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Des journalistes prennent l'avion avec un pistolet


Mercredi 5 Janvier 2011 modifié le Mercredi 5 Janvier 2011 - 22:51

Interview - Afin d'illustrer les failles de la sécurité dans les aéroports français, deux reporters ont voyagé avec un pistolet. Un spécialiste de la sûreté aérienne nous explique comment cela a pu être possible.




Des journalistes prennent l'avion avec un pistolet
TF1 News - Dans le cadre d'un reportage qui sera diffusé dans "Envoyé Spécial" jeudi sur France 2, deux journalistes ont réussi à déjouer les systèmes de sécurité des aéroports de Marseille et Roissy-Charles-de-Gaulle : ils ont voyagé en cabine avec un pistolet, qu'ils avaient démonté, placé dans leurs bagages à main. Comment cela peut-il encore arriver de nos jours ?

Christophe Naudin, spécialiste de la sûreté aérienne - Cela ne m'étonne pas du tout. Passer une arme reste quelque chose de possible parce que les mesures de sûreté telles qu'elles sont appliquées aujourd'hui ne sont pas forcément efficaces. Il y a deux problèmes principaux. Le premier est que l'on s'intéresse plus aux objets transportés par les personnes qu'aux personnes elles-mêmes. Le second est que l'on fait un contrôle systématique de toutes les personnes alors que si ce contrôle était aléatoire, il serait de meilleure qualité

TF1 News : Mais une arme dans un bagage se voit lorsqu'on passe le passe dans les appareils radioscopiques ?

C.N.
Non ! C'est beaucoup plus compliqué que cela. Quand vous allez chez le médecin, vous pouvez voir ce qu'il est en train de radiographier, pour autant vous ne pourrez pas faire le diagnostique. C'est exactement la même chose avec l'imagerie radioscopique de sûreté. Il y a une énorme différence entre l'image telle qu'on peut l'imaginer et les informations qui sont apportées.

La machine ne donne que des informations sur la nature de la matière qui est transportée. Contrairement à ce qu'on imagine, l'opérateur ne travaille jamais sur les formes. Or, travailler sur la nature de la matière, ça veut dire la connaître. Un exemple : aujourd'hui, les armes ne sont plus en métal elles sont en matériaux composites. Ce métier nécessite donc des qualités d'analyse importantes que n'ont pas forcément les opérateurs sélectionnés pour faire ce métier. Protéger la population, assister les autorités, c'est un vrai métier qui s'apprend. Hors, la formation est trop lacunaire. Le personnel qualifié pour faire ce travail manque.

TF1 News : Le problème viendrait donc de ces sociétés privées ?

C.N.
Les sociétés privées peuvent faire de l'excellent travail à condition qu'elles embauchent les agents qui correspondent aux besoins. Aujourd'hui, malheureusement, ce n'est pas toujours le cas. Cette mission de sûreté est régalienne. Mais elle a été déléguée à des sociétés privées parce que l'Etat ne pouvait plus assurer la gestion d'autant d'agents. Le problème est que ce même Etat ne leur fait pas confiance et ne leur laisse pas travailler avec les armes donc ils ne savent pas ce que c'est. Et après on leur demande de trouver des objets qu'ils n'ont jamais vus !

TF1 News : Ce n'est pas la première fois... Rien ne change côté sûreté aérienne ?

C.N.
Les choses changent et vont vers l'amélioration mais cela se fait lentement, du fait des contraintes sociales extrêmement fortes en France. Actuellement, on ne peut pas simplement supprimer des agents parce qu'ils ne sont pas compétents. On doit prendre le temps de s'adapter, de les mettre à niveaux, de les professionnaliser.

La question qui reste est : cela en vaut-il la chandelle ? Rappelons que chaque année dans le monde 2,135 milliards de passagers prennent l'avion et qu'il y a à peine une dizaine de tentatives réelles d'attaques terroristes qui touchent le milieu aérien. Pour dix tentatives, doit-on punir et retirer des objets personnels à 2 milliards 135 millions de passagers ? Le débat reste ouvert. La conviction d'un certain nombre d'hommes politiques aujourd'hui est que cela coûte très cher pour un résultat qui est très discutable.


Mercredi 5 Janvier 2011 - 22:46

Par Amélie Gautier , TF1 News




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