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De l’étranger, une bien étrange campagne


Mardi 10 Avril 2012 modifié le Mardi 10 Avril 2012 - 08:40




De l’étranger, une bien étrange campagne
Les correspondants de presse critiquent la faiblesse du débat politique. Et sont intrigués par Jean-Luc Mélenchon.

Une drôle de campagne, «plate et sans suspense», «terne», «à côté des vrais sujets», «une campagne-show». La plupart des correspondants de la presse étrangère installés à Paris jugent sévèrement la teneur du débat présidentiel. Ainsi Alberto Toscano, journaliste et écrivain italien vivant en France depuis vingt-cinq ans, qui déplore «un manque de débat et une campagne un peu surréaliste», ponctuée par «des boutades et propositions un peu grotesques». «Le spectacle domine tout, regrette-t-il. Et le lecteur italien suit le spectacle !» Pour le correspondant du quotidien britannique The Times, on assiste aussi à «une campagne sans thème, ou plutôt avec trop de thèmes qui changent tout le temps. Vu de l’extérieur, les candidats esquivent les principaux sujets : l’économie, notamment le coût du travail, et l’Europe». D’autres citent aussi la réduction des déficits publics, la politique étrangère, la banlieue, alors que des dossiers comme l’immigration et le communautarisme ont été surtraités à leurs yeux. «Le débat sur le halal et le fait que Sarkozy, après Marine Le Pen, s’en saisisse, a choqué les Anglais, habitués à leur approche multiculturaliste», raconte Angelique Chrisafis, correspondante à Paris pour le Guardian (centre gauche) depuis 2006. De même, Maria Laura Avignolo, correspondante du journal argentin Clarín, qui prépare un article sur le vote ouvrier en faveur de Marine Le Pen, et le Japonais Etsuyoshi Nomura, du Tokyo Shimbun, s’étonnent de la dureté du ton sur l’immigration.

Tandem. Alors que les deux finalistes de 2007, nouveaux et «charismatiques», avaient enthousiasmé les médias, le casting de 2012 leur semble moins décoiffant. Les deux favoris des sondages «travestissent leur personnalité : Sarkozy voudrait ne pas être le Sarkozy agressif que l’on connaît et Hollande cherche à ne pas être le type drôle et rond que l’on connaît», s’amuse Maria Laura Avignolo. «Il y avait, au départ, une fascination pour le volcan Sarkozy, une admiration pour son dynamisme, rappelle Bernardo Valli, correspondant italien de longue date pour La Repubblica. Mais cette image s’est émoussée.» «Après les avoir enthousiasmés, Sarkozy a déçu les Italiens. La scène où il a ri avec Angela Merkel sur l’Italie de Berlusconi a été humiliante pour eux», note Alberto Toscano. A l’inverse, c’est le tandem Sarkozy-Merkel qui a fait découvrir le président français aux Japonais : «Depuis la crise grecque, ses apparitions régulières auprès de la chancelière allemande l’ont fait reconnaître comme un leader européen», explique Etsuyoshi Nomura, du Tokyo Shimbun, qui s’étonne que «Sarkozy monte dans les sondages malgré son bilan plutôt négatif». «Il reste un animal politique capable de choquer, qui captive pour le meilleur et pour le pire», nuance Angelique Chrisafis (The Guardian).

Eléphant. Perçu comme «un homme d’appareil» peu charismatique, François Hollande reste, même si on le dit ouvert à la presse étrangère, relativement méconnu. D’où des commandes de portraits par les rédacteurs en chef pour présenter le favori de l’élection… Et décoller l’étiquette d’ex de Ségolène Royal. Stefan Simons, du Spiegel Online, relève d’ailleurs «une division du travail» : «Ségo pour l’émotion et l’enthousiasme, lui pour le programme et la posture présidentielle». Les Argentins, «très politisés», le connaissent tout de même pour son implication d’ex-patron du PS «dans l’Internationale socialiste qui est forte là-bas», mentionne la correspondante de Clarín qui le présente comme «Monsieur sens commun» de l’élection. Une image d’éléphant du PS qu’il traîne aussi aux yeux du conservateur Times, qui a pris parti pour Sarkozy. «Il est en boucle sur la redistribution, ça fait quand même très années 70», moque son correspondant Charles Bremner.

Mais, ces temps-ci, la coqueluche des médias étrangers est le candidat du Front de gauche. Pour son nouveau statut de troisième homme mais surtout pour son profil de «Français révolutionnaire». Lorsque le Guardian consacre un papier à Jean-Luc Mélenchon, il se classe au top des articles les plus lus pour la rubrique internationale du site et booste l’audience de sonFrench Election Blog 2012. Pour le correspondant de Spiegel Online, qui a couvert le meeting de Lille, «le tribun rouge» a dépassé son modèle, le leader de Die Linke, Oskar Lafontaine, «presque un gentil social-démocrate en comparaison». Maria Laura Avignolo, qui s’apprête aussi à présenter «l’arbitre de l’élection» à ses lecteurs argentins, donne sa vision : «Il représente une mélancolie française, un vote protestataire, de nostalgie, qui dit :"Avant c’était mieux."» «Pour les Européens, il a surtout l’air de sortir d’une pièce de théâtre du XIXe siècle», raille Bremner, du Times.

Mardi 10 Avril 2012 - 08:33

Libération




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