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Dominique de Villepin : "Nicolas Sarkozy est prisonnier de lui-même" (Le Monde)


Jeudi 15 Avril 2010 modifié le Jeudi 15 Avril 2010 - 23:04

Dominique de Villepin, ancien premier ministre, était l'invité des "Questions du mercredi" (France inter, Le Monde et Dailymotion) au côté d'Abd Al Malik, poète de la scène rap.




Dominique de Villepin : "Nicolas Sarkozy est prisonnier de lui-même" (Le Monde)
2 600 milliards de besoin de financement pour les retraites à l'horizon de 2050 si rien n'est fait. Les chiffres sont proprement affolants. Pourquoi les gouvernements successifs ont-ils laissé faire ?

Dominique de Villepin : Chacun porte sa part de responsabilité mais tout n'est pas égal. J'ai été premier ministre entre 2005 et 2007 dans une période où les déficits, la dette et le chômage de la France ont baissé ! Certains font des choses, d'autres pas. L'idée que nous allons d'ici à la fin du quinquennat régler le problème est une farce. Il faut inscrire sa résolution dans la durée et commencer à poser des jalons courageux.

Faut-il créer un impôt de solidarité pour la retraite ?

D. de V. : Je préconise un geste de justice sociale. Nous ne pouvons pas demander aux Français dans une période difficile des efforts sans donner des exemples.

Abd Al Malik : Dans les cités, on a le sentiment d'un manque de solidarité, les gens sont livrés à eux-mêmes et deviennent finalement des objets. Leur réflexion est basique. C'est la survie au jour le jour. Ils attendent quelque chose des politiques, mais en même temps ils se disent qu'à chaque fois, il ne se passe rien.

D. de V. : Depuis trente ans, tous les plans banlieue ont échoué malgré les milliards d'euros déversés. L'erreur, c'est de prendre la question des banlieues par petits morceaux, non dans leur globalité.

A. A. M. : La cité n'est pas un territoire étranger, c'est la France. C'est hyperimportant de pouvoir travailler sur les imaginaires. La France doit apprendre à se regarder et à s'aimer dans son "entièreté". Si, aujourd'hui, notre parole ne porte pas à travers le monde c'est que la France, d'une certaine manière, ne s'aime pas.

D. de V. : On a saucissonné l'identité française.

A. A. M. : Le débat sur l'identité nationale aurait pu être un merveilleux moment pour travailler à construire du lien. Mais la façon dont il a été mené a conduit à stigmatiser une partie de la communauté nationale, pour ne pas dire la criminaliser. Personnellement, j'ai vécu cela comme une agression.

D. de V. : Le débat a dérapé à cause de ce terrible ministère de l'identité nationale et de l'immigration qui est une insulte à notre pays. Associer l'identité nationale et l'immigration, c'est rejeter, diviser, instrumentaliser. Ce n'est pas à l'image de l'exigence républicaine.

Faut-il lutter, comme le souhaite Nicolas Sarkozy, contre les bandes armées, le trafic de drogue ?

A. A. M. : Evidemment, la sécurité, c'est important mais il y a de la pédagogie à faire. On focalise sur des éléments qui créent la peur. Et lorsqu'on a peur, on ne peut pas agir bien. Tout d'un coup, on a l'impression qu'il y a une génération spontanée de jeunes dans les quartiers qui sont des bandes organisées, des dealers, etc. Ça existe, mais il y a aussi des parents, des gens qui se battent pour construire et s'épanouir dans ce pays.

Nicolas Sarkozy n'est-il pas tenu d'avoir une réponse sécuritaire pour ramener les électeurs à lui ?

D. de V. : Je ne sais pas s'il est prisonnier de son électorat, il est en tout cas prisonnier de lui-même. Il n'y a pas une nuance entre ce qu'il disait en 2002 et ce qu'il fait aujourd'hui. Mais la sécurité ne peut être la seule réponse. Soyons très attentifs à ne pas surfer sur les peurs.

Faut-il une loi pour interdire le port du voile intégral ?

A. A. M. : On nous parle de quelque chose qui a très peu d'importance. C'est très important d'expliquer ce qu'est vraiment l'islam parce que, aujourd'hui, dès qu'on parle de l'islam, on pense au 11-Septembre, au terrorisme, à des choses négatives. Lorsqu'il y a ce drame de prêtres pédophiles dans l'Eglise, on ne dit pas que toute la chrétienté est pédophile.

D. de V. : Faisons très attention, les identités peuvent devenir meurtrières.

A. A. M. : Il y a deux moments qui ont été hyperimportants dans les banlieues et dans les cités. C'est quand l'équipe de France a gagné en 1998, et lorsque monsieur de Villepin a fait son discours à l'ONU contre la guerre en Irak. Maintenant, il faut être capable de passer au-delà des mots parce que, finalement, les mots n'ont de sens qu'illustrés.

D. de V. : La voie, c'est la solidarité, la République. C'est la seule chose qui compte.



Propos recueillis par Jean-François Achilli et Françoise Fressoz
Jeudi 15 Avril 2010 - 13:00

Le Monde




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