunaux d'exception -, davantage de justice sociale, la fin de la corruption et des abus policiers…


Les slogans religieux minoritaires

Le Prix Nobel de la paix Mohammed ElBaradei s'est déjà dit prêt à «assurer la transition démocratique». Mardi matin, il a repoussé l'offre du nouveau premier ministre, Ahmed Chafiq, et du vice-président, Omar Souleiman, de discuter des réformes avec l'opposition, tant que le raïs serait au pouvoir. Mais cette fin de non-recevoir ne répond pas à la question de fond: avec qui négocier?

Les principaux partis légaux, les libéraux du Néo-Wafd, les nassériens ou les marxistes du Tagammou, se sont décrédibilisés au fil des années aux yeux de l'opinion publique par leurs compromissions avec le pouvoir pour obtenir quelques postes honorifiques. Leur poids réel est impossible à évaluer dans un pays où le taux de participation aux dernières élections n'a pas dépassé 10%, selon les observateurs indépendants.

Le mouvement interdit, mais toléré, des Frères musulmans apparaît comme le mieux organisé, mais ni le régime ni l'armée ne sont enclins à discuter avec les islamistes, bête noire d'Omar Souleiman, ancien chef des services de renseignement qui a consacré ces vingt dernières années à les combattre.

Soumise à une forte répression depuis sa percée électorale de 2005 (20% des sièges au Parlement), la confrérie n'a pas vraiment cherché à surfer sur la vague de contestation, bien que le régime ait essayé, sans convaincre personne, de lui imputer la responsabilité des violences. Alors qu'elle n'avait pas appelé à manifester le 25 janvier, tout en autorisant ses membres à participer aux rassemblements «à titre individuel», elle a contribué à la mobilisation de manière un peu plus significative ces deux derniers jours. Mais depuis une semaine, les slogans religieux sont restés extrêmement minoritaires par rapport aux chants patriotiques.


Jalousies
Les Frères musulmans en ont tiré la leçon en appelant l'opposition à s'unir derrière Mohammed ElBaradei. En attendant, sans doute, de pouvoir mesurer leur véritable poids dans les urnes. Un poids que beaucoup de manifestants disaient mardi surestimé.

Le Prix Nobel de la paix, qui a fait de la lutte pour la démocratie et la justice sociale son cheval de bataille depuis son retour en Égypte l'an dernier, après trente années à l'étranger, dont douze à la tête de l'Agence internationale de l'énergie atomique, pourrait être le chef de file qui manque cruellement à l'opposition, même s'il ne bénéficie pas d'une grande popularité. Dimanche, sa venue sur la place Tahrir n'a pas soulevé l'enthousiasme de la foule. «Mais c'est un homme compétent et intègre et c'est ce dont on va avoir le plus besoin dans la période qui va s'ouvrir», estime Ahmed.

La montée en puissance de Mohammed ElBaradei et les attentions dont il bénéficie de la part des médias internationaux suscitent encore des jalousies au sein d'une opposition gangrenée par les mesquineries et les ambitions personnelles. « Les dirigeants du Wafd rechignent à se rallier à lui parce qu'ils n'ont pas digéré qu'il n'adhère pas au parti, alors que son père était un éminent wafdiste », précise, écœuré, un membre du parti historique de l'indépendance égyptienne.

Ce jeune militant se dit cependant convaincu que la période de transition va accélérer le processus de recomposition politique, figé par l'impossibilité de former un nouveau mouvement sans l'aval du Comité des partis, un organisme dont les membres sont tous nommés par le pouvoir. «Cela fait trente ans qu'on a les mêmes partis, les mêmes dirigeants, dit-il. Il est temps qu'une nouvelle génération prenne les commandes de ce pays.»

Mercredi 2 Février 2011 - 11:03





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