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DSK : les trois arguments clés de la défense


Lundi 6 Juin 2011 modifié le Lundi 6 Juin 2011 - 12:31

Si Dominique Strauss-Kahn choisit de plaider non-coupable, il devra faire à un procès. Et déterminer une stratégie pour convaincre les jurés. Voici les trois pistes que DSK et ses avocats pourraient utiliser.




DSK : les trois arguments clés de la défense
C’est la première fois que l’on entendra sa voix depuis le début de l’affaire. Le juge de la cour suprême de New York n’attend de Dominique Strauss-Kahn que quelques mots ("coupable" ou "non coupable"), mais sa réponse déterminera la suite de la procédure. Si l’ancien patron du FMI plaide coupable, il évite le procès mais se retrouve derrière les barreaux pour une durée négociée avec le juge, au même titre que le montant de l’éventuel dédommagement en faveur de la victime présumée. S’il plaide non coupable, DSK devra affronter son accusatrice dans ce même tribunal, dans quelques mois, et remettre son sort entre les mains d’un jury populaire. Les experts sont unanimes : ce dernier scénario paraît le plus probable. Depuis le début de l’affaire, le principal avocat de la défense, Benjamin Brafman, se dit "confiant" ; il affirme que les accusations de crimes sexuels portées contre DSK se révéleront "fausses" et qu’il "sera acquitté". "La défense n’a d’autre choix que de se montrer convaincue à 100 % de l’innocence de son client, c’est de bonne guerre", estime Linda Fairstein, qui a dirigé pendant trente ans la Sex Crimes Unit, la Brigade des crimes sexuels auprès du procureur de New York, chargée aujourd’hui de prouver la culpabilité de Dominique Strauss-Kahn. Selon cette figure de la lutte contre les violences envers les femmes, la stratégie des avocats de DSK va tourner autour de trois axes : la victime présumée était consentante, son témoignage n’est pas crédible, sa démarche n’est motivée que par l’appât du gain.

1 - "La relation était consentie"

Les preuves médico-légales ne valideront pas la thèse de l’usage de la force", assure Me Brafman. "C’est un schéma de défense classique en cas d’agression sexuelle. Face aux résultats ADN, les avocats de l’agresseur présumé sont contraints de plaider le consentement", souligne Linda Fairstein. Si les traces de sperme retrouvées, selon la presse, sur le chemisier de la plaignante peuvent incriminer DSK, elles ne prouvent pas qu’il y a eu violence. "Même si une femme consentante ôte en général ses vêtements", relève l’ancienne procureure, devenue auteur de thrillers à succès. En l’absence de preuve de violence, ce sera donc la parole de la jeune femme de chambre contre celle de l’ancien patron du FMI. "On entre en terrain glissant, ce ne sera pas beau", confie cette juriste aguerrie.

2 - "La plaignante n'est pas crédible"

L’accusation doit amener le jury populaire à une conviction unanime "au-delà de tout doute raisonnable". Un seul doute dans l’esprit des douze jurés tirés au sort concernant un seul des chefs d’inculpation et c’est l’acquittement. Les avocats de la défense n’épargneront donc aucun détail pouvant discréditer la plaignante. Ils affirment déjà disposer d’éléments suffisants pour "ébranler sérieusement" sa crédibilité. L’armada de détectives privés recrutés par DSK témoigne de leur détermination à "casser" son témoignage, note la presse américaine. "Ils vont remuer ciel et terre en quête de la moindre faille à même de l’accabler", explique Anne Seymour, fondatrice de Justice Solutions, une association de défense des droits des victimes. Le statut de réfugiée politique de la victime présumée, son rôle de mère, son style de vie, seront mis en cause "sur la base d’informations qui n’auront rien à voir avec l’affaire", précise l’auteure de Rape in America, une enquête sur le viol aux États-Unis. Le contre-interrogatoire de la plaignante sera décisif pour la défense. Si ses réponses diffèrent de son témoignage face au grand jury, sa parole sera mise en doute.

3- "Elle a agi pour l'argent"

DSK "a le droit de rester silencieux pendant tout le procès, mais il lui faut témoigner s’il veut convaincre le jury", explique Matthew Galluzzo, ancien procureur à la Brigade des crimes sexuels. Mais ce témoignage n’est pas sans risques, car il "ouvre la porte", selon l’expression juridique américaine, aux questions de l’accusation sur la personnalité, voire la réputation de l’accusé. En faisant appel au cabinet de lobbying TD International, composé d’anciens de la CIA, le Français laisse penser qu’il craint le complot, notent des médias américains. La plaignante s’est entourée de trois avocats de droit civil, Jeffrey Shapiro, Norman Siegel et Kenneth Thompson. Ils ne sont pas directement partie prenante au procès en cours, mais ont un an pour déposer une plainte au civil en vue d’obtenir des indemnités. "Les avocats de DSK pourraient jouer les prolongations afin de les faire sortir du bois et d’accuser la plaignante d’avoir agi pour de l’argent", fait remarquer Matthew Galluzzo, aujourd’hui dans le privé et convaincu que plusieurs dizaines de millions de dollars sont en jeu.



Alexandra Geneste, à New York - Le Journal du Dimanche

Lundi 6 Juin 2011 - 12:29





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