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Diane Abbott, une femme noire pour succéder à Blair et Brown ?


Par Sylvain Biville





Diane Abbott lors de la conférence londonienne sur l'unité irlandaise, le 20 février 2010 (Jas Lehal/Reuters).
Diane Abbott lors de la conférence londonienne sur l'unité irlandaise, le 20 février 2010 (Jas Lehal/Reuters).
Première femme noire élue à Westminster, Diane Abbott se lance dans la course pour diriger le Parti travailliste. Sa candidature surprise dans un univers d'hommes blancs anime la course à la succession au sein du Labour britannique, usé par treize ans de pouvoir.

Depuis la retraite anticipée de Gordon Brown après la défaite électorale du 6 mai, six candidats se sont déclarés pour prendre la tête du Parti travailliste, désormais dans l'opposition. Dans la liste, on dénombre :

4 anciens ministres : en ordre d'entrée en scène, David Milliband (ex-Affaires étrangères), Ed Milliband (ex-Environnement), Ed Balls (ex-Education), Andy Burnham (ex-Santé).
4 quadras : les mêmes (dans l'ordre, 44, 40, 43, 40 ans).
5 hommes blancs : les mêmes, plus John Mc Donnell (59 ans).
2 « Milliband » : l'aîné David, et son petit frère Ed.
2 « Ed » : Milliband Junior et Balls.
Cherchez l'erreur. Diane Abbott vient semer la zizanie dans ce qui s'annonçait déjà comme une bataille masculine et monocolore. À 56 ans, cette fille d'immigrés jamaïcains, députée de l'est de Londres depuis 23 ans et porte-parole de l'aile gauche du Labour, joue clairement la carte de la différence, comme elle l'a expliqué à la BBC :

« Les autres candidats sont tous gentils et feraient de bons dirigeants pour le Parti travailliste, mais ils se ressemblent tous.

On ne peut pas se permettre d'offrir un choix de candidats qui sont tous pareils. Le Parti travailliste est bien plus divers que ça. »


Bien sûr, le parallèle avec Barack Obama vient tout de suite à l'esprit. Pendant sa campagne en 2008, le sénateur de l'Illinois se plaisait à répéter, de meetings en meetings, qu'il n'avait pas la même tête que les présidents américains dont le portrait s'affiche sur les billets de dollars.

Comme l'actuel occupant de la Maison Blanche, Diane Abbott a déjà écrit une page d'histoire en devenant, en 1987, la première femme noire à siéger à la Chambre des communes.

Autre point commun avec Barack Obama, Diane Abbott est une opposante de la première heure à la guerre en Irak. Au Royaume-Uni, où l'engagement militaire en Irak et en Afghanistan bat des records d'impopularité, sa position est un indéniable atout dans les primaires travaillistes.

Plutôt Jesse Jackson que Barack Obama

Mais la comparaison avec le président américain s'arrête là. Si on veut poursuivre le parallèle avec les Etats-Unis, Diane Abbott serait plus proche du révérend militant Jesse Jackson. Loin de se présenter comme une candidate post-raciale, la députée britannique a d'abord à cœur de défendre les minorités ethniques.

Dans sa circonscription de Hackney North-Stoke Newingon, dans l'est de Londres, l'une des plus déshéritées du pays, trois électeurs sur quatre sont issus des minorités ethniques.

Alors que les autres candidats travaillistes courent après la droite en prônant un discours plus ferme sur l'immigration, Diane Abbott navigue à contre-courant, comme elle l'explique dans un entretien au Guardian :

« L'une des raisons qui m'a poussée à entrer dans la course, c'est d'entendre les autres candidats dire que c'est l'immigration qui nous a fait perdre l'élection.

Plutôt que de nous focaliser sur la classe ouvrière blanche et l'immigration, nous devrions nous attaquer aux raisons sous-jacentes qui rendent les Blancs et les Noirs hostiles à l'immigration, comme le logement et la sécurité de l'emploi.

Il faut faire attention à ne pas faire des immigrés des boucs émissaires en période de récession. On sait où ça peut conduire. »

Quelle est la meilleure stratégie pour les travaillistes, face à une coalition inédite entre conservateurs et libéraux-démocrates, qui risque de condamner le Labour à une cure d'opposition prolongée ? C'est en fait la première fois depuis 1994, lorsque Tony Blair en a pris la tête, que la course au leadership est véritablement ouverte.

Coup de barre à gauche

Les quatre quadras qui briguent la succession sont de purs produits du « New Labour ». Diane Abbott (et dans une moindre mesure, John Mc Donnell) incarne plus clairement la rupture par rapport à l'ère Blair-Brown, dont elle n'a jamais hésité à dénoncer les dérives sur l'économie, sur les interventions militaires extérieures ou encore sur les restrictions des libertés publiques.

Elle revendique un sérieux coup de barre à gauche, aux antipodes de la course à l'électorat centriste engagée depuis Tony Blair. Mais au-delà des idées, la candidature de Diane Abbott a aussi une forte dimension symbolique.

Elle témoigne du fossé entre le discours d'inclusion de la gauche britannique et la réalité de la sous-représentation des femmes et des minorités dans ses instances dirigeantes.

Trente-cinq ans après l'élection de Margaret Thatcher à la tête du Parti conservateur, aucune femme n'a jamais été en position de jouer les premiers rôles chez les travaillistes. Si plusieurs élus issus des minorités ethniques ont été nommés au gouvernement ces treize dernières années, ils ont toujours été cantonnés à des postes de second rang.

Les contradictions de Diane Abbott

Diane Abbott a beau jeu de dénoncer l'élitisme de ses concurrents, alors qu'elle est aussi, comme eux, passée par « Oxbridge » (un raccourci pour les prestigieuses universités d'Oxford et de Cambridge). Elle se bat pour l'école publique, mais elle a scolarisé son fils dans un établissement privé. Elle critique le marketing politique, mais est abonnée des plateaux de télévision.

Diane Abbott peut-elle écrire une nouvelle page d'histoire en devenant la première femme à diriger le Labour ? On ne connaîtra pas le résultat des primaires travaillistes avant le 25 septembre, après un long processus de consultation des adhérents.

Avec son étiquette de pasionaria de la gauche du Labour, les chances de Diane Abbott de l'emporter sont minces. Elle pourrait même avoir du mal à réunir les 33 signatures de députés indispensables pour valider toute candidature. Mais le simple fait qu'elle se lance dans la bataille va changer la physionomie de la course à la succession.


(Source Rue89)
Le 22/05/2010
Dimanche 23 Mai 2010 - 11:19



Dimanche 23 Mai 2010 modifié le Dimanche 23 Mai 2010 - 11:30

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