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Didier Fassin: "En se niant comme pays d'immigration, la France met en péril sa cohésion et son unité"


Lundi 15 Mars 2010 modifié le Lundi 15 Mars 2010 - 14:16

Un changement s'opère en France dans la façon de définir l'étranger. Les frontières ne sont plus juridiques et géographiques, mais sociales, culturelles, voire raciales. L'anthropologue et sociologue Didier Fassin a enquêté sur cette dérive.




Didier Fassin: "En se niant comme pays d'immigration, la France met en péril sa cohésion et son unité"
En 2006, un an après les émeutes qui ont enflammé les banlieues, un programme de recherche fut lancé et financé par l'ANR (Agence nationale de la recherche) afin de mettre à jour « les nouvelles frontières de la société française ». De la reconnaissance des discriminations à la montée des revendications minoritaires, impossible d'ignorer la formation de nouvelles lignes de partage à l'intérieur de l'espace national. Durant quatre ans, sociologues, anthropologues, juristes, politistes, psychiatres ont enquêté sur le terrain. Le fruit de leur travail, d'une brûlante actualité, est publié aujourd'hui aux éditions La Découverte, sous la direction de Didier Fassin. Cet anthropologue, sociologue et médecin partage son temps entre la France et les Etats-Unis : premier non américain à être nommé professeur à l'Institut d'étude avancée de Princeton, il continue d'enseigner à l'Ecole des hautes études en sciences sociales, à Paris.

Qu'appelez-vous les « nouvelles frontières de la société française » ?

Ce sont toutes ces limites par lesquelles on cerne l'étranger. Le fait marquant, depuis quelques années, est qu'il ne s'agit plus seulement des frontières géographiques du territoire et juridiques de la nationalité, mais aussi des frontières immatérielles, non officielles, définies selon des critères sociaux, culturels, ethniques ou même raciaux, qui dessinent un étranger de l'intérieur. Un citoyen américain qui vit en France, même s'il parle très mal notre langue, sera considéré, dans sa vie de tous les jours ou même dans ses rapports avec l'administration, comme moins étranger qu'un Français d'origine malienne : il aura moins de mal à trouver du travail, il sera moins souvent contrôlé par la police, il fera l'objet de moins de préjugés. Comme le révèle un récent témoignage, même un journaliste du Monde, s'il a un nom arabe, peut être considéré comme étranger, ce qui indique bien que le phénomène touche tous les milieux sociaux. En fait, il n'y a pas en France de « problème des étrangers », mais un problème de « qui est vu comme étranger ».

Pouvez vous décrire ces deux types de frontières, externe et interne ?

Il n'existe qu'un seul mot en français pour dire « frontière ». En anglais, il y en a plusieurs, et j'en ai retenu deux : border, la ligne territoriale et légale qui sépare les étrangers et les nationaux ou les immigrés et les autochtones, et boundary, qui désigne les limites invisibles, symboliques, tracées entre catégories sociales et groupes humains. Ces frontières intérieures distinguent les individus sur des critères de couleur, d'origine, de culture, voire de religion, qui contribuent à radicaliser la différence. Ce sont des constructions idéologiques de l'Autre dont l'efficacité pratique est considérable pour compliquer l'accès à l'éducation, à l'emploi ou au logement. C'est pourquoi nous avons décidé, en réunissant une quarantaine de chercheurs, de travailler sur cette double frontière que la plupart des études abordent séparément : il y aurait d'un côté l'immigration et les sans-papiers, de l'autre la discrimination et les jeunes des banlieues. Il faut penser les deux ensemble.

Pourquoi ensemble ?

Parce que, de fait, ces frontières sont de plus en plus confondues. Depuis deux ou trois décennies, on observe comment la « question immigrée » et la « question raciale » interagissent. Précisons que, lorsqu'on parle de question raciale, il ne s'agit pas de supposer que des races existent, mais de constater que certains agissent comme si elles existaient et utilisent la couleur ou l'origine comme un critère pour différencier, et souvent discriminer, des personnes. La confusion des frontières n'est pas un phénomène nouveau : à la fin du XIXe siècle, le monde colonial distinguait légalement les Français sur des critères raciaux avec le code de l'indigénat et, au début du XXe siècle, l'attitude à l'égard des Polonais ou des Italiens avait souvent une dimension raciste. Pourtant, au cours des dernières décennies, le fait était resté invisible, y compris pour les personnes concernées par ces inégalités de traitement. Il est revenu en force à mesure que les frontières extérieures se fermaient à l'immigration tandis que les frontières intérieures se consolidaient. En 1974, c'est la fin officielle des campagnes de recrutement de travailleurs immigrés, puis, en 1984, le regroupement familial, jusque-là favorisé, fait à son tour l'objet de restrictions. Dans les années qui suivent, l'enjeu de la « question immigrée » se réduit à exclure des catégories d'étrangers de plus en plus diverses, des demandeurs d'asile aux étudiants. Parallèlement, ceux qui étaient ici se sont stabilisés. Leurs enfants ne sont plus, pour la plupart, immigrés ni étrangers, mais français autochtones, au même titre que les Français que certains appellent « de souche ». Dès lors, il devient évident que les discriminations ne peuvent plus être expliquées parce qu'on aurait affaire à des non-nationaux, mais parce que ces Français nés en France ne sont pas tout à fait considérés comme faisant partie de la nation et bénéficiant d'une pleine citoyenneté. Les émeutes de 2005, déclenchées par la mort de deux adolescents à Clichy-sous-Bois, ont révélé l'articulation entre ces deux types de frontières.

En quoi ?

Les émeutiers eux-mêmes étaient pour la plupart des Français nés en France, mais de famille immigrée. Plus largement, la protestation des jeunes et parfois de leurs parents, même quand ils n'étaient pas impliqués dans les affrontements, était dirigée contre les dénis de droit dont sont victimes nombre d'entre eux. Mais ce sont surtout les commentaires qui ont montré comment les deux frontières étaient désormais confondues par beaucoup, dans les mondes médiatique, intellectuel et politique. On a parlé de « métèques » pour désigner les jeunes, de « révolte raciale » et de « racisme anti-Blancs », on a mis en cause la « polygamie » des hommes africains. L'intervention du président Chirac, quelques semaines après le début des émeutes, est très révélatrice. Donnant des gages à la fois aux radicaux et aux modérés de son électorat, il invoque deux explications : l'immigration irrégulière et les discriminations raciales, comme s'il y avait un lien entre les deux.

Qu'est-ce que la "racialisation" des discours dont vous parlez ?

C'est une manière de regarder le monde social à travers des lunettes raciales. Mais en fait, ce que j'essaie de montrer, c'est que la racialisation comporte des dimensions différentes selon qui regarde. Il y a celui qui racialise l'autre : c'est le phénomène d'assignation. Par exemple, lorsque, dans une équipe de football, on compte les joueurs en fonction de leur couleur de peau. Il y a celui qui est racialisé et qui inverse le stigmate en revendiquant ce par quoi on le distingue : c'est ce qu'on peut appeler la reconnaissance. Ainsi, la mobilisation des Noirs, que ce soit aux Etats-Unis avec le Civil Rights Movement, ou en France, avec le CRAN, Conseil représentatif des associations noires, se présente comme une réponse politique aux discriminations dont ils font l'objet et non pas, comme on le prétend souvent, comme une demande communautariste. Enfin, il y a l'observateur ou l'analyste qui essaie de rendre compte de ces phénomènes : c'est l'objectivation. On sait quelles controverses ont ainsi entouré en France les enquêtes visant à compter les individus en fonction de leur couleur ou de leur origine, principalement pour lutter contre les discriminations. Ce sont donc trois réalités bien différentes de la racialisation que, pourtant, on confond souvent.

Et en quoi distinguez-vous racialisation et racisme ?

La manière traditionnelle d'aborder le problème, c'est en effet de dénoncer le racisme. On considère que ceux qui parlent de races sont souvent racistes et utilisent ce langage-là pour induire des hiérarchies qui conduisent à moins bien traiter certains groupes. Or le racisme n'est pas suffisant pour décrire et comprendre certains phénomènes à l'oeuvre dans la société. Parler de « racialisation » permet de quitter le registre de la dénonciation (sans pour autant sous-estimer la réalité du racisme). Il ne s'agit pas de savoir si c'est bien ou mal de voir son voisin comme un Arabe, de se définir soi-même comme Noir ou de produire des statistiques utilisant un critère ethnique. La question est avant tout de comprendre ce qui est en jeu lorsqu'on produit et utilise de telles catégories. En tant que citoyen, on peut bien sûr regretter la racialisation mais, en tant que chercheur, il importe d'étudier le phénomène pour nous le rendre plus intelligible. Ce qui permet éventuellement de mieux le combattre. Par exemple, en rendant visible des réalités qu'on préfère généralement taire. Le débat sur l'identité nationale et plus largement sur l'identité européenne révèle en creux une racialisation blanche, c'est-à-dire un point de vue racial sur ce que devraient être la France ou l'Europe : une communauté de culture et de religion, mais aussi de couleur et d'origine. Ce sont du reste les mêmes qui s'indignent de la présence de trop de Noirs ou de musulmans dans notre société et qui se plaignent d'un racisme anti-Blancs.

Beaucoup de pays d'Europe sont confrontés à cette définition de « qui est l'étranger ». Comment expliquez-vous qu'elle se fixe partout sur l'islam, qui finit par englober toutes les questions de races ?

Précisons que, d'une part, la racialisation existe partout, y compris en Afrique ou en Asie, et donc pas seulement en Europe ou en Amérique du Nord et que, d'autre part, le racisme a connu dans nos pays des formes bien plus violentes et cruelles qu'aujourd'hui. Cela dit, la construction européenne a en effet exacerbé ce problème de qui est dedans et qui est dehors, qui est des nôtres et qui ne l'est pas. Et là aussi, borders et boundaries s'entremêlent. D'abord, tous les extra-communautaires ne se valent pas : mieux vaut venir de New York que de Brazzaville. Ensuite, au sein même de l'Union européenne, on crée des distinctions : on ne traite pas les Roms comme les Auvergnats. Pour en venir à votre question, la fixation hostile et dépréciative sur l'islam et les musulmans s'est effectivement développée récemment partout en Europe et en Amérique du Nord dans un contexte international trop rapidement analysé par certains en termes de « conflit de civilisations », en particulier depuis le 11 septembre 2001. Mais là encore, n'oublions pas l'Histoire. Le mépris à l'égard des musulmans et l'islamophobie puisent leurs racines dans l'histoire coloniale et dans les préjugés de l'orientalisme. La question qu'il est légitime de se poser est de savoir si ces phénomènes peuvent être assimilés à la racialisation, voire au racisme. Parfois, la réponse est de toute évidence positive. C'est le cas lorsque des responsables politiques ou des intellectuels attribuent aux musulmans des caractéristiques physiques, voire biologiques, qui permettent à la fois d'essentialiser et de stigmatiser leurs différences : c'est également ainsi qu'a toujours fonctionné l'antisémitisme. Parfois, en revanche, la fixation sur l'islam, tout en jouant sur de possibles ressorts racistes, relève plutôt de l'instrumentalisation politique. C'est ce qui est en jeu en France avec le débat sur la burqa ou en Suisse avec la votation sur les minarets : on choisit des faux problèmes et on désigne des boucs émissaires qui permettent de susciter des inquiétudes au sujet des étrangers de l'intérieur pour détourner des anxiétés fondées sur la situation économique, par exemple.

En utilisant ce terme de « racialisation », n'y a-t-il pas un risque de lever tous les tabous sur le discours autour de la « race » ?

J'en suis bien conscient et je ne crois pas qu'on puisse se satisfaire de l'idée que les chercheurs puissent utiliser ce vocabulaire sans que le reste de la société s'en empare. Il faut en effet des précautions et j'essaie d'éviter de recourir au mot « race » pour cette raison. Parler de racialisation c'est justement insister sur le fait qu'il s'agit d'une réalité construite. Mais cela ne résout pas complètement le problème. En fait, l'alternative est la suivante : soit on continue de ne pas nommer les choses, on renonce à décrire certaines réalités sociales parce qu'on ne les aime pas, et tout continue comme avant. Soit on rejette ce non-dit, on analyse les processus sociaux qui produisent des inégalités et des humiliations, parce qu'on pense qu'une société doit être lucide sur elle-même. Trop souvent, ceux qui choisissent la première option ont oublié de demander leur avis aux victimes des assignations et des discriminations raciales. Elles s'autorisent à parler à leur place. Quand on interroge les personnes qui appartiennent à des minorités en France, mais aussi dans d'autres pays, beaucoup demandent qu'on rende compte de leur expérience de la racialisation, car elles pensent que poser le problème c'est commencer à le résoudre. C'est une question de dignité et d'efficacité. Mais il y va aussi de la vérité de notre société. Nous avons trop longtemps vécu dans le mensonge à ce sujet. Ce qui n'exclut pas, bien sûr, la force des autres inégalités, sociales, économiques ou territoriales.

L'existence même d'un ministère de l'Immigration ET de l'Identité nationale contribue-t-elle selon vous à désigner nos « ennemis de l'intérieur » ?

Ce ministère nous dit, au fond, des choses assez banales et classiques en jouant sur le double registre de la xénophobie et du racisme, sous couvert d'un discours sur la citoyenneté et la nation. On a commencé par focaliser l'attention sur les personnes en situation irrégulière, ce qui a permis de déstabiliser l'ensemble des étrangers. On a continué en suscitant un imaginaire de l'identité, celui d'une « France éternelle », qui exclut de fait les immigrés et leurs enfants. Dans les deux cas, la population concernée est bien plus importante qu'on ne le dit : les suspects, ce ne sont pas seulement le sans-papiers et l'intégriste musulman, ce sont tous ceux que, pour des raisons raciales, culturelles, religieuses, certains considèrent comme indésirables. En se niant comme pays d'immigration et en s'inventant une identité différente de ce qu'elle est, la France met en péril sa cohésion et son unité. Ce jeu est dangereux. Il dégrade de surcroît l'image de notre pays au plan international. Mais les politiques ne sont pas coulées dans le marbre. Regardez comment, après les huit années sombres de la présidence Bush, l'élection d'Obama a fait bouger les lignes aux Etats-Unis. Ce n'est d'ailleurs pas seulement une question de qui est au pouvoir. Il est remarquable qu'en France, les initiatives du gouvernement dans ce domaine ont donné lieu à des réactions et à des résistances dans la société, notamment de la part des associations de défense des droits des étrangers, dont le travail quotidien constitue un rempart contre les dérives actuelles. Au-delà d'elles, beaucoup savent que nous avons une responsabilité éthique à faire de la politique, au sens que Hannah Arendt donne à ce mot, à savoir « ce qui traite de la communauté et de la réciprocité d'êtres différents ». Il y a aujourd'hui en France des hommes et des femmes inspirés par cette responsabilité.

Propos recueillis par Catherine Portevin et Sophie Lherm
Télérama n° 3133
A lire
Les Nouvelles Frontières de la société française, sous la direction de Didier Fassin, éd. La Découverte, sortie le 18 février, 600 p., 28
Lundi 15 Mars 2010 - 14:00






1.Posté par Dan le 16/03/2010 09:36 | Alerter
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Les thèses bien connues de Didier Fassin relèvent d'un parti pris de voir systématiquement ce qui ne marche pas, ce qui pose problème et si possible ce qui lui permet de stigmatiser la société à laquelle il appartient, c'est-à-dire « la société française ». Je l'ai entendu maintes fois à la radio, et c'est toujours le même discours. Ce qu'il ne veut pas voir, c'est d'une part l'extraordinaire bouleversement de nos sociétés au cours des 40 dernières années, bouleversement auquel les personnes essaient de s'adapter comme elles le peuvent, et finalement pas si mal en Europe, si l'on compare à ce qui s'est passé en Yougoslavie, où ce qui se passe en Chine, au Zimbabwe, au Nigéria, au Soudan... Ce qu'il ne veut pas voir, par ce que cela ne correspond pas très bien à ses thèses de victimisation, ce sont les extraordinaires réussites de milliers de personnes originaires d'Afrique et d'Asie, dont la société est passée en un siècle d'une société rurale (cf. Germain Tillion et Bourdieu à propos de l'Algérie par exemple) à une société « hypermoderne » dont beaucoup maîtrisent parfaitement les codes et le fonctionnement. Évidemment, cela ne s'est pas fait en trois ans, et c'est le grand mérite de l'école, de beaucoup de parents, des enfants eux-mêmes, d'être arrivés à ce résultat. Personnellement, je donne des cours dans une grande école d'ingénieurs (considérée comme la quatrième de France). Cette année, dans mon groupe de 24 élèves, six (dont trois filles) étaient issus de l'immigration, avait fait des classes préparatoires aux grandes écoles, et avaient passé pour entrer les mêmes concours que tout le monde.
Si l'on parle de l'islam, ce qui est extraordinaire, et très positif, c'est la multiplication des ouvrages consacrés à l'islam, à la réflexion sur l'adaptation de l'islam à des sociétés différentes des sociétés où il était traditionnellement implanté. Des penseurs comme Rachid Benzine, Mohamed Arkoun, Youssef Seddik, Mohammed Charfi, … Et bien d'autres ont trouvé un public. Les colloques se multiplient, les échanges également. Évidemment, il y a des critiques, mais au nom de quoi une religion quelle qu'elle soit serait-elle épargnée par la critique ? Il y a des remises en cause de certaines pratiques ou de certains dogmes, comme le crime d'apostasie, ou le port du voile-du même ordre que le port de la kippa et posant vis-à-vis de la laïcité le même type de problème, bien qu'ils ressortent d'une symbolique différente. La religion catholique a été beaucoup plus remise en cause par les dispositions légales depuis 40 ans (contraception, avortement, Pacs) que ne l'est la religion musulmane, et Didier Fassin n'en tire pas de conclusion sur la catholicophobie. Les scandales de pédophilie qui agitent aujourd'hui les médias à propos de l’église, et qui ont surtout fait souffrir des centaines de victimes innocentes peuvent être mis en parallèle avec les mariages forcés : il ne s'agit pas de pratiques imposées par la religion, mais de déviations et de crimes qui s'épanouissent dans un climat. Si l'on suit Didier Fassin, il deviendra aussi difficile de critiquer certaines formes d'islam - et de pratiques abusives faites au nom d'un islam fantasmé - qu'il est aujourd'hui difficile de critiquer l'État d'Israël : on se fera taxer d'islamophobie comme on se fait taxer d'antisémitisme dès que l'on utilise son devoir et son droit de critique rationnelle. Nombre de mes amis issus du Maghreb revendiquent le droit à la laïcité, et beaucoup d'écrivains du monde musulman expriment avec force leur méfiance vis-à-vis d'un certain islam (Wassyla Tamzali, Boualem Sansal, Taslima Nasreen, Salman Rushdie, Fadela M’Rabet et des dizaines d'autres). Certains proposent des voies alternatives, comme Abd El Malik et le soufisme. Au nom de quoi la critique de la religion serait-elle réservée à ceux dont la culture a été marquée par cette religion ? Toute critique honnête, toute analyse honnête est intéressante et légitime, quelle que soit l'origine culturelle de son auteur. Didier Fassin a bien entendu le droit et le devoir d'exprimer ses thèses, mais on peut aussi refuser ce parti pris de ne voir que ce qui ne fonctionne pas bien, alors que jamais la société française n'a été aussi métissée, et qu'elle le sera de plus en plus, si les religions ne l'en empêchent pas. Une laïcité intelligente est sans doute l'une des clés de la possibilité de construire ensemble une société aussi harmonieuse que possible.

2.Posté par Pierre Dupont le 16/03/2010 21:00 | Alerter
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Il est vrai qu'il est condamnable de ne voir que le mal dans la société et d'ériger ses dysfonctionnements ponctuels en malaise général. Seulement, s'il est vrai que la société française n'a jamais été aussi métissée, il ne faut pas pour autant prendre pour acquise une situation qui ne l'est pas: les émigrés et descendants d'émigrés ne bénéficient pas des mêmes chances d'insertion des mêmes opportunités que les français "de souche", et cristallisent souvent les craintes et les débats autour d'un concept aujourd'hui malmené et incompris: la nation.
Didier Fassin cherche ici à comprendre pourquoi c'est le cas, il ne cherche pas à apporter une réponse finale au débat qu'il aborde, ni même à présenter les exemples de réussite d'intégration, car cela prendrait bien plus qu'un simple article.
Il est exagéré de dire que critiquer l'Etat d'Israël conduit inévitablement à se faire taxer d'antisémitisme, tout comme il est exagéré de dire que la critique de certaines dérives religieuses est difficile. Les processus décrits par Didier Fassin permettent au contraire de mieux comprendre les phénomènes qui se déroulent sous nos yeux: la "racialisaton" et la stigmatisation de l'identité de certains individus expliquent pourquoi il y a une apparente contradiction entre les sociétés occidentales et l'Islam. c'est à cause de ce processus de racialisation que les musulmans en tant que groupe tendent à être réduits à sa faction la plus radicale, ce qui conduit à faire l'impasse sur l'intégration réussie de la très grande majorité de ses membres.
Il est donc important de comprendre pourquoi des problèmes d'intégration persistent (au quotidien, dans la perception des gens, et pas seulement au niveau des mesures politiques en place), afin d'arriver à mettre en place des formes plus intelligentes et positives d'intégration, dont la laïcité est bien évidemment la clé de voûte.

3.Posté par Dan le 18/03/2010 15:01 | Alerter
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Plusieurs points font débat :
1. l'affirmation de Didier Fassin : « En se niant comme pays d'immigration, la France met en péril sa cohésion et son unité. » Qu'est-ce qui lui fait dire que la France se nie comme pays d'immigration ? Implicitement, cela voudrait dire soit qu'il y a une voix de « la France », et j'aimerais savoir qui est cette voix, soit que, sociologiquement, Didier Fassin perçoive que ce qu'il appelle «la France » se nie comme pays d'immigration - ce qui est étonnant pour un pays dont le quart des habitants ont des origines proches venant d'autres pays, et dont tous les ténors politiques à une seule exception près acceptent et souhaitent qu'elle soit un pays métissé.
« Le métissage c'est la volonté de vivre ensemble. Le communautarisme c'est le choix de vivre séparément. Mais le métissage ce n'est pas la négation des identités, c'est pour chacun, vis-à-vis de l'autre, la reconnaissance, la compréhension et le respect.
C'est de la part de celui qui accueille la reconnaissance de ce que l'autre peut lui apporter. C'est de la part de celui qui arrive le respect de ce qui était là avant lui. C'est de la part de celui qui accueille l'offre de partager son héritage, son histoire, sa civilisation, son art de vivre. C'est de la part de celui qui arrive la volonté de s'inscrire sans brutalité, comme naturellement, dans cette société qu'il va contribuer à transformer, dans cette histoire qu'il va désormais contribuer à écrire. La clé de cet enrichissement mutuel qu'est le métissage des idées, des pensées, des cultures, c'est une assimilation réussie. (Nicolas Sarkozy – Le Monde – 9 décembre 2009)
2. Mais il faut tenir compte de la réalité : une immigration non régulée est-elle possible ? Quelles sont les positions des différents acteurs sur ce sujet ? Qui est partisan d'une immigration non régulée ? Quelles sont les simulations qui sont faites concernant le logement, l'école, la santé, l'emploi ? Quel régime démocratique obtiendra de la collectivité les efforts absolument indispensables pour permettre d'accueillir dans des conditions humainement acceptables des flux considérables et surtout non régulés ? Quelle est la position sur ce sujet du parti socialiste ? Du parti communiste ? Du front de gauche ? Comment envisagent-ils de loger les nouveaux arrivants ? Quelles conséquences sur l'urbanisme, la disponibilité des terrains, la concurrence sur l'emploi ? Faudra-t-il imposer aux entreprises d'embaucher ? Donc, en pratique, les nationaliser toutes pour leur permettre de bénéficier de subventions d'équilibre ? Je ne sais pas si un seul parti envisage cette situation, mais j'aimerais connaître les hypothèses qu’ils font. Donc oui, la France ne peut pas être un pays d'immigration non régulée, mais elle est et sera un pays d'immigration régulée. Ensuite, le débat légitime porte sur les critères de régulation, les approches du contrôle, la manière de traiter les différentes situations individuelles.
3. « On a continué en suscitant un imaginaire de l'identité, celui d'une « France éternelle »… Dans quel texte a été prônée cette France éternelle ? Et par qui ? Est-ce celle de Péguy ? De Michelet ? De la France constituée de tout temps par les immigrations romaines, saxonnes, franques, vandales, vikings, italienne, espagnole, polonaise, algérienne, africaine, … ? « et en s'inventant une identité différente de ce qu'elle est » … Une fois de plus, qui est cette « France » qui s'invente une identité différente de ce qu'elle est ? Le débat sur l'identité nationale, bien que refusé par tous les bons esprits, en partie par peur de l'expression des citoyens, (donc par un certain mépris envers les citoyens qui ne seraient pas capables de penser de façon humaniste) a certes montré qu'il y avait en France un certain nombre de déséquilibrés renforcés par les héritiers des traditions d'extrême droite, de Vichy, de Maurras et de l'OAS. Ce n'est pas une révélation. Mais il a fait apparaître aussi, dans la limite où les médias en ont laissé l'expression, une volonté et un désir de constituer une identité qui s'enrichit des apports successifs, qui constitue un patrimoine de plus en plus riche, alliant Victor Hugo et Abdelkader, Lévi-Strauss et Hampaté Ba, Roschdy Zem et Daniel Auteuil, Souad Massi et Juliette Greco…. J'ai appris à l'université que chaque fois qu'une personne disait « on », il fallait lui demander qui était le « on ». C'est ce que je demande à M. Fassin. C'est trop facile d'inventer des positions et d'accuser les autres de positions imaginaires.
4. Je ne sais pas ce que veut dire M.Fassin par « ce qu’elle est » : cela veut dire qu'il reconnaît d'une part qu'il existe une identité nationale, ce qui a été fortement remis en cause, et d'autre part qu'il a des informations tout à fait passionnantes sur ce qu'est cette identité nationale. De plus, il a réussi à savoir ce qu'était cette « identité inventée » (inventée par qui ? Où sont les textes ?).
5. « Quand on interroge les personnes qui appartiennent à des minorités en France, mais aussi dans d'autres pays, beaucoup demandent qu'on rende compte de leur expérience de la racialisation, car elles pensent que poser le problème c'est commencer à le résoudre. » (Didier Fassin) Je suis prêt à reconnaître une part de vrai dans cette affirmation, (qui est "on" ?) à condition de prendre le terme « racialisation » au sens large d'appartenance à une minorité : les discriminations faites aux immigrés italiens avant la guerre, aux réfugiés espagnols, étaient sans doute encore plus violentes, injustes et insupportables que celles qui sont faites à d'autres minorités aujourd'hui. Il y a eu une prise de conscience, dans la pensée collective et dans la législation, qui a fait évoluer un certain nombre de conduites. Mais l'expérience de la Yougoslavie montre la fragilité des équilibres, et tout en appelant à la lucidité de l'analyse, appelle surtout à la reconnaissance de l'autre, à la connaissance mutuelle, à la multiplication des interpénétrations, et peut-être à des projets partagés qui ne soient pas uniquement de consommation, mais de construction d'un monde vivable et durable, de solidarité avec les pays d'origine, qui font maintenant partie de notre univers proche, de volonté de fraternité pour aller vers plus d'égalité.
6. « Le mépris à l'égard des musulmans et l'islamophobie puisent leurs racines dans l'histoire coloniale et dans les préjugés de l'orientalisme ». Je peux accepter une partie de cette affirmation, mais je refuse cette généralisation. D'abord, s'il y a mépris d'une partie de la population, il y a aussi beaucoup d'intérêt et de curiosité, de recherche de compréhension, et il est malhonnête ne pas en faire mention. D'autre part, réduire les diverses attitudes envers l'islam et envers les islams à la seule responsabilité des non musulman est vraiment simpliste : j'ai beaucoup d'estime pour l'islam, ou du moins pour certaines formes d'islam, parce que je connais beaucoup de formes d'islam constructives, et beaucoup de musulmans porteurs de valeurs universelles. Mais d'autres musulmans, se réclamant de l'islam, sont aussi porteurs de destruction, et suscitent des réactions. On peut imaginer que les crimes de pédophilie dans l'église catholique aujourd'hui ne vont pas favoriser l'estime pour cette religion, comme son attitude sur l'homosexualité et la sexualité en général ont contribué à la déréliction envers cette religion. Ce n'est pas un supposé antisémitisme qui me fait condamner le sionisme tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, c'est l'action concrète observable des gouvernements israéliens depuis 1967. Quant à utiliser l'explication « universelle » de la colonisation, les Suisses, par exemple, ont très peu colonisé, et l'affaire des minarets doit sans doute plus à l'attitude du colonel Kadhafi et de son fils qu’à la colonisation suisse. L'attitude d'un certain nombre de musulmans irakiens envers les chrétiens installés en Irak bien avant les musulmans doit elle être considérée comme une conséquence de la colonisation arabe de la Mésopotamie au VIIIe siècle ?
7. Ce qui est rassurant d'une certaine façon, c'est de voir la violence des attaques de tous les groupuscules d'extrême droite, identitaires, fascistes, contre Éric Besson et Nicolas Sarkozy, accusés d'être des cosmopolites vendus à la fois aux Arabes et aux Juifs ( cf. par exemple Over-blog du 17 janvier 2010 : » les racines de Besson »), violence qui n'a d'égal que les attaques de l'extrême gauche et de la gauche bien-pensante.


4.Posté par Lacoste le 19/03/2010 21:55 | Alerter
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La France est déjà un pays "d'immigration régulée", et ce car une immigration complètement débridée n'est souhaitable pour personne, ni les accueillants, ni les arrivants. Le problème, comme le souligne Didier Fassin, c'est encore la "racialisation": lorsque l'on envisage d'effectuer des tests ADN pour vérifier l'identité d'arrivants et certifier leur lien de parenté, c'est une façon dégradante d'accueillir des gens qui vont soit disant intégrer le corps de la nation. Il y a régulation et régulation, et une régulation qui stigmatise les arrivants en les considérant comme un poids et non une richesse est très contre-productive si l'objectif, à terme, est qu'ils s'intègrent pleinement dans la société.
En revanche, il est vrai qu'argumenter en utilisant excessivement le terme "on" conduit à diluer toute argumentation dans l'imprécision et la diversité des positions qui se confondent dans ces deux lettres pourtant si innocentes: "on". Heidegger critiquait l'enfermement dans la "quotidienneté" et le "on", or si l'objectif d'une argumentation est de surmonter les réalités concrètes et quotidiennes pour effectuer une analyse en profondeur, alors il est absurde d'utiliser de mot à tort et à travers.
Ce qui est pervers avec l'évaluation de l'intégration de populations dans une société, c'est que la presse tend à se focaliser sur les dysfonctionnements plus que sur les réussites. On trouvera dans les journaux des faits divers relatant des attaques racistes, des dérapages verbaux de politiciens, des violences dans des banlieues comportant une majorité d'immigrés, mais jamais la presse ne relate les réussites de l'intégration, les aspects positifs du creuset français. D'un côté, heureusement que c'est le cas, sinon cela signifierait que l'intégration réussie est suffisamment rare pour apparaître dans les journaux. De l'autre, montrer en permanence les conflits sociaux liés à l'intégration a pour effet de graver dans l'imaginaire collectif l'impossibilité d'intégration des émigrés. D'où les réflexes réactionnaires consistant à déclarer comme irréductible l'incompatibilité des sociétés occidentales avec l'Islam, par exemple.
Ce que cet "Occident" ne sait pas, ou ignore, c'est d'abord que l'Islam est fondamentalement divers, et que certains aspects sont étonnamment proches des valeurs universalistes et humanistes des sociétés occidentales. Par exemple, le Coran dit: "Si tu tues un homme, tu tues l'humanité, si tu sauves un homme, tu sauves l'humanité.". d'autre part, on tend trop souvent à oublier que si l'Occident connaît aujourd'hui Socrate, c'est grâce à Averroès, le "Grand commentateur". La richesse de l'Islam est aussi grande que les les possibilités de radicalisation sont vastes, étant donné que cette religion n'est pas aussi centraliste et unitaire que l'église Catholique.

5.Posté par Dan le 27/04/2010 10:16 | Alerter
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Il me semble que nous sommes d'accord sur la plupart des points.
1. Toute généralisation est dangereuse, et il faut tenir compte de chacune des situations, de chaque personne, dans le contexte où elle vit. C'est une grande difficulté dans l'expression, car il est tentant d'utiliser des raccourcis et de mettre les gens dans des « catégories » très vastes qui ne reflètent pas la diversité situations et des histoires.
2. D'ailleurs, nous nous prenons tous au piège de la généralisation. Par exemple, le terme « Occident » ne recouvre pas grand-chose. J'ai peu de sympathie pour la culture « mainstream » , pour la politique de M. Bush, pour la City de Londres, pour M. Berlusconi,… Et tout cela c'est « l'Occident ». D'ailleurs, en arabe, Maghreb veut dire Occident. On est toujours à l'ouest de quelqu'un.
3. Je constate autour de moi la très grande diversité des positions à l'intérieur d'une culture historiquement musulmane, positions qui vont de l'athéisme militant à une religiosité parfois un peu primaire, en passant par l'athéisme tranquille et la foi sereine. Je ne peux pas englober tout cela sous le même nom de « musulmans » comme je ne peux pas caractériser Hans Kung, Benoit XVI, l’abbé Laguérie et Sœur Emmanuelle comme « les catholiques ».
4. Les tests ADN étaient une tentative un peu idiote d'une partie de la droite dure, qui est représentée au parlement par quelques députés bien connus - mais qui ont été élus, qu'on le veuille ou non. Mais c'est aussi une chance que nous avons d'être dans un pays démocratique, ce qui a permis d'encadrer cette approche totalement impraticable - et finalement de l'abandonner. Il n'est pas mauvais de temps en temps de débattre. A partir du moment où nous sommes d'accord sur la nécessité d'une régulation, cela suppose des règles, donc des contrôles, et des gens qui vont chercher à passer en dehors des contrôles. C'est l'éternelle compétition entre le voleur et le gendarme, entre le cambrioleur et le serrurier. La fausse identité est un des trucs pour tourner la régulation. Une de mes amies, d'origine extra européenne, est responsable du ménage dans une société et donc du recrutement des femmes de ménage. Elle me raconte les trafics de papier, de cartes vitales,… auxquels elle est confrontée. Qui dit régulation dit contrôle dit possibilité de « tricher » et donc de gagner de l'argent en organisant la triche. D'une certaine façon, c'est aussi le rôle de certains « conseillers fiscaux ».
5. Ce qui est difficilement maîtrisable, c'est le choix des médias, et l'aspect moutonnier, liée à un certain sens sans doute de la concurrence, qui leur fait choisir de traiter tel ou tel sujet tous ensemble. Par exemple, concernant l'histoire de la conductrice en burqa, le discours ambiant des médias est le suivant : c'est le gouvernement qui monte une affaire et qui en fait parler. Question : qui a décidé de conduire en burqa ? qui en parle ? Qui a placé le gendarme ? Qui a fait une conférence de presse pour contester une amende de 22 euros ? Qui choisit les titres ? Qui décide d'interviewer le « mari » (ou « amant ») ? Qui décide de mettre en première page ou en faits divers ? Qui décide de reprendre le communiqué du ministère ? (Question subsidiaire : avez-vous déjà conduit en cagoule ?)
6. Pendant ce temps là, déplorent les mêmes médias, les questions importantes ne sont pas traitées : mais qui empêche les médias de parler des causes de la faillite grecque, d'analyser la situation agricole et la contradiction entre la demande par les consommateurs de prix bas à l'achat et par les producteurs de prix élevés à la vente ? Qui empêche les médias de faire la Une sur Goldmann Sachs ? Qui les empêche de parler de la situation des chrétiens au Pakistan , des fillettes en Chine ou en Inde , de la lutte pour le pouvoir en Égypte ? Qui les empêche de dénoncer chaque jour la colonisation insupportable en Palestine occupée, ou la communautarisation d'une partie des Français qui se revendiquent comme juifs ? Qui les empêche de parler du décret du 10 avril concernant les indemnités de chômage partiel, décret très important pour tous ceux qui sont dans l'industrie, et dont l'enjeu sur leur vie quotidienne est bien plus grand que la burqa de la conductrice ? C'est aussi une décision gouvernementale. Pourquoi n'est-elle pas relayée ? Parce que les médias sont libres en France et qu’ils choisissent eux-mêmes les informations en fonction de leurs idéologies, de leur vision du marché, de l'estime qu'ils ont pour leurs lecteurs.
7. Si je regarde ma vraie vie, celle de mes déplacements dans le métro quotidiens, celle de mes amis, ou encore ce qui se voit sur Facebook et dans les réseaux sociaux, je constate l'incroyable interpénétration, très rapide en fait, des populations de toutes les origines. Je renvoie encore à Germaine Tillion dans « il était une fois l'ethnographie » où l'étranger dans des Aurès était l'habitant du village 3 km plus loin, ou aux livres de Claude Michelet, et toutes les analyses de la paysannerie française. Le métissage est réellement à l'œuvre et je m'en réjouis. Mais c'est vrai comme le dit M. Lacoste qu'il est suffisamment banal pour que les journaux n'en parlent pas, et c'est heureux.

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