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Djurjura: je n'ai pas le droit de chanter en Algérie et j'en suis triste


Mardi 18 Mai 2010 modifié le Mardi 18 Mai 2010 - 12:40

Djurjura est en concert à l’Unesco le 19 mai dans le cadre du rapprochement des cultures. Trente ans après, le célèbre groupe Kabyle connait le même succès. Porte-voix des femmes, il est aussi attentif au malaise des cités.




Djurjura: je n'ai pas le droit de chanter en Algérie et j'en suis triste
« Djurdjura ». Le nom résonne comme des voix en chœur s’élevant de la montagne. Rien de plus naturel. Le groupe de musique berbère a emprunté son nom à un massif montagneux de la Kabylie. Ce qui lui vaut sans doute sa longévité. Plus de trente ans de succès et pas une ride sur les visages familiers de Djura, Malha et Fatima, fidèles à leur tenue traditionnelle aux couleurs chatoyantes et parées de leurs bijoux en argent, dans un désir affiché de conserver jalousement leur patrimoine.

L'Unesco les a invités à se joindre aux festivités de l'Année internationale du rapprochement des cultures, célébrées en 2010. Le concert Voix de la Paix, qui se tiendra le 19 mai, sera interprété par un trio de choix composé de Djura, et de deux autres sopranes, une libanaise et une allemande, accompagné par l’orchestre philarmonique de Qatar dirigé par Amine Kouider. Un festival auquel participera également l’un des grands noms de la chanson arabe, l'artiste engagé Marcel Khalifeh.

La paix et la fraternité sont les thèmes de prédilection de Djurdjura en lutte constante depuis sa création en 1977 pour l’émancipation des femmes et pour le respect du principe de laïcité. Chaque parole chantée l'est au nom des femmes qui n’osent pas se révolter. Chaque mot prononcé dénonce les atteintes à la dignité, prône les valeurs d'universalité et du respect de la diversité.

A chaque période son combat. Celui d'aujourd'hui pour Djurdjura est d'alléger le poids des maux qui pèsent sur les quartiers les plus défavorisés.

Djurdjura a mis en place depuis deux ans un spectacle itinérant dans plusieurs villes de France. L'opéra des cités est un programme initié suite aux émeutes de 2005 dans les banlieues. « Etant moi-même issue de la cité de la Courneuve, j’ai été très sensible à leur souffrance, une vraie souffrance de déraciné », explique Djura. Le spectacle sous la forme d'une immense fresque, met en scène des personnes exerçant des disciplines différentes et cohabitant dans l'harmonie.

Djurdjura compte ainsi sensibiliser les jeunes à l'esprit de solidarité, établir un pont entre tradition et modernité, mais surtout leur redonner estime et confiance en eux. Ces artistes regrettent que les journalistes ne se déplacent dans les cités que lorsque les voitures brûlent. « Nous, ce sont les exemples positifs qu’on a envie de montrer ». D'où cette initiative de monter dans les quartiers, des ateliers pédagogiques de musique, de danse, de hip hop, de stylisme et de chant.

Elever les mentalités par la culture, la musique et la chanson, faire découvrir la richesse d’un patrimoine parfois méconnu, cette mission le groupe Kabyle l'accomplit au delà des frontières, au Maroc et en Tunisie notamment. L'inauguration du premier festival Méditerranéen de la culture Amazigh de Tanger reste un excellent souvenir d'hospitalité et d'échange.

« L'Algérie à beaucoup à apprendre du Maroc"

« L'Algérie à beaucoup à apprendre du Maroc. Autrefois nous étions les premiers à faire des choses en matière de musique et je trouve que maintenant les Marocains sont devant tout le monde car le peuple marocain montre sa berbérité sans complexe». C'est en tout cas le point de vue de Djura pour qui il n'y a rien de plus gratifiant que d'écouter des enfants, pas plus haut que trois pommes reprendre en chœur les refrains écrits et composés par ses soins.

Ce qu'elle déplore enfin c'est de ne jamais avoir eu l'opportunité de se produire en Algérie. « J’ai le droit de chanter et de m’exprimer dans le monde entier mais pas en Algérie ni en Kabylie.
C’est le reflet d’une certaine politique et j’en suis très triste ».
Mardi 18 Mai 2010 - 12:14

Leila Madani




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