Atlasinfo.fr: l'essentiel de l'actualité de la France et du Maghreb
Rubriques
Atlasinfo.fr Atlasinfo.fr





Dr Cherkaoui Roudani: "Le renforcement du rôle du premier ministre donnera plus de légitimité démocratique au gouvernement"


Vendredi 11 Mars 2011 modifié le Dimanche 13 Mars 2011 - 12:26

Dans un entretien à atlasinfo.fr, le politologue et spécialiste des questions géopolitiques, Dr Cherkaoui Roudani*, estime que la révision de la constitution annoncée par le roi Mohammed VI est capitale et majeure et que le renforcement du statut du Premier ministre comme chef du pouvoir exécutif donnera plus de légitimité démocratique au gouvernement. Il a également noté que la mise en place de pôles politiques est importante pour lutter contre le désinvestissement des jeunes dans la chose politique




Dr Cherkaoui Roudani
Dr Cherkaoui Roudani
Dans son discours du 9 mars, le roi Mohammed VI a annoncé une importante réforme constitutionnelle globale qui sera soumise à un référendum populaire. Quelle sera la portée de cette réforme?

Ce discours est fondamental et historique. En effet, le discours prononcé par le roi Mohammed VI englobe une liste de réformes politico-institutionnelles importantes pour le devenir du Maroc dans un monde en ébullition politique et en crise politique. Le Maroc fait partie d’une région qui connait des transformations et un vent de fronde qui touche la majorité des pays arabes. Avec son intervention du 9 mars, le Roi Mohammed VI a exprimé un discours à la Wilsonienne donnant un élan à la démarche réformiste dans un monde qui progresse dans sa perception de la gouvernance constitutionnelle et la rationalité dans l'action de la chose publique.
La refonte de la constitution marocaine via un référendum est capitale à l'heure où les contestations revendiquant des changements dans le mode de gouvernance se multiplient. Le Maroc n'a pas été épargné et plusieurs mouvements de jeunes - mouvement du 20 février- sont descendus dans la rue pour demander le changement, l'éradication du népotisme, de la corruption ainsi que du corporatisme politique et économique. La mise en place d’une feuille de route basée sur une révision de la constitution marocaine, qui fut adoptée en 1992 et amendée en 1996, est une volonté de structurer le travail politique et aussi de rééquilibrer les pouvoirs politiques entre le gouvernement et le Roi. La constitutionalité de la régionalisation avancée est très importante et renforce le pouvoir de la région.
L’attribution aux présidents des conseils régionaux le pouvoir d'exécution des délibérations desdits conseils, en lieu et place des gouverneurs et des walis, est une dévolution du pouvoir capital. C’est un discours qui rime et s’articule entre deux principes politiques majeurs à savoir le principe de la subsidiarité et le principe de la suppléance. Cette démarche réformiste renvoie la balle dans le camp des sociétés civiles et les partis politiques qui doivent œuvrer dans un esprit participatif et avec intelligence pour créer des ponts institutionnels pour que la région, dans le cadre de la régionalisation avancée, soit une entité responsable et citoyenne dans son action. Une action qui doit être imprégnée par le principe de la solidarité et la complémentarité citoyenne. Le discours royal a aussi mis en exergue la constitutionnalisation pour la première fois de la composante berbère « amazigh ». Outre la reconnaissance de l’aspect pluraliste de la société marocaine, le discours a annoncé des changements radicaux dans l’exercice du pouvoir législatif en renforçant le pouvoir du premier ministre. L’indépendance du pouvoir de la justice en sus d’une éventuelle nouvelle mission du Conseil Constitutionnel est indispensable pour un Maroc qui aspire une évolution démocratique. Le renforcement du statut du Premier ministre comme chef du pouvoir exécutif donnera plus de légitimité démocratique au gouvernement.
Ceci dit, plusieurs lois organiques sont indispensables pour restructurer une bonne saisine entre l'autorité judiciaire, le pouvoir législatif et le pouvoir exécutif. Ce faisant, le Maroc peut connaître une évolution ordonnée et sûre dans le chemin de la consécration de l’Etat de droit et de l’égalité.

Quel sera le rôle de la commission ad hoc destinée à la révision de la constitution, dont la présidence sera confiée au constitutionnaliste marocain Abdeltif Menouni?

Il faut bien souligner la compétence de M. Abdeltif Menouni. C’est un constitutionaliste chevronné qui a été un membre du Conseil Constitutionnel ainsi que de l’Instance Equité et de Réconciliation. Il a notamment participé à la révision de la constitution de l’Etat du Bahreïn en 2001. Eu égard à son expérience et à son expertise internationale, l’homme peut mener à bien son projet dans le cadre de la commission ad hoc. Cette commission, selon le discours royal, va s’inscrire dans une démarche participative pour une révision de la constitution marocaine qui sera suivie d’un référendum pour sa validation. Dès lors, le rôle de la commission sera de travailler de manière minutieuse afin de proposer des amendements capables de remodeler globalement la constitution en se basant sur les sept fondements qui ont été cité par le Roi Mohammed VI et aussi en respectant les référentiels constants de l’unité de la nation marocaine.

Dans cette perception, il est important de mettre en exergue l’importance de la démarche participative de la consultation. La démocratie participative ne pourra être au rendez-vous que si chacun de nous a un esprit citoyen et pleinement responsable afin d’élaborer une bonne gouvernance citoyenne et constitutionnelle. Dans ce sens, les mécanismes politiques structuraux doivent prendre en compte les revendications des manifestants. Eu égard au discours royal, la commission ad hoc en question est appelée à faire preuve de créativité et d’imagination pour concevoir un dispositif constitutionnel visionnaire qui répond aux enjeux d’un Maroc capable d’assumer ses responsabilités et d’assurer une croissance et une prospérité pour tous.


Dr Cherkaoui Roudani: "Le renforcement du rôle du premier ministre donnera plus de légitimité démocratique au gouvernement"
Avec cette future constitution, les pouvoirs du premier ministre seront renforcés. Cette réforme devrait placer le gouvernement qui sera issu des urnes face à ses responsabilités?

Nous vivons aujourd’hui à travers ce discours un moment majeur dans l’histoire du Maroc contemporain. C’est un commencement, où chacun a un rôle à remplir. La future constitution doit corriger la faiblesse de l’assemblée – les deux chambres- devant l’exécutif. Aussi faut-il avoir le courage de le dire; l’immobilisme qui caractérise la scène politique marocaine entrave le fonctionnement de la démocratie. C’est une crise politique mais aussi une crise morale où la représentativité dans les deux chambres n’est pas à la hauteur d’une société dont la majorité est jeune et créative. Le renforcement des pouvoirs du premier ministre passe, entre autre, par une refonte de l’article 51 qui dispose que « les propositions et amendements formulés par les membres du Parlement ne sont pas recevables lorsque leur adoption aurait pour conséquence, par rapport à la loi de finances, soit une diminution des ressources [de l’État], soit la création ou l’aggravation d’une charge publique. » .C’est un exemple parmi d’autres qu’on peut citer mais pour rester dans le vif de votre de question, j’ose dire que ce qui importe, c’est que le fonctionnement institutionnel doit être à la hauteur du mouvement de rénovation, de modernisation qui s’opère aujourd’hui dans la société marocaine. Je pense que 2012 sera le test politique de cette reforme politico-institutionnelle. Le Maroc d’aujourd’hui a besoin d’un gouvernement fondateur qui puise sa force et sa perception dans ces changements qui s’opèrent dans notre pays et non un gouvernement de repli. La société marocaine aspire le plein emploi qui accordera à chacun de gagner sa vie avec dignité et liberté. Le Maroc d’aujourd’hui a besoin de plus d’égalité dans l’accès à l’éducation, aux soins et à une justice sociale. Pour y parvenir, il faut un gouvernement, comme je l’ai dit, fondateur qui devrait avoir une démarche globale mais aussi une réaction proactive ponctuelle. Un gouvernement avec une action politique qui permette à la société de mieux maitriser ses problèmes, de surmonter ses contradictions et d’aller vers plus de cohésion sociale et de rayonnement.

Cette annonce royale traduit-elle la volonté du roi Mohammed VI de poursuivre à un rythme soutenu les chantiers de réformes engagés dès son accession au trône?

La démarche royale est courageuse, c’est une initiative réformiste sempiternelle. Cette annonce reflète le devenir de la gouvernance citoyenne du Maroc de demain. Néanmoins, il est important de préciser que la régionalisation avancée ne peut fonctionner sans une élite marocaine capable d’assumer ses responsabilités. Il n y aura pas un deus ex machina politique susceptible de changer en clin d’œil la réalité politique marocaine, qu’il faut dire amère. C’est pourquoi, un nouvel contrat social ne peut être effectif sans une conceptualisation rationnelle des priorités d’aujourd’hui. Dès lors, la reconfiguration du champ politique marocain est indispensable. La mise en place de pôles politiques est substantielle pour lutter contre le désinvestissement des jeunes dans la chose politique. C’est une condition sine qua non afin de donner un élan aux réformes politico-institutionnelles annoncées.

*Politologue, spécialiste des questions géopolitiques
Publication de plusieurs études sur le terrorisme dans le Maghre;
Analyses sur le processus de paix au Moyen -Orient
Publication d'analyses sur la gouvernance et la démocratie au Maroc
Membre du Conseil d’Administration de plusieurs structures de formation et d’enseignemens en France
Membre de plusieurs fondations internationales
Vendredi 11 Mars 2011 - 11:34

Hasna Daoudi





1.Posté par jupietr le 12/03/2011 11:17 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
enfin un gvt sera obligé d'assumer ses responsabiltés et de rendre des comptes car il n'a fait que la politique de l'autruche jusqu'à présent

2.Posté par badio le 13/03/2011 10:36 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
le marco avance et la décision du roi du maroc de réformer la constitution est un pas vers une véritable democratistion. le peuple marococain mérite bien ça

3.Posté par bahae le 14/03/2011 17:08 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Bien dit. nous avons besoin d'un gouvernement qui sera obligé e travailler au lieu de fire des affaires. cette réforme est une excellente chose pour le Maroc

4.Posté par ilham le 15/03/2011 00:56 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Mr. Roudani est un grand homme. un discours concis et complet.chapeau bas.

5.Posté par Jahaim le 17/03/2011 15:28 | Alerter
Utilisez le formulaire ci-dessous pour envoyer une alerte au responsable du site concernant ce commentaire :
Annuler
Très bonne analyse. Le Maroc ne peut etre comparé à la tunisie et à l'égypte. je suis d'accord avec notre professeur M.Roudani qui disait que les marocains ont besoin d'un gouvernement fondateur pas un gouvernement de replis ... c'est de la réflexion politique cher monsieur Roudani et je vous en félicite.

Nouveau commentaire :
Twitter