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Derrière la lutte pour le Quai d'Orsay, des dossiers sensibles


Lundi 14 Mai 2012 modifié le Lundi 14 Mai 2012 - 22:40




D'un côté les "gaullo-mitterrandistes", partisans de Laurent Fabius. De l'autre, les "néoatlantistes", avec comme chef de file Pierre Moscovici. Voilà comment des diplomates et experts proches du PS décrivent le contexte du choix d'un nouveau ministre des affaires étrangères. "Fabius ou Mosco, ça change tout !", dit un soutien du premier. Exagéré ? Ces débats trahissent aussi la polarisation laissée par les années Sarkozy. Comme si l'atlantisme devait servir de ligne de partage. L'ironie est que les "gaullo-mitterrandistes" sont, en privé, les premiers à dire qu'il faut "coller à Obama" sur l'Iran, et qu'en Afghanistan la France devrait démontrer son "indépendance", sans pour autant fâcher Washington...

Dans la course au Quai d'Orsay, M. Fabius a comme talon d'Achille son appel à voter "non" en 2005 au référendum sur la Constitution européenne. D'aucuns craignent, s'il est choisi, le rappel médiatique gênant de ses combats d'antan, un signal confus envoyé aux partenaires de la France.

La faiblesse de M. Moscovici, à écouter en particulier les "védriniens", viendrait de ses accointances avec l'aile supposée "néoconservatrice" de la diplomatie française. Laquelle aurait placé la France, ces dernières années, dans un état de soumission aux radicaux du Likoud, le parti au pouvoir en Israël, à propos de l'Iran... A côté de la bagarre d'étiquettes entre clans est né un vif débat à propos de la création d'un grand "ministère européen" : une petite révolution copernicienne qui verrait l'apparition d'une sorte de chef bis de la diplomatie, en charge des considérables enjeux de l'Union et de la zone euro. La place, si elle était créée, reviendrait à Martine Aubry. Mais l'idée d'un tel changement de structure a aussi de farouches opposants, qui y voient une amputation du "Quai" et se disent agacés par ce retour d'un vieux projet, remis au goût du jour en particulier par Jean-Pierre Jouyet, proche de M. Hollande et ex-secrétaire d'Etat aux affaires européennes de M. Sarkozy.

UN CHOIX DE POLITIQUE INTERNE PLUTÔT QU'UNE ORIENTATION PRÉCISE

Quoi qu'il en soit, le choix de la ou des personnes qui porteront la politique extérieure relèvera, chez François Hollande, avant tout de dosages politiques internes, et non du souci d'envoyer un message particulièrement fort de la France au monde extérieur. Pas d'imitation, en l'occurrence, de François Mitterrand, qui avait en 1981 opté pour le tiers-mondisme militant de Claude Cheysson. Le choix de Hollande n'est d'ailleurs pas forcément binaire. Elisabeth Guigou a été mentionnée. Jean-Louis Bianco, qui a été très actif dans les groupes de réflexion de la campagne sur la politique extérieure, n'est pas totalement écarté.

La gestion des dossiers sensibles a déjà commencé, par ailleurs : la Chine, pour ne pas la nommer. Le voyage de Laurent Fabius en février à Pékin s'était mal passé, écourté par l'intéressé, mécontent du faible niveau de représentativité de ses interlocuteurs chinois. Il a fallu, depuis, écouter les inquiétudes de l'ambassadeur de Chine à Paris, intervenu auprès de l'entourage de M. Hollande pour que le dalaï-lama ne soit pas mentionné pendant la campagne électorale (en particulier, pendant le débat télévisé, a-t-il précisé). La diplomatie chinoise avait fini par apprécier Nicolas Sarkozy car il était allé à Canossa : les élans de 2008 à propos du Tibet s'étaient achevés sur un communiqué officiel franco-chinois, en avril 2009, jurant la "non-ingérence" absolue. C'est Pierre Moscovici, accompagné de Jean-Yves Le Drian, qui a été chargé de rassurer l'ambassadeur. Le dossier chinois peut-il grever les chances de Fabius ? L'Asie "émergente" sera en tout cas un important centre d'intérêt, comme l'atteste le choix du diplomate sinologue Paul Jean-Ortiz comme conseiller diplomatique de l'Elysée.

Natalie Nougayrède
Lundi 14 Mai 2012 - 22:39

LE MONDE




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